



Des vers fantasques, baroques, syncopés. Des rengaines, des ballades, des blues, des litanies empreints d’une nostalgie tellement inouïe qu’on croirait qu’un sentiment nouveau a été inventé. L’art de détourner les fonds à ses propres fins, qui distingue le créateur authentique de l’épigone ou du faussaire n’est pas en reste avec ce poète dont le lyrisme turbulent révèle l’étrangeté merveilleuse ou cocasse des êtres et des choses en apparence les plus banals, les plus misérables ou insignifiants. Auprès du lecteur distrait, Bachelin pourrait passer pour un doux dingue un peu naïf, un troubadour romantico-surréaliste et dada égaré dans notre époque post-post-it moderne. Il y a bel et bien quelque chose de déplacé chez lui, et ceci s’appelle une montagne ou, en d’autres termes, une œuvre. Et cela, qui l’a véritablement lu le sait bien : voici une œuvre, un projet de vie, un accomplissement de beauté redoutable, une quête féroce d’impensable éternité...
(...) À la misère intime et universelle de l’existence humaine, à son absurdité flagrante, à son drame quotidien, à son mystère familier, à ses joies et ses peines, à ses absences, à ses amours il a rendu un hommage dont la grandeur et l’étrange beauté s’imposeront aux générations futures, bien au-delà de notre temps limité. Remarquablement méconnu du plus grand nombre, Christian Bachelin n’est pas un poète d’aujourd’hui, c’est un poète de toujours : on devrait s’en réjouir beaucoup dès maintenant.
Valérie Rouzeau, extrait de la préface.
Quand paraît la Neige en 1967 aux éditions Guy Chambelland, Bachelin jeune marié exerce la profession de coursier chez un huissier de justice. Il a été enfant de troupe, manutentionnaire à l’entrepôt des épiceries en gros de Clairoix (près de Compiègne, sa ville natale), joueur d’accordéon aux bals des fêtes patronales en Picardie, chevalier à mobylette rouge et amoureux transi, buveur au long cours des soirées entre copains ( il ira, pour payer sa tournée, jusqu’à vendre à un prix dérisoire son exemplaire de L’Immaculée Conception, qui comportait la bagatelle d’un envoi d’André Breton à Francis Ponge). Il sera encore surveillant dans une coopérative agricole où il vérifiera les manomètres des séchoirs à maïs, pointeau dans une usine de parfum à Grasse où il aura le mal du pays et il sera aussi, à partir de 1973 - l’année de ses quarante ans - « employé aux écritures » à la Société des Gens de Lettres grâce à la bienveillance de Jean Rousselot qui l’introduit dans la maison de Balzac où il restera vingt ans : tout cela n’est pas plus vrai que la poésie où la vie s’invente magistralement, pas plus vrai que le rêve vertigineux de cette vie dont aucune biographie ne saurait rendre compte. ( V. R. ).
Dernier cri
ISBN : 2.86853.404.X

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