





Six nouvelles brèves, une longue et quatre poèmes narratifs sont ici rassemblés, qui font briller d’un sourd éclat nocturne différentes facettes d’une écriture au timbre inconsolablement fêlé de mélancolie. C’est dans sa sensibilité blessée par l’incertitude d’être, autant que dans sa musicale construction, que ce livre trouve son unité - et fait si justement écho aux autres livres de Pirotte.
« Revoici la solitude et pourtantce n’est plus l’hiver m’as-tu ditce n’est plus l’hiver qui t’attendles mésanges du jardin botaniquedansent autour de l’étudiant Gœtheil n’a pas trouvé le tombeau d’Erwin il n’irapas lutiner à Sessenheim la tropcrédule Frédérique et ce n’est plus l’hivermais la solitude qui moud les chansonsun peu bêtes et fredonne longtempsl’hiver sur un air présumé de printempsdans la chambre où j’entends s’accouplerles vieilles habitudes, la froideur, le cielbouché, la vie, le vin triste, la mortdis-moi ce que sifflait entre ses dentscette fille en habits noirs croisée sur lapasserelle du faux Rempart au crépusculeelle m’a regardé, j’ai détourné les yeux, il y ades ans et des ans que nous nous défionssur tous les ponts véreux jetés du soir à l’aubeelle a souri d’un sourire étrangerrêveur et faux comme mon propre rêvelorsque l’insomnie bat ses cartes à jouer avantde me priver de l’atout du sommeilelle a souri, je l’ai croisée, peut-êtreest-ce elle maintenant qui frappeà la cloison de la chambre voisine et se plaint,qui dira si cette plainte longue et rauqueet si pareille à la nôtre n’est pasenfin la plaintede mon cœur articuléejusqu’à l’abolition du bibelot Désirdans l’inanité sonore du vieux Destinrevoici donc ma solitude et l’ombreappliquée sur le mur des matins morneset le chemin que je sais vers les pontsvermoulus qui ne mènent qu’à soifolles arches du Faux Rempartpasserelles malicieuses du désespoirje te tiens tu me tienspar la barbichettemais la bobinette cherraje ne t’aurai donné que de vainesrengaines et tu te souviendras avant de t’endormirdans l’épuisante nécessité de l’oublide ce type falot et voûté rencontré sur un pontou bien dans une gare, était-ce encore octobreétait-ce avril déjà ? et tu t’endormirasmais non ce n’est pas là ce que je dois écrireau contraire ma vie commence, la dernière,ma septième et providentielle existencede vieux chat de gouttière enrhuméje te la dois nous la vivrons comme si rienne devait en ternir la belle eau de miroiret nous serons heureux puisque le bonheur grisemieux encore qu’un vin de plantureux terroirmieux que les airs finauds que nous musons à deuxpar les nuits de bourgogne et d’âme hôtel Elisemieux que crème de mûre et mirabelle exquisesnous rimerons de la belle aube au triste soiril est minuit je tremble et je m’éloigne encoreje trinque avec moi-même aux amours de gouttièreet je dédie ce lai à mon verre qui tinteah j’aimerais au fond que le monde me laissepour viatique afin de n’être pas trop mortla couleur d’une cicatrice de plataneet l’odeur étoilée d’une ancienne étreinte »
ISBN : 2.86853.151.2, parution 1992, 136 pages, format 12 x 19 cm.

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