

Le Clou brûlant (divisé en deux parties : « Le Pain dans la main » et « La Main dans le feu ») fut le premier titre majeur de José Bergamín traduit en français. Épuisé depuis de nombreuses années, notre édition rétablit le texte original puisque la version antérieure contenait une coquille modifiant totalement le sens du livre !
Comme le raconte J.C. Carrière dans son avant-propos, l’oubli d’un s transforma la citation de Calderón en « Ce qui te reste e(s)t ce qui ne te reste pas ». Informé de la bévue, Bergamín déclara : « Modifier le sens d’un livre avec une telle économie de moyens est bien une preuve de l’existence de Dieu ». De foi, il est pleinement question dans ces pages (« La foi, ce n’est pas vouloir croire, mais qu’au contraire, c’est croire sans vouloir. ») ; à partir d’anecdotes et d’auteurs (Calderón et son théâtre des songes, Rubén Darío et le diable dans l’église, Goethe et son Faust, Nietzsche et le surhomme, et, bien sûr, le Don Quichotte), Bergamín explore « le mystère central du christianisme, le mystère de la foi » et donc le mystère de l’Espagne. Dans la continuité dialectique et rhétorique de son maître Unamuno, il joue avec les idées et les mots, les retourne et les oppose, quitte à être à son tour emporté par le doute. Adepte de la déraison, José Bergamín se considérait comme un fantôme en quête des vérités sous couvert de moqueries et de masques.
Comme tant d’autres hommes de sa génération, la guerre civile espagnole scinda l’existence de José Bergamín (1895-1983) en deux parties. Appartenant « poétiquement à la constellation de 27 » (selon Florence Delay), il fut un intellectuel de combats qui, sous des formes apparemment frivoles, abordait les questions essentielles. Président du congrès des écrivains antifascistes, il est mis en scène par Malraux dans L’Espoir. La fin de la guerre marqua le début d’exils multiples (Mexico, Caracas, Montevideo, Paris) entrecoupés de retours en Espagne, définitivement en 1970. Figure polémique et controversée, il fut un dissident épidermique. Critique envers diverses personnalités de la transition, il se rapprocha de la cause basque et soutint ETA depuis son refuge de San Sebastien.
S’il est connu essentiellement comme essayiste, son oeuvre poétique et théâtrale est considérable. Il est également un maître de l’aphorisme : « L’ombre qui me sépare l’âme du corps se fait, de jour en jour, de plus en plus claire. » Scrutateur de l’âme espagnole, il consacra un nombre important de textes à la tauromachie. Si au cours des années 1980 et 1990, l’oeuvre de Bergamín est peu à peu apparue au lecteur français ( L’Art de Birlibirloque ; La Solitude sonore du toreo ; L’Importance du démon et autres choses sans importance), une multitude de textes restent inédits. Nous avons d’ailleurs deux projets d’éditions : un livre d’aphorismes et un recueil de textes tauromachiques.
Préface d’André Malraux. Traduction et avant-propos de Jean-Claude Carrière.
ISBN : 978-2-916749-15-0, Papier bouffant Munken 90 gr, Format 13,5 x 20,5 cm, Parution Février 2010.

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