





Le livre de la nuit est, si l’on veut, un récit : celui d’une expérience mentale, morale et esthétique, qui utilise notamment des scènes biographiques (l’enfance) pour tracer le chemin permettant d’accéder à une identité et de construire une maison de mots pour survivre. L’enfance : père, frère, mère (plus discrètement) ; la mer, l’école ; la peur, à la fois menace et ressort de vie, la violence, la solidarité des enfants pour y faire face. Puisant dans ce fonds, une expérience poétique du monde constitue le fil du récit et lui donne son style : une sorte de psalmodie, une musique répétitive de petites unités en première personne, une structure dialogique (je, tu, il ,elle) qui finit par imposer la constance d’une voix qui interpelle, conjure, proteste, prie, interroge, encourage, et, à la fin, répète trois fois : « c’est comme ça ». Voix du fond de la nuit qui affirme inlassablement la lumière de la vie.
Je dis, tu dis, il dit, je veux, tu veux, elle veut me le dire, écoute ça.
L’essentiel est invisible pour les yeux, comment en douter ? Il y a tant de choses à voir derrière tout ce qu’on ne voit pas. Des continents, me dis-je, et même plus. Mais il faut le dire tout bas. Tu vois ça ? Oui, moi qui l’ai reconnu tout de suite sans l’avoir jamais vu ni connu, je le pense vraiment. Mais il faut l’écrire très bas. Je vois ça comme ça. Sous l’obscurité. Du visible je n’ai vu que catastrophe et cruauté. Les hommes frappent à tort et à travers. Le plus souvent, non ? Mais l’essentiel, te dis-je, est invisible pour les yeux. Je le crois. De mon œil gauche et de mon œil droit, l’un et l’autre pour y songer, le découvrir à chaque fois. À qui donc, me disais-je assise au crépuscule au bord d’un champ, est l’air que je respire quand je peux tout, tout inventer ? Il est à moi. À moi bien sûr, l’air, l’herbe et les nuages. Les nuages ? Oui oui, l’air libre et les nuages où se dessinent toutes les têtes, les êtres et tous les paysages. L’air vif où vibrent toutes mes consolations. Car. Si je ne le connais pas, je ne cesse pas de le voir, pensais-je la tête et le cœur dans les nuages. Je ne cesse pas de le voir, dans mes rêves, dans l’air ivre de mes jeunes dix ans. Et comme une bête têtue mon rêve ne bouge pas. Oui, il s’entête. Tandis que le temps passe depuis que je suis née. Voilà donc que je saute à la corde ou l’élastique comme dix filles. D’un seul homme ? Oui d’un seul homme. Comme dix filles. Mais moi, je suis la seule, la sienne. Écarlate. Secrète et clandestine.
Née en 1961. S’installe à Paris en 1978. Études de lettres, de philosophie et d’arts plastiques. Écrit, peint et photographie. A publié quatre livres et un CD aux éditions Albertine : deux récits, deux livres de poèmes ; en revue (Europe, La Différence, Patio, Neige d’août) des nouvelles et des poèmes.
ISBN 978-2-916451-05-3, parution février 2010, 80 pages.

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