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Le Chevalier de Saxe
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Le Chevalier de Saxe

Juan Benet

Éditeur : Passage du Nord-Ouest

Prix : 16 euros
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Le Chevalier de Saxe--Juan Benet

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El caballero de Sajonia (Le Chevalier de Saxe) est le dernier récit écrit par Juan Benet, en 1991, après une vingtaine de romans, deux volumes de nouvelles et cinq pièces de théâtre qui forment l’une des œuvres les plus singulières et les plus denses de la seconde moitié du XXe siècle en Espagne.

La particularité de cette fiction est qu’elle ne se déroule pas sur la scène imaginaire et mythique de Région, comme ses autres récits, et que le protagoniste en est une figure historique, celle du réformateur Martin Luther.

Les quatre chapitres du livre correspondent à quatre épisodes de la vie de Luther, à un moment où sa rupture avec Rome était consommée mais n’avait pas encore eue les conséquences que l’on connaît dans l’Europe de l’époque.

Chaque chapitre est organisé autour d’une rencontre que fait Luther au cours d’un voyage lié à une mission dont il ne connaît pas encore précisément l’objet. Ces rencontres (une femme de « mauvaise vie », Satan, un pauvre hère et l’empereur) sont l’occasion d’une réflexion, non dénuée d’ironie et d’humour, sur les inquiétudes humaines.

En ce début d’hiver 1531, les troupes de Soliman le Magnifique sont aux portes de Pest. À l’ouest, François 1er, allié de la Sublime-Porte, déplace ses mercenaires aux frontières occidentales du Saint-Empire. L’Allemagne, prise en tenaille, est exsangue après une décennie de révoltes, de luttes religieuses et d’état de guerre permanent. À la veille d’un nouvel affrontement, Charles Quint convoque le chevalier Georges - nom d’emprunt de Martin Luther depuis son excommunication. Ignorant les motifs de cette entrevue secrète, et malgré les dangers que représentent les hordes de paysans insurgés, les lansquenets des seigneurs factieux et la ruse du prince, Luther décide de répondre à la convocation de l’empereur, celui-là même qui le chassa de l’empire.

Le Chevalier de Saxe est le récit de ce voyage crépusculaire à travers un pays dont le destin n’appartient plus qu’à Satan, ou peut-être pas encore.

Si ce roman renvoie aux questions métaphysiques qui depuis toujours hantent l’œuvre de Juan Benet (1927-1993), l’envergure du personnage de Luther et le contexte historique, à la charnière de l’Histoire, leur donnent ici une vigueur nouvelle, obsédante. Quant au thème de la rébellion que réactualise l’auteur, il nous renvoie au pouvoir décisif des mots face aux puissances infernales. Juan Benet, qui aura révolutionné le roman contemporain espagnol, signe là son dernier coup de maître quatre ans avant sa disparition.

L’essentiel de l’œuvre traduite de Juan Benet (1927-1993) est parue aux Éditions de Minuit, hormis l’édition de poche épuisée de L’Air d’un crime, le dernier ouvrage publié en français en 1997 chez 10/18. Ses textes majeurs, Tu reviendras à region, Une tombe, Dans la pénombre, Baalbec, une tache, ont pour décor le mythique paysage de Region, sorte de microcosme imaginaire rappelant l’incroyable Yoknapathopha country de Faulkner, qui exerça une indéniable influence sur son écriture. La guerre civile en toile de fond, le même flou contextuel et narratif, le même questionnement aigu sur la condition humaine rendent sa lecture complexe et son univers romanesque tout à fait inimitable. Son écriture, proche de celle du nouveau roman français, l’a longtemps marginalisé dans son pays, mais le place aujourd’hui parmi les novateurs espagnols les plus brillants :

« L’écriture même de Juan Benet échappe aux conventions de l’époque : par l’exubérance adjectivale, par la longueur des phrases et leur complexité syntaxique ; par la continuelle tension entre la rigueur scientifique et la suggestivité poétique ; par les contradictions qu’elle énonce sans les résoudre ; parce qu’elle fonde une poétique de l’ambiguïté qui, faisant vaciller la réalité conventionnelle, ouvre une autre réalité infiniment plus riche. » (Claude Murcia)

Ouvrage traduit de l’espagnol par Claude Murcia.

Les éditions Passage du Nord-Ouest ont également fait paraître, de Juan Benet, le livre Treize fables et demie en novembre 2003.

Collection : Traductions contemporaines


ISBN : 2-914834-15-2 ; Parution : mars 2005 ; 196 pages ; Format : 19 x 14 cm

DANS LA PRESSE

Le Monde des livres (22 avril 2005)

Martin Luther et Charles Quint ont rendez-vous avec Satan Quelque part au cœur de la Saxe, un roman historique de l’Espagnol Juan Benet (1927-1993)

Avis aux belligérants : la guerre entre le Bien et le Mal est finie depuis longtemps. Croyez-en le Diable, qui l’annonce, et pas n’importe comment, mais par la plume du grand écrivain espagnol Juan Benet, qu’ont distingué les prix Biblioteca breve, Premio de la Critica, et l’admiration de ses lecteurs, Javier Marias en tête. Ceux qui veulent connaître le vainqueur n’ont donc plus qu’à déposer les armes et lire Le Chevalier de Saxe, le court roman historique que Benet publia en 1991, quelques années avant sa mort. Projetés dans l’Allemagne de 1531, ils emboîteront le pas tourmenté de Martin Luther pour affronter, en moins de deux cents pages, les sollicitations d’une femme endiablée, d’un Satan jovial, d’un condamné à mort coriace et d’un Charles Quint retors. Ils verront ainsi se décomposer un territoire menacé par l’alliance franco-turque conclue entre François Ier et Soliman le Magnifique au lendemain de la défaite de Pavie, appauvri par des années de guerres et de dissensions religieuses. Dans ce terrain vague historique, vestige du rêve habsbourgeois de domination universelle, Charles Quint et Martin Luther, mis au ban de Rome depuis dix ans, se sont donné rendez-vous pour décider de l’avenir de l’empire. Mais un autre compagnon, roué négociateur, est du voyage. Satan s’est joint à l’équipée, et se présente dans une scène brillante, mordante et ironique, qu’on dirait extraite du chef-d’œuvre de Mikhaïl Boulgakov, Le Maître et Marguerite. Avec sa dégaine de simple voyageur, ses mines patelines et ses répliques spirituelles, le Diable de Benet n’a rien à envier à celui du célèbre romancier russe : « Avec ce raccourci-ci et le sourire malin qui provoquait sur sa joue des rides marquées et concentriques, il semblait que sa tête, après être tombée en morceaux, eût été recomposée et raccommodée d’une manière imparfaite qui laissait visibles les traces indélébiles de la brisure et certains bords ébréchés : deux traits convergents et rougeâtres - celui de ses yeux et celui de sa bouche - auxquels il paraissait avoir confié toute son intelligence. » Rien ne lui échappe : les prétentions de Luther, les ambitions de l’empereur, la morgue du pape, enfin l’orgueil de Dieu auquel le Diable, aussi réformateur et dissident que Luther, a abandonné sans regrets « la théologie, la métaphysique, la poésie, toutes ces petites choses » pour se tailler la part du lion dans le monde d’ici-bas.

L’ombre de Conrad Fait remarquable, dans ce dernier récit, Juan Benet a quitté Region, territoire fictif où se déroule habituellement le cycle de ses grands romans (Tu reviendras à Region, L’Air d’un crime), pour une lente dérive au cœur d’une Saxe en lambeaux. Cette fois, c’est moins l’ombre de Faulkner, familière à l’écrivain espagnol, que celle de Conrad qui assombrit sa prose dense et complexe, ingénieusement équilibrée par la cruelle lucidité de son humour. Le Chevalier de Saxe est autant un roman de clôture que d’initiation, pénétrant dans le crépuscule des dernières conquêtes et s’arrêtant à l’orée du schisme qui marque le monde moderne, par la conscience d’un de ses personnages-clefs. Ce dernier roman établit un parfait contrepoint aux délicieuses Treize fables et demie du même auteur, brèves et mutines interrogations métaphysiques en forme de contes, publiées en 2003 chez le même éditeur.

Fabienne Dumontet

Le matricule des anges N° 63 par Jean Laurenti

ROUTE DE LA FOI Le Chevalier de Saxe de Juan Benet

Amateur de roman historique, passe ton chemin. Celui qu’emprunte le chevalier de Saxe ne t’apportera pas le dépaysement que tu es en droit d’espérer. C’est bien davantage à un voyage dans les tréfonds de la conscience d’un homme de foi qu’invite ce roman, œuvre tardive de l’écrivain espagnol Juan Benet (1927-1989). Le récit, qui se déroule en 1531, a pour cadre les routes hivernales de la Saxe, un pays marqué par la violence et une crise religieuse qui bientôt ensanglantera l’Europe. Le chevalier de Saxe, qui prétend aussi s’appeler Georges, est en réalité Martin Luther, l’auteur, excommunié depuis dix ans, des « 95 thèses », le dénonciateur du commerce des Indulgences par l’Église catholique, l’homme par qui la Réforme arrivera. Le « chevalier » se rend à une entrevue secrète avec l’empereur Charles-Quint : ce sont quatre étapes de son itinéraire que nous suivons, chacune étant l’occasion d’une intense méditation sur la grâce, le mal, la prédestination. Ce texte exigeant, d’une haute tenue littéraire, n’est certes pas d’une lecture aisée, mais Benet y déploie un art maîtrisé de la narration qui évite l’ennui. Dans une auberge borgne, Luther sera violé et dépouillé par une femme hardie : « elle lui envoya sur la joue une gifle énergique sans cesser de forniquer ». Plus tard, il recevra la visite du démon, dont l’habileté rhétorique le fera vaciller : la rébellion de Satan contre l’ordre divin, est-elle tellement différente du rejet par Luther de l’autorité du pape ? Au terme du voyage, la rencontre avec l’empereur donnera lieu à une discussion étrangement actuelle dans sa tonalité. « Vu le chemin que nous prenons, dira un Charles Quint presque mélancolique, les banquiers tiendront un jour les rênes de l’empire. »

La Quinzaine littéraire, N° 900 du 16 au 31 mai 2005

LUTHER, LE REBELLE On imagine volontiers une proposition d’éditeur, acceptée peut-être comme un défi que l’écrivain se pose à lui-même, pour que Juan Benet ait délaissé, ne fut-ce qu’un temps, la faulknérienne saga de cette Région (1) qu’il avait si souverainement construite.

Depuis ses toutes premières nouvelles des années 60, jusqu’à l’imposante entreprise de Lances rouillées (1983-1986), chaque livre ajoutait un édifice à cette œuvre complexe, qui domine le roman espagnol de la seconde moitié du siècle dernier. Action ou méditation, tout s’organisait en un même espace, y compris cette incursion dans le roman policier que fut L’air d’un crime (1980) (2), qui valut à son auteur d’être porté à l’écran (3) et de tirer à soixante-dix mille exemplaires, une fois n’est pas coutume. Perplexe ou fatiguée d’avance, une bonne part de la critique n’en continuait pas moins à lui faire la moue. Il ne dédaignait pas d’ailleurs de déconcerter, de mettre à l’épreuve ces piètres adversaires. Le Chevalier de Saxe, qu’est-ce à dire ? L’éditeur barcelonais se chargea d’éclairer les lanternes sur la jaquette : « La figure de Luther comme prétexte d’une grande méditation romanesque. » À la bonne heure ! Voilà de quoi piquer la curiosité, car nul n’ignore que le moine schismatique n’a jamais eu bonne presse en Espagne, bastion du catholicisme. Il n’y a pas si longtemps que certains guides à casquette, faisant visiter les anciennes fortifications de la frontière pyrénéenne, ne manquaient pas d’aviser qu’elles servaient à se prémunir contre une invasion de protestants ! Juan Benet ne s’est pas soucié ici d’aller à contre-courant ou de redresser les torts. Il prend le figure du rebelle selon la vulgate nationale. Après la Diète de Worms, en 1521, Luther s’était vu solennellement condamné, face à l’empereur Charles-Quint, pour ses thèses hétérodoxes. Son protecteur, le prince électeur de Saxe, afin de le mettre à l’abri, l’avait fait conduire discrètement jusqu’à un château isolé de Thuringe où il séjournera près d’un an sous une fausse identité : le chevalier Georges. Bientôt il n’y tient plus, la rumeur des paysans soulevés le trouble, et il s’échappe sans qu’on puisse toujours fixer avec précision son itinéraire. Le romancier met à profit cette lacune pour se saisir de l’anti-héros, et l’imagine chargé d’une mission secrète qu’il atteindra au terme de quatre étapes, qui sont comme quatre tableaux au sens théâtral du terme, hauts en couleur, monologués ou dialogués, marqués d’une sous-jacente ironie, mis dont Luther demeure constamment le personnage réflecteur. C’est d’abord, vers Ansbach, une rustique auberge isolée, incommode, suant la crasse et la bière, où le pseudo-chevalier se voit nuitamment détroussé par une bande de coquins et violé par une opulente mégère. On le tient de tous côtés, il ne peut ni se défendre ni manquer d’éprouver certain secret plaisir. Voici en somme Don Quichotte à l’envers, point de Dulcinée mais le débat sur la concupiscence et le célibat, le péché auquel l’homme est voué quoi qu’il fasse. La seconde étape, à Eichstatt, le trouve à l’abri du monde en un monastère. Du moins le croit-il, mais Satan lui-même vient lui rendre visite et lui tenir tête, en une caricature de disputatio qui ne manque pas de cocasserie. On lit ici en transparence l’Évangile et l’épisode de la tentation dans le désert. Neuburg, plus au sud, inversera les rôles et fera successivement de notre docteur en théologie, l’avocat puis l’accusateur d’un pauvre diable de paysan braconnier, plus têtu qu’une mule, qui préfère aller au gibet plutôt que de se repentir. En voilà un du moins qui admet que les jeux sont faits. Au terme du voyage enfin, c’est la stupéfaction qui sera le lot du moine. Il s’attendait à une entrevue avec le vicaire général de son ordre et c’est Charles-Quint en personne qui surgit sans crier gare. En disciple avisé de Machiavel, il propose à Luther un marché : que celui-ci se soumette et la nouvelle confession sera reconnue ensuite en dépit du pape. Qui trompe l’autre finalement en cette affaire ? Le nouveau prophète a baisé l’anneau impérial et prononcé un amen. Le petit peuple paysan paiera l’addition avec la défaite du soulèvement de Münzer en 1525, mais l’empire ne sera pas durablement reconstitué. Il y a décidément beaucoup de perdants au jeu de dupes de l’Histoire. Pour ce roman atypique à tous égards dans son œuvre, Juan Benet a renoncé au brouillage de la chronologie et aux subtiles ambigüités grammaticales qui lui étaient habituelles. Son humour naturel s’y fait plus sensible, comme en cette confession sous forme de lettre que Luther ne parvient jamais à mener à son terme, suspendant à chaque fois la plume au moment d’aborder le péché d’Onan. Émondant sa prose à dessein, l’écrivain renoue ici avec la leçon du Valle-Inclán de La Guerre carliste. Les larges effets sonores, la splendeur des évocations picturales contribuent à faire de cette entreprise imprévue un livre superbe.

Jacques Fressard

1. On l’abordera de préférence par Tu reviendras à Région, Minuit Ed., 1989. 2. 10/18, 1987. 3. El aire de un crimen, film d’Antonio Isasi-Irasmendi, 1988.

L’empereur et le réformateur

Jean-Charles Gateau, Le Temps (Genève), Samedi 11 juin 2005

La rencontre secrète entre Luther, le théologien en lutte, et Charles Quint, l’homme le plus puissant du monde : un beau thème pour le romancier espagnol Juan Benet, dont ce texte nous parvient douze ans après sa mort.

Juan Benet est mort en 1993. Dans les années 89-91, Minuit a publié de lui d’excellents ouvrages comme Tu reviendras à Region (publié en Espagne en 1967 dans une version caviardée par la censure franquiste) ou les nouvelles et contes de Baalbec une tache, dont l’art faisait songer à Faulkner et Claude Simon. Le Chevalier de Saxe (El Caballero de Saxonia) paraît en France avec un singulier à-propos dans la conjoncture de la mort du pape et du concile, puisqu’on découvre vite que ses principaux protagonistes sont Charles Quint et Luther, en 1531.

Juan Benet quitte donc le cadre espagnol et plonge dans le XVIe siècle. Charles Quint est alors en théorie l’homme le plus puissant du monde : par le jeu des successions, n’est-il pas régent de Castille au nom de sa mère Jeanne la Folle, roi d’Aragon, des Flandres, de Franche-Comté, de Naples et des Indes d’Amérique ? N’a-t-il pas été élu par les princes électeurs à la succession de son père Maximilien de Habsbourg à la tête du Saint Empire romain germanique en 1519 ? La toile est immense, mais tout grippe ou se démaille de partout. Les projets humains se heurtent à une fatalité métaphysique, à une entropie ravageuse.

Fils de bûcheron, Luther, étudiant d’Erfurt, devient professeur de théologie à Wittenberg et moine augustin. En 1531, à 42 ans, il a un passé tumultueux de combat contre Rome, ses dogmes, son arrogance, la possession de biens temporels par le clergé, la vente des indulgences, le célibat des prêtres (lui-même épousera une nonne et en aura une descendance), etc. Intransigeant, intrépide, éloquent, il affirme que la foi sans les œuvres suffit au salut, il balaye tous les écrits autres que les Evangiles (qu’il traduit en allemand pour que chacun puisse avoir un contact direct avec le texte saint, sans passer par le latin). Il refuse de se rétracter et brûle la bulle qui l’excommunie et condamne ses écrits. L’Electeur de Saxe lui donne asile dans un de ses châteaux. Maints princes, alléchés par la sécularisation des biens d’Eglise, le soutiennent.

L’empereur convoque le cavalier Georges - nom d’emprunt que porte le sauf-conduit du schismatique - pour une entrevue secrète dans une situation catastrophique pour le Saint Empire, ravagé par les insurrections populaires et les dissensions religieuses, coincé entre les manœuvres de François 1er et les hordes turques qui sont aux portes de Pest. Après dix mois de pérégrinations et de péripéties, des auberges crasseuses, des servantes dévergondées, des cauchemars où le diable vient le tenter, le réformateur est enfin reçu longuement par l’empereur et son chancelier Gattinara, un sympathisant d’Erasme. Luther cite saint Paul : « Dieu a établi deux sortes de gouvernement chez les hommes, l’un spirituel régi par le verbe et l’autre séculier, confié à l’épée et au respect des lois civiles et temporelles. » La meilleure solution serait donc d’appliquer le principe cujus regio, ejus religio, et d’admettre que les sujets des princes doivent suivre la religion de leur maître sans que Rome s’en mêle.

Charles Quint avait des idées simples : guerre à l’infidèle (aux Turcs) et concorde entre chrétiens. Mais il était bien placé pour savoir que Rome ne céderait rien de son pouvoir. En 1527, son armée (largement composée de luthériens), avait mis Rome à sac et le pape en fuite. On le pressait de réformer l’Eglise ; mais deux ans plus tard il reculait, se réconciliait avec le pape. Après la mort de sa mère Jeanne la Folle en 1555, l’empereur se démit de tous ses pouvoirs et s’en alla mourir en Estremadure, dix ans après Luther, au monastère de Juste et sur un fauteuil roulant que le visiteur voit encore, réglant des pendules pour qu’elles sonnent la même heure simultanément : on n’obtient une telle harmonie qu’avec des mécaniques. Juan Benet nous plonge dans la métaphysique qui le passionnait, sans qu’on puisse lâcher son livre.

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