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« Adélie n’a jamais commencé. Elle n’a jamais su qu’elle était née. Naître ne suffit pas pour commencer. » Adélie est autiste. Autiste : le mot seul suffit à symboliser l’isolement. Mais ici, par la grâce d’une écriture clairvoyante, l’univers d’Adélie nous devient accessible et cette réalité autre révèle souvent l’irréalité de la nôtre.
Tandis qu’en parallèle, par petites touches, mais implacablement, le père baissant les bras, la mère s’enfonçant dans la culpabilité, nous découvrons une famille minée par la pression sociale qu’engendre « la différence ». Seul Daniel, le frère d’Adélie, surnage et l’aide à survivre, raccroché à l’espoir que pourront un jour se rejoindre les deux pans d’un monde brisé.
ISBN : 9782351220719 ; 112 pages ; 13x20 ; Parution avril 2010
Le roman d’Anne Vernet s’est lancé un défi : décrire l’énigme de l’autisme. Sujet délicat qui nécessite à la fois prudence et témérité, discernement et audace. Le résultat est plein d’une humanité, d’une sensibilité et d’une retenue qui forcent le respect. Jacques Trémintin - Lien social
Au Centre, il suffit à Adélie, lorsqu’elle s’entête, de chantonner un titre d’AC/DC pour qu’on la laisse aussitôt tranquille. Ainsi échappe-t-elle à la plupart des activités éducatives pour se livrer à ce qu’elle préfère : dessiner, comme toujours. Bien sûr, elle adore jouer – mais seulement aux jeux de rêveries qu’elle invente. Elle déteste le sport, tous les sports. Seul, Daniel parvient quelquefois à l’intéresser au ping-pong – parce que c’est lui. Adélie envoie la balle n’importe où, histoire de faire courir son frère – et Daniel, vite épuisé, court dans tous les sens. Et prend bien soin de renvoyer la balle de manière à ce que sa sœur la rattrape facilement. Il y a des activités obligatoires, notamment des exercices, dont elle a vite appris à éviter la logique perverse. Car il suffit d’en réussir un pour qu’aussitôt d’autres s’enchaînent – et alors viennent inévitablement la parole, le discours, la conversation, l’obligation de parler. Dès lors, l’effraction est inévitable. L’espace est vidé par cette présence qui, à côté d’elle, l’a entièrement absorbée et ne diffuse que l’anxiété, présence d’absence à la voix douce, automate, qui pousse devant elle des objets, des images qu’Adélie ne regarde même pas en coin. Elle n’aime pas cette présence pétrie d’obligations de résultat, qu’elle sent, en réalité, douloureusement absente à elle-même. L’immédiateté de cette sensation l’étouffe. Elle résiste à cette volonté exogène qui veut, à son tour, la tirer hors d’elle. Parfois, il arrive que l’éducatrice lâche prise – le chagrin est si lourd – et reste là, simplement, comme si Adélie tout à coup la soulageait d’un poids (ou la comblait d’un vide). Adélie va-t-elle alors enfin renaître au monde accompagné ? Mais la jeune femme se reprend, se rend à son devoir, et le monde se brise à nouveau. Adélie connait trop bien cette sensation de présence que son frère ne rompt jamais et dans laquelle elle se reconnaît en même temps que lui pour supporter cette épouvantable interruption d’où les êtres reviennent vidés. La terreur est totale, l’exigence du refus vitale. Les objets, eux, sont entiers et le restent. Ils rassurent. Adélie est toujours dans l’entier. Elle ne connaît pas la césure.

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