



Dans l’attente d’un rendez-vous qu’il a prit avec quelques amis au château de Visbecq près de Bruxelles, le narrateur anonyme (un très jeune homme sans doute) décide de faire passer le temps au moyen d’une forte dose d’opium. Il se met cependant en route avec un peu d’avance, mais, en chemin, il chute malencontreusement dans un puit. De là, il opère une longue glissade dans les ténèbres, se heurte à une barrière d’éléphants (orange) en pierre, puis à une même barrière de lions (verts) qui le laisse passer de la même façon et se retrouve à califourchon sur le dos d’un oiseau qui le dépose au pied d’un arbre. Il est aussitôt arrêté par les sbires de la reine de ce monde du centre de la terre, éclairé par un astre vert, et jeté en prison avec d’autres aventuriers dans une cheminée gardée par des loups-garous. Les captifs décident de s’enfuir par le moyen d’un ballon volant confectionné avec leurs vêtements, et gonflé de l’air d’une orgue. Les aventures de notre héros s’emballent alors dans un tourbillon d’épisodes mêlant magiciens orientaux, palais cachés au creux d’un ver luisant et paysages étranges où les lapins poussent sur les arbres...
Si l’on concède volontier que la structure narrative du roman est quelque peu hésitante, incohérente même par moment, il n’en demeure pas moins que le Voyage à Visbecq, emporté par une gaîté de ton jamais démentie, laisse stupéfait. Le merveilleux, le fantastique et l’onirique aditionnent les aventures du Baron de Münschausen avec celle d’Alice de Lewis Carrol à l’écriture automatique prônée par Breton. Une littérature indéterminée qui s’introduit ainsi avec malice, après deux siècles de sommeil, dans la foire des météores littéraires sans âge.
LE SOIR, Jean-Claude Vantroyen
Un voyage belge au centre de la Terre
« C’est une flânerie chez un libraire spécialisé du quai des Grands Augustins, à Paris, qui a permis de découvrir ce manuscrit relié, que l’éditeur Anacharsis vient de publier. La première page du manuscrit en donne le titre : Voiage à Visbecq. On écrira plus commodément “voyage”.
Eric Lysoe, de l’Université de Mulhouse, spécialiste des littératures belges de l’imaginaire, propose 1794 comme date d’écriture. Et conclut que son auteur est un jeune écrivain, qui a tout écrit d’une traite, comme dans un rêve, avec enthousiasme et certaines incohérences.
Le narrateur, un jeune Bruxellois, entame un voyage vers Visbecq, Wisbecq aujourd’hui, dans l’actuelle commune de Rebecq. Pour tuer l’attente, il s’est muni d’opium. Et les événements s’enchaînent. Il tombe dans un puits, est fait prisonnier dans un monde éclairé par un immobile soleil vert, s’échappe, croise des éléphants orange, des arbres à têtes de lapin, des magiciens qui rivalisent de métamorphoses, entend un poème à la gloire du Brabant et de la Belgique. En 1794 !
J’ai été assez surpris, avoue Eric Lysoe. Les voyages au centre de la Terre sont légion au XVIIIe siècle. Mais celui-ci est particulier. D’habitude, il s’agit de récits de voyages, ici on découvre véritablement un autre univers. Une autre chose m’a impressionné : la revendication nationale, en tout cas régionale, qui se montre dans le texte. À un moment, j’ai même cru être devant un texte écrit dans les années 1830 pour glorifier la Belgique. Mais non, l’orthographe, l’écriture, c’est clair qu’il s’agit du XVIIIe siècle. Ce livre est tout à fait exceptionnel dans le paysage littéraire francophone, avec son parfum belge prononcé. (...)
Le merveilleux, la fraîcheur, la naïveté de l’auteur, les têtes de lapin sur les arbres : surréaliste ?... »
LE CARNET ET LES INSTANTS, Joseph Duhamel Découvrez l’article en ligne
LE MAGAZINE DES LIVRES, Bertrand du Chambon
« (...)C’est le récit en abyme le plus incongru que vous puissiez imaginer.De nos jours, il faut que l’intrigue commence ici, qu’elle aille là, que les personnages soient typés et que l’on respecte l’horizon d’attente du lecteur. Au XVIIIème siècle, on s’en foutait joyeusement. Nous avons ici le livre le plus impossible à lire qui puisse exister. C’est fort rafraïchissant. »
PHENIX MAG, Bruno Peeters
« Alors là, très étonnant ! Dès la note liminaire de l’éditeur, nous voilà plongés en plein mystère (canular ? non, je ne crois pas). Découvert dans « une librairie des bords de Seine à Paris », voici un ouvrage anonyme, hybride, tenant du pamphlet, de la poésie, de la science-fiction, du merveilleux et, manifestement, de la philosophie des Lumières. (...)Texte étrange, roman entrecoupé de poèmes et de digressions philosophico-morales chères au XVIIIème, ce Voyage à Visbecq eut passionné feus Pierre Versins et Jacques van Herp, comme ils aimaient un autre voyage au centre de la terre, celui, un peu antérieur, de Nicolas Klim (Holberg, 1741). Ouvrage atypique donc, très intéressant, et qui démontre bien la puissance – déjà – des littératures de l’Imaginaire au siècle de Voltaire. »
Le Calepin Jaune, Décembre 2007
Écrit par un anonyme, mais non moins inspiré, auteur belge à la fin du XVIIIe siècle, Voyage à Visbecq est un ouvrage dont le style est relativement moderne et n’a rien à envier aux divagations de nos surréalistes ; Cette étrangeté de genre n’est pas pour décontenancer le lecteur qui se régalera en bondissant d’aventures en aventures toutes plus invraisemblables les unes que les autres et se promènera des bras des princesses aux épées des chevaliers, en passant par les pattes d’animaux colorés et exotiques, dignes des contes d’africains ou des Milles et une nuit.L’auteur réussit le mariage de l’épée et de la Lampe magique pour nous entrainer dans un univers riche et bizarre qui parfaitement rafraîchissant au milieu de la littérature contemporaine et lui font dignement la nique.
Partez de chez Alice, faites un tour avec Sancho Panza, et revenez à la case départ où vous trouverez Rudyard Kipling buvant une absinthe en compagnie de Marcel Duchamp et du Baron de Muünchausen. A lire en écoutant non pas Satie mais Jefferson Airplane.
Éric Lysøe est directeur de l’Institut de recherche en Langues et Littératures de l’Université de Mulhouse et spécialiste de la littérature fantastique belge. Il a notamment publié Les kermesses de l’étrange, ou Le conte fantastique en Belgique du romantisme au symbolisme, chez Nizet.
DATE DE PARUTION : 18 mai 2007
ISBN : 978-2-914777-38-4
FORMAT : 12,5 x 20
128 pages
PRIX : 14 euros
L’origine des puits est sans doute bien ancienne. Lorsque les enfants de Jacob partirent pour l’Egypte, il s’en trouvait déjà sur tous les grands chemins de l’Arabie et probablement on ne les avait pas inventés depuis le déluge, car il y avait trop peu de temps qu’il était passé ! Bien plus, ce qui prouve que l’invention des puits est bien antérieure au déluge, c’est qu’il y eut des poètes dès le commencement du monde, car tous les amoureux sont poètes !
Or, ne sont–ce pas ceux-ci qui ont placé la vérité au fond d’un puit ?
Les puits étaient donc déjà connus longtemps avant qu’il fût question de déluge. Voilà un argument qui, seul, m’assure le prix dès qu‘une académle quelconque s’avisera de proposer la question…

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