



Voyageuse est constitué par deux récits qui se recoupent et se font écho pour former un tout. Une voyageuse, Irina, quitte une réalité douloureuse (la mort de son compagnon) et découvre les pays en contrepoint de cet événement. Une géographie intérieure qui passe par Séville, Palerme, Lisbonne, les vastes forêts du Canada et les rives du Doubs.
Voyage, vous avez dit, voyage, peut-être voyage intime et découverte du monde et de soi.
Solander a déjà publié une nouvelle dans la revue Brèves (L’Atelier du Gué) et traduit Leopardi.
Rassasiée, je recommence à marcher. Je suis une femme qui marche, c’est une chose très profonde et très ancienne. Je peux faire des kilomètres sans m’arrêter, en marchant tranquillement, à mon pas, tant que personne ne cherche à m’imposer son rythme. Je rentre à l’hôtel avec le soir pour enfin pouvoir penser à toi mais rien ne vient. La maison de la Côte va rester fermer. Est-ce que je vais savoir penser à toi maintenant que commence dans des couloirs blancs un autre voyage ? L’absence de Matteo dans ce voyage est l’effrayante injustice d’un hasard que je n’ose appeler fatalité. A cette minute, j’ignore encore que je reviendrai à Lisbonne dans quelques années, ayant oublié ce que je viens y goûter aujourd’hui, avec le désir de n’en plus repartir et de disparaître peut-être, après lui. Je longe les jardins qui s’étirent contre le port de Belém. Je veux écrire quelques cartes postales, connaissant la joie d’en recevoir pour éclairer certaines solitudes. Je voudrais t’écrire une carte mais retiens pourtant cette envie secrète de communion qui repose sur une confiance suspecte en des pouvoirs de manipulations qui changeraient les amours malheureuses en contes de fées car enfin la disparition de l’homme qu’on aime est une fin malheureuse n’est-ce pas ? J’arrive sous un soleil de plomb au Padrão dos Descobrimentos, emportée par le profil de ce fier navigateur qui m’avait tant fascinée lors de mon premier voyage. Au sol, une mosaïque immense représente le monde ; je vois avec bonheur que je l’ai un peu parcouru. Si peu pourtant. Mais il suffit d’un seul voyage pour emplir une vie et combien se contentent de voyages immobiles. Où que le corps se trouve, l’important est de s’ouvrir totalement, regarder, écouter, marcher, sans plus penser à ce quotidien qu’on laisse derrière soi, apprendre à recevoir tout ce qu’on ignore. Comme j’aime ce silence imposé au voyageur étranger qui n’est presque personne dans ces paysages qu’il traverse.
Date de parution : mai 2005
ISBN : 2-909688-36-4
96 pages
12 x 17 cm

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