






Soliloque d’Infirmière-Chef
Ils sont nourris, ce sont mes amis. A mon avis, ça leur suffit. Vous n’êtes point de mon avis ? Certains ne sont même pas capables de faire la différence entre la viande et le pain -non, je sais, ce n’est pas une raison pour leur supprimer la viande. Un régime équilibré est essentiel à la santé des personnes âgées. Je le sais bien. Je sais ce qui bon pour eux. Je suis une Infirmière-Chef qualifiée. N’ai-je point été l’élève de Frau Holstein de la Maison de Bâle ? Ah ! Les belles journées d’été dans les pentes du Moron, et les balades le long de la rivière, en compagnie de cette femme d’une telle bonté, d’une telle bonté. Oui, faites-moi confiance, mes amis, je sais de quoi je parle en matière de régime alimentaire et de gestion efficace d’une....... Non ! Vous n’aurez pas plus de viande, espèce de vieille vache vorace. ! Quelle impudence ! Qu’est-ce qu’elle va encore nous inventer ? Je lis en elle comme dans un livre- elle en a après la viande de Ron, un appétit d’oiseau, ce Ron, la baguette aura raison d’elle. Non ! C’est tois coups pour les voleurs, Mrs Ridge, un ! deux ! trois ! Et voilà ! Ca vous apprendra, Mrs Ridge !
Il faut les traiter comme des enfants, car ce sont des enfants, n’ai-je point raison ?
Cinquième roman de B.S. Johnson et considéré, dès sa sortie, comme l’un de ses chefs-d’oeuvre, R.A.S. Infirmière-Chef (House Mother Normal, 1971) est dans sa forme et par son sujet hors norme. A travers le cerveau de huit vieillards, chapeautés par une infirmière-chef despotique et sensée incarner la normalité, le texte met en scène l’indignité de la vieillesse et l’irrésistible décomposition des corps et parfois des esprits. Avec humour, précision, compassion et violence, il plonge le lecteur, grâce à l’inventivité de son auteur, dans un univers à la fois poignant, désopilant et sombre comme l’humour anglais le plus noir. Chaque séquence narrative, le monologue intérieur d’un pensionnaire de l’hospice, suit la même chronologie, non seulement page par page, mais aussi ligne par ligne.
Le résultat est un livre à l’effet multidimensionnel brillant, qui s’affirme comme un digne héritier des oeuvres de Laurence Sterne, James Joyce et Samuel Beckett.
Fils d’un magasinier et d’une barmaid, Bryan Stanley Johnson est né le 5 février 1933 à Hammersmith et, à l’exception de la guerre durant laquelle il a été évacué, a vécu à Londres presque toute sa vie. Marié à Virginia Ann Kimpton, il est le père de deux enfants.
Ses autres romans sont Travelling People (pour lequel il a obtenu le Gregory Award en 1962), Albert Angelo (1964), Trawl (prix Somerset Maugham en 1967), The Unfortunates (1969), Christie Malry règle ses contes (Christie Malry’s Own Double-Entry, 1973) et See The Old Lady Decently Buried (1975), publié posthumément. Outre deux volumes de poésie, il est aussi l’auteur de nouvelles et de pièces de théâtre. Il a également travaillé pour la télévision et le cinéma.
B.S. Johnson s’est suicidé le 13 novembre 1973
Traduit de l’anglais par Françoise Marel
ISBN : 2-915018-02-2
Parution : février 2003
206 pages
Format : 21 x 16 cm
Parution décembre 2002.

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