Giosué Calaciura
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Passes noires
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Passes noires

Giosué Calaciura

Éditeur : Les Allusifs

Prix : 13 euros
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Passes noires--Giosué Calaciura

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Traduit de l’italien par Lise Chapuis

La traite des Noires s’abat sur l’Afrique dans le sillage du Dieu des Blancs qui n’ont pas fini d’écumer ces contrées de dialectes incertains et de religions préhistoriques où pullulent les filles au « regard d’animal d’élevage mis bas pour l’abattoir ». Dans ce « relent de malheur », une jeune femme qui n’a pour tout bagage que des mensonges - elle s’appelle Fiona, Ophélia ou Félicité c’est selon - appareille pour la Sicile et s’échoue dans un port sale d’Italie.

Arrachée à sa terre natale par un « cargo prédateur », Fiona est assignée à résidence dans les dédales du quartier des maisons d’Afrique. Dans l’exiguïté des pièces qui n’ont qu’une seule fenêtre donnant sur l’éternité des murs d’en face, les clandestins pêle-mêle survivent d’expédients et de la cadence cyclique des petits désastres dans les brouillards des immondices, pendant que Fiona et ses pareilles font le trottoir au milieu du manège obsessionnel des voitures. Dans l’attente glacée du client, on a beau lire l’avenir dans des fragments d’os de lions, on vit « dans la certitude qu’il n’y a pas de résurrection », puisque « chacun porte entre ses jambes depuis la naissance la forme de l’injustice déjà écrite en majuscules dans le registre de Dieu ». Et pour se donner de l’estomac l’on répète des formules pour conjurer le mauvais sort et l’on fredonne les comptines de la brousse où toutes les bêtes s’entredévorent dans le marécage des peurs heureuses de l’enfance.

Dans ce roman d’un « noir tangible comme un mur », l’univers en maraude dévore les filles à vil tarif : « Bouchechatte-vingtmille. » Fiona, Cendrillon, la Boiteuse tordue par la polio, et l’Amie chère qui écrit à sa mère des lettres déchirantes de fausseté suivent chacune leur mauvaise étoile dans les obscénités et les humiliations des « baises mal payées après les pipes à la chaîne sur les cadences des musiques de la ruelle », mais « les détails de la douleur fi nissent par faire un destin ». Et pourtant, au bout de « l’agonie de la saignée », il ne reste même pas de « petite monnaie de désirs en liberté », alors on aide le client à pousser « pour que le désespoir disparaisse aussi dans le con », sur l’air du Parrain joué par l’accordéoniste aveugle, parmi les attractions de la foire, dans le périmètre lépreux où les malfrats abandonnent les cadavres, car dans « l’océan d’ordures de la fête », même les morts vont aux putes.

À l’oeil mort de la Sainte, le romancier oppose l’« oeil des entrailles », son style riche de tournures frappantes qui donne à voir « l’accident dans son essence et dans son contour », conte des mille et une nuits de bites et de solitude, derrière « le mur de culs des putes noires ».

À propos de Giosuè Calaciura

Giosuè Calaciura est né à Palerme en 1960. Il vit et travaille aujourd’hui à Rome. Il est journaliste et collabore régulièrement avec de nombreux quotidiens et diverses revues. Il écrit également pour le théâtre et la radio. Ses premiers écrits, des nouvelles, ont été publiées dans diverses revues (telles que Il Sole 24 Ore, Lo Straniero, Nuovi Argomenti)... et dans des anthologies d’écrivains méridio- Argomentinaux comme Luna nuova, présentée par Goffredo Fofi et Disertori. Sud : Racconti dalla frontière, présentée par Giovanna de Angelis (Einaudi, 2000). En 2002, Passes noires a été finaliste à l’un des prix littéraires italiens les plus prestigieux, le Campiello. Son premier roman Malacarne, à paraître aux Allusifs, a été publié en 1998.


120 pages.
Date de parution : 19 avril 2005
ISBN : 2-922868-28-1

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