



Traduit de l’anglais par Lori Saint-Martin et Paul Gagné.
Nous sommes à l’automne de 1918. Installé sur son lopin de terre dans l’île de Vancouver, le magistrat Charles Marden juge posément les hommes et cultive tranquillement ses pommes parmi les Indiens et les pionniers. On pourrait le croire inatteignable, isolé sur son île du bout du monde, mais les grands maux de l’humanité le frappent de plein fouet. D’abord, sa femme Laura est emportée par la grippe espagnole ; et puis son fils, le caporal William C. Marden, du Régiment d’infanterie légère canadien de la Princesse Alexandra, « disparaît » le 10 octobre dans la mêlée des Flandres. Désormais seul au monde, Charles Marden entreprend un périple fou avec la dernière lettre de son fils en poche, écrite dans le Wiltshire.
L’homme traverse le Canada en train, l’Atlantique en bateau, puis il se retrouve en Angleterre, sur les traces de William dit Billy, simple dossier dans le dédale bureaucratique de l’armée. Dans sa quête, Charles apprend qu’une femme, jetée comme lui aux trousses de Billy, le devance de peu sur les routes.
L’armistice permet à Marden de s’aventurer sur le continent. À Amiens, du haut de la cathédrale, il embrasse du regard les champs de bataille de la Somme et le front de l’ouest, ensuite il atteint Ypres, ville de triste mémoire « où les communications entre le monde des vivants et celui des morts étaient possibles ».
L. W. D. Wetherell évoque avec une force contenue les paysages dévastés de la Flandre, les villes pulvérisées et les terres éventrées où le phosgène gargouille au fond des tranchées. Dans le sillage des jeunes soldats disparus, entre les cratères d’obus et les barbelés, tout un peuple de pèlerins converge vers les premiers cimetières érigés sur les charniers de la Grande Guerre. Même si la paix rêvée n’est « pas loin des anges et des fées », chacun espère retrouver son fils vivant, sauf Charles Marden qui, lui, veut « enterrer l’espoir là où il ne risque plus de nous déranger ». Et pourtant, au coeur même de l’apocalypse, des avatars surgissent et les yeux des vivants se mouillent « d’un liquide plus profond, plus essentiel que les larmes ».
Né en 1948, Walter D. Wetherell a déjà écrit plusieurs romans : Morning, Chekhov’s Sister (traduit et publié en 1990 par les éditions J-C Lattès) ainsi que deux recueils de nouvelles, The Man Who Loved Levittown et Wherever That Great Heart May Be. Il a récemment obtenu la bourse d’écriture Strauss de l’American Academy of Arts and Letters. Ses récits de voyage paraissent dans le New York Times. A Century of November a été publié aux Etats-Unis par les Presses de l’Université du Michigan en 2004 et en édition de poche en 2005. Il a été unaniment salué par la critique et a remporté le prix littéraire le plus prestigieux du Michigan.
W. D. Wetherell vit aujourd’hui dans le New Hampshire.
ISBN : 2-922868-47-8, 202 pages, parution août 2006.

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