



Jean-Loup Trassard s’est servi de ses propres jouets, conservés depuis une cinquantaine d’années et qui, au même titre qu’une enfance rurale, ont peut-être déterminé une passion pour les fermes et l’agriculture. Humour et tendresse. Une quarantaine de photographies en couleurs.
« Avant de nourrir des bovins, de fauciller les ronces sur les talus, de reclouer les barrières, il y eut le jeu - pas si loin, une cinquantaine d’années - qui consistait à installer une ferme, chaque jour une nouvelle ferme, contre les racines des tilleuls, sur la terrasse, ou dans un coin cendreux de la cheminée. Aujourd’hui que disparaît l’agriculture traditionnelle, deux poignées de petits sujets descendent du grenier où ils attendaient la résurrection. Posés dans la cour d’une ferme, sur le sable que tassent pas et roues, contre les pavés polis autrefois par les fers des chevaux, ils s’y reconnaissent tant qu’il est insupportable de les mener ailleurs. Ronflements du tracteur, meuglement des étables, pépiement au bord des ardoises, le chien rôde, les poules s’interrogent sur le caractère mangeable d’une si petite humanité, au milieu : fermières et fermiers, ou marchand, journalier, forgeron, les mains juste tirées des poches, empoignent les outils et, à l’instant, distribuent autour d’eux un espace agricole. Qui veut plier son corps découvre l’étendue nouvelle et tout de suite perçoit un autre temps, celui qui règne dans l’air et sur l’espace reconstitué des fermes. Le moindre objet annonce une durée, ses avant et après, le précaire des tâches inachevées se fait presque éternel, les muettes petites bouches viennent de se taire. C’est ce temps que je prélève, des soixantièmes de seconde de bonheur agricole. Et les instantanés transforment l’immobilité en gestes. »
Jean-Loup Trassard est né le 11 août 1933 à Saint-Hilaire-du-Maine en Mayenne où il connaît une enfance campagnarde rythmée par les travaux agricoles et qui influencera toute son œuvre d’écrivain et de photographe. Très tôt, il apprend la photographie auprès de son père, photographe lui-même : « Mon père m’a d’abord offert une boîte Kodak. Je crois même que j’en ai eu deux successives. Puis assez vite il a trouvé, en occasion, un Vestpocket à soufflet, me disant que ce modèle lui avait laissé un très bon souvenir. Je ne connaissais alors que trois sujets : le fils du cultivateur voisin, compagnon quotidien durant bien des années, puis mon chien, une bâtarde noire à pattes blanches, puis mon vélo bien astiqué, la pédale élégamment appuyée sur la marche du perron... » Il fréquente l’école primaire de son village puis le lycée de Laval et poursuit des études de droit à Paris. En juillet 1960, Jean Paulhan le publie dans la Nouvelle Revue Française. En avril 1961, Georges Lambrichs édite son premier livre, L’amitié des abeilles, dans la collection Jeune Prose chez Gallimard. À partir de 1983, l’auteur expose régulièrement son travail de photographe. Il vit une partie de l’année à Paris et une partie en Mayenne où il élève des bœufs autour de sa maison natale.
ISBN : 2.86853.321.3, 80 pages, format 20 x 23 cm, parution 2000.




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