Mastroianni-sur-mer

« Que serait une rentrée sans notre Catalan préféré ? Enrique Vila-Matas, plus atteint que jamais par le « mal de Montano », cette obsession de la littérature qu’il a lui-même diagnostiquée, nous fait donc le plaisir d’un petit recueil de textes critiques et circonstanciels, Mastroianni-sur-Mer, où l’on en apprendra un peu plus sur les relations de l’écrivain avec le cinéma, l’Amérique, le blues, Barcelone et, bien sûr, l’habituelle tribu de ses auteurs vénérés... »
Les Inrockuptibles, 17/08/05.
La littérature est une lumière dans le compartiment, la littérature peut être un voyage à la tombée du jour dans un train russe, et aussi le mystère d’une halte plaintive de ce train au milieu de la nuit. Mais il ne faut pas laisser s’installer le crépuscule, et c’est en cela que consiste ma mise en garde : le jour où l’on décide de lire uniquement des choses que l’on comprend, on commence à se faire vieux. Il importe de rester sur le qui-vive, d’opérer un choix de lectures pointu, de chercher des textes nouveaux ou différents et de se pencher sur eux sans crainte, quand bien même ils nous paraîtraient incompréhensibles, quand bien même nous serions surpris de découvrir qu’une nouvelle agence de voyages a ouvert sur la perspective Nevski.
Sans risque, la grande fête du lecteur est incomplète. « Seule pouvons-nous appeler bonne littérature, dit Félix de Azúa, cette écriture qui ajoute un lecteur nouveau, et n’est pas une répétition en chaîne. » La grâce de la lecture consiste ainsi à lire ce qui nous semble incompréhensible, car n’oublions pas que la première fonction de l’art est d’étonner, de rompre nos habitudes de lecteurs et, à la lumière d’un compartiment, de remettre à neuf ce qui est vieux. La lecture rajeunit, et ceci est peut-être l’argument le plus convaincant pour que les gens lisent. Tout le monde ne sait pas que le langage vieillit rapidement en nous-même, et seuls les écrivains que nous aimons le renouvellent. Lire, à l’instar du rajeunissement, procure un certain plaisir festif instinctif, une seconde nature.