



Traduit du portugais (Brésil) par Inô Riou et Paula Salnot
À Rio de Janeiro, les soeurs Nogueira Alencar mènent une vie enviable en apparence : Leonor a épousé un universitaire ; Mariana, mariée à un riche armateur, a repris pour le compte de la famille un interminable procès contre la Banque du Brésil - soixante ans et quinze mille pages de procédure. Or, un jour la tante Maria se suicide et lègue à Mariana ses écrits qui relatent deux siècles d’histoire des Nogueira Alencar, et soudain le passé éclaire le présent et révèle l’origine des haines familiales, de la cruauté maternelle, des malheurs conjugaux et des traditions arriérées. C’est que, chez les Nogueira Alencar, on prépare, à chaque génération, une fille pour le célibat dans le but de servir, plus tard, sa vieille mère. On refuse à cette élue les symboles de la féminité et on lui interdit tout bonheur. Tel aurait dû être le destin de Mariana, comme celui de Maria, mais les deux femmes se rebellèrent, la première pour se faire avocate, l’autre pour se consacrer à la littérature et mener des recherches sur une héroïne républicaine et abolitionniste. En outre, à l’instar de sa tante, Mariana n’aima qu’un homme, Vasco, torturé à vingt-deux ans et jeté d’un avion dans la mer, d’où le pourrissement silencieux de son mariage, puisque, dans ce milieu, les hommes choisissent les femmes selon leur pedigree, comme s’il s’agissait de bonnes juments. Du côté de chez Leonor et Alfredo, la confusion règne à la suite de la grossesse d’une domestique et de la disparition d’un collier d’émeraudes. On soupçonne la bonne, on la harcèle, mais, coup de théâtre, le mari meurt d’un infarctus. Un policier intègre, l’inspecteur Miltão, mène l’enquête, suspecte Leonor, fouille les archives médicales, exhume le cadavre, alors que Mariana est sur le point de gagner le procès des Nogueira Alencar contre la Banque du Brésil. Ce roman d’Heloneida Studart nous plonge au coeur d’un pays contrasté où les nantis donnent des fêtes après avoir licencié des centaines d’employés, où le trafic de drogue améliore l’habitat dans la favela, où désirer la justice est une folie, où les femmes sont les descendantes des martyres qui payèrent de leur sang leur insubordination et leurs tentatives d’émancipation.
Heloneida Studart est né en 1932 à Fortaleza, au Brésil. Son deuxième roman, Dize-me o Teu Nome (Dis-moi ton nom), publié en 1955, fut couronné le prix de l’Académie brésilienne des lettres et le prix Orlando Dantas. Emprisonnée quelques mois en 1969 pour ses activités littéraires, journalistiques et syndicales, Heloneida Studart fut pendant plusieurs années sur la liste noire des militaires au pouvoir. À la suite de l’assassinat d’amis très proches, elle écrivit O pardal é um passaro azul (Le cantique de Meméia), alors que le Brésil vivait un nouveau processus de démocratisation. Théoricienne du féminisme, auteur d’essais, de pièces de théâtre et de neuf romans, Heloneida Studart est aussi députée du Parti des Travailleurs de l’état de Rio de Janeiro depuis 1978. L’auteur nous livre une oeuvre qui donne à voir un Brésil dans toute sa beauté.



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