Aquilino Ribeiro
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Le roman de la renarde
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Illustrations de Benjamin Rabier


Le roman de la renarde

Aquilino Ribeiro

Éditeur : Chandeigne

Prix : 20 euros
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Le roman de la renarde-Illustrations de Benjamin Rabier-Aquilino Ribeiro

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Le grand classique portugais de la littérature jeunesse

Le roman de la renarde (1924) est le grand classique de la littérature jeunesse portugaise. Mais il est dif ?cile de dire qui des enfants ou des adultes se délectent le plus de ce texte.

Aquilino Ribeiro (1885-1963) - auteur incontournable de la littérature portugaise - a narré les aventures d’Attrape-Minon, la renarde « arti ?cieuse, enjôleuse et ripailleuse ». Lors de son exil à Paris, il rencontra Benjamin Rabier qui illustra avec saveur les renarderies de cette petite cousine portugaise de Renart. En faisant de son héros non plus un goupil mais une renarde, Aquilino propose comme ses prédécesseurs, à travers le règne des animaux, une peinture mordante et narquoise de la société, mais avec une touche de féminité ludique qui confère au récit une indubitable allégresse. Le récit bondit, sautille, ne s’attarde jamais : il distrait, fait rire, éduque. Pour animer son petit monde, Aquilino a fait appel à ses dons exceptionnels d’écrivain animalier. Et sans doute est-ce la langue exubérante, savoureuse et gourmande d’Aquilino qui représente son apport le plus remarquable au cycle de la gent renardière. Le résultat est un roman illustré pour petits et grands, unissant une des proses portugaises les plus riches et un des illustrateurs français les plus touchants et atemporels.


Collection Série Illustrée

Traduit du portugais par Bernard Tissier & Diogo Quintela

Illustrations de Benjamin Rabier

Parution : 2000, 2e éd. 2002 Format : 16 x 17 cm 192 pages ISBN : 2-906462-69-1 ISBN-13 : 978-2-906462-69-4 Prix : 20 €


La petite renarde, extraits

Voilà trois jours et trois nuits qu’Attrape-Minon - une jeune renarde artificieuse, enjôleuse et ripailleuse - courait les bois, furetant, humant, flairant, battant les buissons, sans avoir réussi à mettre la patte sur d’autre gibier que quelques misérables sauterelles, ni à dénicher le moindre abri où elle pût dormir d’un petit somme insouciant. Désespérée de tant de malchance, il lui venait la tentation de retourner à la maison de ses parents où, toute souterraine qu’elle fût, le lit y était plus douillet et sûr que la couche d’un roi, et où jamais ne manquait la bonne chère, poule en conserve à défaut d’être fraîche, voire lapin de garenne tout juste égorgé. Mais elle appréhendait des retrouvailles avec sa mère qui, peu auparavant, à l’issue d’une semaine de disette et après l’assaut manqué du poulailler d’un paysan au cours duquel elle avait frôlé la mort, l’avait accablée de remontrances et sages conseils :

- Attrape-Minon, ma fille, il est grand temps de songer à t’établir. Manger et dormir, dormir et manger, j’aimerais en faire autant. Eh bien ! si tu l’ignores encore, ouvre grand tes oreilles : qui point ne s’échine point ne dîne. À la nouvelle lune - et l’heure est proche où elle arrivera aux portes du ciel -, tu seras en âge de te gouverner toute seule. Mais aussi tu comptes dix-huit mois bien sonnés et, grâces en soient rendues au Père de toutes les bêtes, dix-huit mois qui n’ont pas été gaspillés. Regardez-moi le tranchant de ces dents, le soyeux de cette fourrure, quelle merveille !

- Hi, hi, hi ! s’était mise à pleurnicher Attrape-Minon.

- Sainte Mère ! quand tes frères sont à courir par monts et par vaux pour gagner leur pain, et Dieu sait au prix de quels travaux ! Vois Pied-Agile, c’est tout finesse et vif-argent...

- Et bon fils avec ça ! Pas plus tard qu’hier la genette ne tarissait pas d’éloges sur son compte, ajouta le vieux père, un grand renard au cul pelé, tout en étirant et raidissant ses longs jarrets décharnés.

- Elle n’a point tort ! C’est lui qui a chapardé au père curé son grand coquelineux de coq à la crête vermeille et aux pattes de soie torse. Nous en avons mangé, la genette en a mangé, une vraie bamboche que je n’oublierai pas de sitôt ! Mon pauvre Pied-Agile ! voilà des semaines déjà qu’il s’est émancipé. Toi, Attrape-Minon, nous t’avons gardée à la maison dans l’espoir que tu serais le bâton de nos vieux jours. Depuis, nous en avons fait notre deuil. Tire-toi d’affaire toute seule, et nous serons déjà bien contents. Tu as bon pied, bon œil, que diable ! Alors débrouille-toi, débrouille-toi ! Tu n’es pas née princesse...

- Que le monde va mal ! que le monde va mal ! soupira le vieux renard. Celui qui est contraint de sacrifier à son poil et à sa panse doit avoir le compas dans l’œil. Parfaitement, madame ! au jour d’aujourd’hui, assaillir un poulailler est un délicat problème de mathématiques.

- Je suis vieille... usée, reprit la mère sans faire cas de la philosophie du renard. Le voudrais-je, que je ne pourrais pas t’entretenir. Tiens ! il n’y a pas plus de quelques jours, j’ai eu aux trousses un cabot de rien du tout, un de ces toutous qui ne sont bons qu’à faire ouah ! ouah ! Pour un peu, il déchirait ma robe. Demande au putois. Ton père, depuis qu’il a reçu une charge de plomb dans les jambes, regarde dans quel état il est : tout moulu et perclus, un pot-au-feu pas même capable de capturer un lapin qui fait la sieste dans son terrier.

À ces mots, le père renard de maudire la gent humaine et la damnée invention des armes à feu. Et après avoir juré, sacré et longuement pleuré sa mauvaise étoile, il se laissa derechef entraîner, en vieux bravache qu’il était, à vanter l’agilité et le courage qu’il déployait aux temps bénis où il tuait un lévrier à la course. Mais la mère renarde lui ordonna de fermer son clapet, ayant aperçu Maître Vincent le corbeau, juché au-dessus de leurs têtes sur la branche d’un frêne, qui se gaussait du vieil hâbleur.

- La montagne est grande et généreuse (d’une main haut dressée la mère renarde soulignait le bien-fondé de ses paroles), et les bois que nous habitons sont aussi tranquilles qu’on peut l’espérer de la capricieuse engeance humaine, qui tantôt nous fait la guerre, tantôt nous laisse en paix. À l’entour, les villages ne manquent pas et la nuit venue - tu m’écoutes ? - il est rare, très rare même qu’aucune fermière n’ait oublié quelque part d’aveugler le trou de son poulailler. Et le pays nous fournit la viande à volonté : lapins, lièvres, perdrix, et toutes espèces de tribus volatiles. Certes, des bêtes à la patte légère ou à l’envol rapide qui réclament de nous un œil matois, un pied sournois, un coup de griffe prompt et adroit. Mais, Attrape-Minon, ces bonnes dispositions tu les as, nous les avons tous. Heureusement ! sans quoi, avec tout le mal qu’on nous veut, il y a longtemps que c’en serait Wni de Renarderie. Le problème est maintenant de dénicher les poulaillers troués et de découvrir l’endroit où lièvres et lapins plient leur linge, comme dit ton père en blaguant.

- Du cran ! s’écria sur ces entrefaites le vieux renard. Ce qu’il faut, c’est du cran, le reste n’est que balivernes.

- C’est vrai, du cran ! comme qui dirait : du caractère et de la patience ! Un oncle à moi qui fit de vieux poils - à sa mort il avait dix ans d’âge et la réputation d’un sage - prêchait déjà qu’avoir du cran était, pour notre race, la première de toutes les vertus. Sois diligente, prudente, et tu verras comme tout ira bien. Va, et que ma bénédiction t’accompagne !

- Attrape-Minon, quand viendront les temps de vaches grasses, n’oublie pas ton vieux père et ta vieille mère, gémit le renard, la larme à l’œil.

Voilà en quels termes père et mère s’étaient adressés à elle, et, dotée d’un amour-propre chatouilleux ainsi que d’une bonne mémoire, elle avait honte de retourner au logis natal, malgré le jeûne, les fatigues et les tendres regrets...

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