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La fiche du livre au format pdf


« De Volterra, l’antique cité étrusque perchée sur sa roche escarpée, enclave d’austérité dans la douceur alanguie de la Toscane, de cette ville aux ruelles pentues, avec ses palais renfrognés, ses placettes et ses églises, de ces lieux hantés d’une Histoire énigmatique,l’auteur semble connaître chaque recoin,chaque perspective ; il sait identifier les sons des cloches,les éclats ou les murmures des voix familières, les mugissements des vents, le ruissellement des pluies, la stupéfaction des heures caniculaires et jusqu’aux abois des chiens ; parce que le décor rejoint sa mémoire intime, il y retrouve d’étranges correspondances avec Mende, cette capitale du Gévaudan cernée de montagnes et de bois où il réside. C’est dire que la tonalité du livre mêle les impressions, filtre les sensations, distille des souvenirs qui font la trame secrète de sa mémoire.(...)
Nulle coquetterie dans ces réminiscences : ces noms illustres, avec l’ombre des mystérieux étrusques, avec des siècles de peinture, de sculpture, d’architecture et de musique, ces fantômes de chair ou de vague représentation habitent la terre de Toscane, celle surtout que Malaparte qualifie à juste raison de mâle, une Toscane de guerre et de géométrie, Florence, bien sûr, Pise, Arezzo, mais aussi Volterra, une Toscane dont l’ostentatoire beauté s’ouvre partout sur le vide. Et peut-être est-ce ce vertige qui rend si poignants les paysages de lascif abandon. Si je voulais cerner d’un mot le texte de Bernard Vanel, c’est mélancolie que je choisirais, non la mélancolie morbide d’un Dürer, non celle, languide et dolente, des Romantiques, mais une mélancolie chrétienne, compatissante. »
Michel Del Castillo, extraits de la préface au livre
L’arrivée (Val d’Era)
Salii a la città di Volterra, una delle antiche repubbliche di Toscana, fabbricata sulla cima di una montagna altissima e scoscesa
Carlo Goldoni
Je montai jusqu’à la ville de Volterra, une des anciennes républiques de Toscane, construite au sommet d’une montagne très haute et escarpée
Il est des villes perchées, sur des « rochers songeurs », des cols immobiles ou des falaises d’ocres, dont les fenêtres surveillent de lointaines campagnes. Lourdes de millénaires et d’Histoire, elles surgissent un jour dans nos vies, rapprochées de hasards, de désir et de patience, au bout de quelque route improbable échappée à l’ennui des grandes plaines. Ces villes hautes, souvent ceintes de remparts dans le retrait des terres, suspendues dans l’exil des nuages, nous convient à les rejoindre.
Lorsque l’on arrive de Pise, c’est juste avant La Sterza, où s’arrête encore la Corriera*, que l’on voit pour la première fois, ou plutôt que l’on devine, les tours de Volterra. Et c’est peut-être de là, après un séjour en Corse, que Strabon découvrit lui aussi, de loin dans la plaine, les murailles blanches de Volaterrae*.
Mais je sais, par habitude, que la route attend encore un peu, doit passer le pont sur le Ragone et frémir des soubresauts de ses lames de bois*, avant de s’élancer, sous les pulsions du moteur, vers les pentes du col.
Après Molino d’Era, la voici maintenant qui titube davantage, ivre des senteurs du crépuscule ; rien ne sert d’accélérer, il faut savoir la délacer, sans précipitation. Et le coeur bat plus vite, c’est du moins ce qu’il me semble. Je me souviens, à chaque fois que je reviens ici, de l’arrivée à Volterra de Claudia Cardinale au tout début du film « Vaghe stelle dell’Orsa * », de sa voix sensuellement rauque et de ses premiers mots : « Le balze* ! » Le cri de la rencontre première. Le premier ébranlement des sens, juste avant d’entrer en ville.
Passé San Cipriano, c’est l’être tout entier qui participe à l’émotion. C’est comme si soudain l’on franchissait, sans le savoir, la marge du sacré. Les mains, sur l’arrondi du volant se décrispent un peu, les muscles des bras s’oxygènent et oublient la fatigue lorsque l’on vient de loin.
L’œil nuance les tons, dessine les tours de l’antique cité qui trempent les ocres de Corot dans le mauve du ciel. Il débusque des ombres bleues, s’offusque du soleil bas qui joue sur les fenêtres du côté de Sant’Andrea et dans le même instant, recompose la palette des verts de la campagne : celui des oliviers, des fuseaux plus sombres des cyprès, du précipice herbu. L’oreille aussi est à l’écoute des bruits lointains de la Pietraia et s’attend à reconnaître, peut-être, les hennissements de Barone et de Viola, les deux chevaux d’Antonio.
Puis le temps se fissure et s’ouvrent, devant soi, des échappées vers le passé : Montebradoni, le chemin de la Badia, l’église de San Giusto et puis San Francesco.
Volterra dans ses remparts !
Piazza Boscaglia, je tourne à gauche sous la porte, « ivre by hope* » pour remonter la Via San Lino.
* L’autobus de la ligne Pontedera-Volterra * Nom de Volterra à l’époque des romains * Emporté par les inondations de novembre 1991, le pont sur le Ragone, remplacé par une construction « provisoire » en bois, n’a été reconstruit que récemment * Film de Visconti, tourné à Volterra en 1964, dont le titre reprend le début du premier vers des « Ricordanze » de Leopardi * « Ivre d’espoir », expression utilisée par Stendhal lors de son séjour à Volterra en 1819.
Bernard Vanel a également publié aux éditions L’archange Minotaure Abécédaire des ailleurs, avec une préface de Kenneth White.
Collection « les portes clandestines »
Photographies couleur
Format : 17 x 25 cm.
96 pages
ISBN : 2-914453-44-2


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