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À travers cette grande amitié, nous découvrons la vie des paysans dans les saisons, et aussi les figures familiales : la mère, veuve de guerre, oncle Paul le sportif, oncle Lazare dont les originalités confinent parfois à la folie et sa femme anglaise Flo qui, bien que souvent « patraque », tente d’éduquer son enfant anormal et finira par sacrifier sa vie.
Plus tard, François s’installe en ville, à Lyon. C’est la première séparation avec le cousin dont le nom change au cours des années : Frédéric, Bill, Baby, le Bouib, le Babouin... Noms ou surnoms dérisoires donnés par le père dans une lucidité désespérée. Le temps est ponctué par les retrouvailles dans la maison qui se dégrade lentement. François et son cousin, si étrangement accordés dans leur enfance, n’avancent plus au même rythme. François se développe, s’enrichit, tandis que le Babouin stagne, reste dans sa définitive immaturité. Quand, à la fin du livre, il meurt, il était déjà loin, très loin du narrateur.
Ce livre fin et sensible, mélancolique, n’est pas seulement l’histoire d’une enfance et d’une étrange amitié. Toute une société y est peinte, sans qu’il y paraisse, un monde simple qui s’efface peu à peu, emporté par le temps comme la maison familiale est minée par les eaux.
« Mes fenêtres s’ouvrent sur la rivière. Je ne me suis jamais beaucoup éloigné d’elle. En cet après-midi de janvier, sous le soleil d’hiver, elle demeure immuable dans son incroyable lenteur. Large et silencieuse, elle coule et ne coule pas. Le ciel s’est entrouvert. Des mouettes dérivent lentement dans la lumière. Les eaux froides scintillent. C’est la rivière qui me relie au temps lointain de la première rencontre qui a marqué ma vie.
Il arriva à Perrière au cours de l’automne 1920. J’étais averti de sa venue prochaine. Un soir, en me mettant au lit, ma mère m’avait dit que mon cousin et ses parents viendraient passer l’hiver avec nous. La nuit était depuis longtemps tombée sur le jardin et sur la campagne. Les grands arbres étaient proches. Dans mes draps humides, j’écoutais les chats-huants. On n’avait pas encore allumé les feux de bois dans les cheminées des chambres. Mes grands-parents maternels, maman, mon frère et moi avions attendu dans cette maison de Perrière la fin de la guerre. Mon père y avait été tué. À mes yeux, la guerre avait pris fin le jour du retour de l’oncle Paul. C’était l’année précédente, au mois de mai. Je gardais le souvenir d’un instant solennel. L’oncle Paul était apparu au bas de la “ grande allée ”, vers la barrière bleu pâle qui donnait sur la route. Il s’était approché d’un pas presque lent, dans son uniforme. Nous étions réunis devant la maison, sur la terrasse de gravier. La matinée était ensoleillée.
... Ce fut dix-huit mois plus tard que maman m’avertit que mon cousin et ses parents arriveraient dans la nuit. Ils avaient été retardés dans leur voyage. Je ne comprenais pas pourquoi maman semblait attacher une telle importance à leur arrivée. »
ISBN : 2.86853.412.0, parution novembre 2004, 272 pages, format 15 x 22 cm.




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