


« Les foiblesses des grands hommes donnent le ton et marchent à côté des vertus qui les rachètent ; la flatterie souffle la domination et fomente la licence ; tout égare la multitude séduite par l’exemple : comment assujettir la contagion qui se meut par tant de contrastes ? Le voici : ce qu’un gouvernement n’ose faire, l’Architecte l’affronte ; celui qui s’est fait un jeu d’animer des surfaces pierreuses ; celui qui a appelé toutes les formes pour les contraster ; celui qui a hazardé son usufruit placé sur l’art, peut bien engager aussi le fonds. Il fixera les imaginations vagabondes sur un monument qui éveille le pressentiment de la pudeur, et dans ses combinaisons il détruira les abus consentis. Semblable à l’astre du jour, quand il s’est baigné dans les flots de l’océan, pour purifier ses rayons brûlants, il transige avec la profondeur des mers pour reprendre en sortant un nouvel éclat. »
(Claude-Nicolas Ledoux, l’Architecture, p. 199.)
Comment faire d’un bordel pseudo-grec à plan phallique le lieu d’une réflexion édifiante ? Tel est le rêve architectural de Ledoux, pour qui l’architecte doit édifier la société tout entière. « Le bordel idéal que Ledoux a imaginé sous le nom d’Oïkema a divisé les esprits. Certains comparèrent l’éducation de l’Oïkema à la libération sexuelle prônée dans la Lucinde de Schlegel ; d’autres virent cet édifice long de 75 mètres comme un "bordel gigantesque dont l’architecture accumule les symboles phalliques", et dont la capacité est "largement suffisante pour desservir la population de Paris tout entier, aussi bien jeunes que les moins jeunes"… ». L’Oïkema donne à voir un nœud de contradictions : que vient faire ce claque-dent (comme on disait à l’époque) dans un recueil qui se veut, en tous sens, édifiant et monumental ; cette forme inexorablement naturaliste au milieu de ces constructions à la géométrie fanatiquement abstraite ? Oïkema — le mot — a de quoi surprendre. Le dix-huitième siècle parlait de petites maisons, de maisons de plaisir, de maisons publiques, parfois de sérails ou de couvents : Oïkema est assurément, comme Pacifère, Panarétéon, Cénobie, une invention de Ledoux. Mais un bordel en forme de bite à façade de temple grec affublé d’un nom platonicien est-il incongru de bout en bout ? » Le texte l’Architecture de Ledoux, souvent considéré comme délirant, a sa logique, qu’il convient d’édifier à son tour. C’est une logique onirique.
Transaction est la deuxième partie d’un triptyque consacré au rêve : la première touche à l’Aurélia de Nerval, la troisième au rêve créateur et à la représentation du rêve. Le titre générique (Fleurs de rêve) est une citation inconsciente de Rimbaud, retrouvée en rêve : « —les fleurs de rêve tintent, éclatent, éclairent » (Enfance).
ISBN 978-2-915547-55-9, parution novembre 2007, 96 pages.

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