Figura

« Les juifs n’ont eu que les figures dont nous avons les vérités. »
Furetière, Dictionnaire universel, 1690.
Erich Auerbach, le grand historien allemand des idées et des formes littéraires, ami de Walter Benjamin et d’Ernst Bloch, entreprend d’éclairer « la conception figurative, fondement général de l’historiographie médiévale ». Il en trace l’histoire depuis Lucrèce jusqu’à Dante.
Ce texte, publié en 1938, que Carlo Ginzburg tiendra pour « l’essai fondamental d’Erich Auerbach » et le noyau originel de son œuvre, décrit minutieusement le mécanisme par lequel Paul et les Pères de l’Église ont entrepris de « dépouiller l’Ancien Testament de son caractère normatif et de n’en faire que l’ombre des choses à venir ». Dès lors, « les épisodes les plus cruciaux, les rituels et les lois les plus saints [du judaïsme] ne sont plus que des formes provisoires, des préfigurations du Christ et de l’Évangile ».