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La vie obscure
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La vie obscure

Patricia Farazzi

Éditeur : L’Éclat

Prix : 12,30 euros
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La vie obscure--Patricia Farazzi

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C’est à l’ombre de Carlo Michelstaedter que viennent s’abriter les personnages de la vie obscure, désormais inséparables d’une oeuvre qui, à l’aube du siècle du Grand-Nombre, interrogeait : « L’individu ? Où est-il ? » Et cet individu broyé se reconstruit ici à travers les dessins de silhouettes d’une femme qui peint, la réflexion intempestive d’une jeune fille de retour dans une ville, l’ironie inquiète d’une ombre philosophique.

Un extrait à découvrir

Le jour s’est levé. Un jour terne, battu dès l’aube par un vent sec. Rarement elle a eu à ce point le sentiment d’un jour de plus, mais avec la sensation contradictoire que ces heures matinales qui suivent une nuit sans sommeil, vont s’étirer. Que le jour lui-même ne viendra pas, parce que les ombres complotent contre le midi qui les annule et l’après-midi qui les inverse. Lentement, avec toute la fatigue de l’insomnie et la certitude de la longueur du matin, elle peint.

« Il faut faire l’ombre même si le soleil ne se lève pas. Faire une ombre aquatique, l’ombre sans âge des jours de pluie. Un remous d’ombres.

Celles que je peins ont disparues il y a maintenant longtemps. Elles sont restées de l’autre côté, sur le versant d’un monde qui déjà creusait l’abîme où il les a précipitées. Ce que je veux ? leur désigner les contours d’un espace où séjourner. Et là, déposer les mots qui ne résonnent plus, ne vivent plus, pour les briser. Être faiseuse de sable pour que les ombres se libèrent et désertent.

Je peux m’enrouler en moi-même, ne plus avoir recours qu’aux plus insignifiantes choses et remarquer leur justesse. Trouver un instant de paix. Mais la remarquable insignifiance des choses, c’est ce qui fait sentir la pesanteur du monde. C’est au moment où je détache un grain de la surface que je prends en même temps conscience de l’ampleur de la pyramide et de la désinvolture de mon geste. La paix de la conscience, c’est ce que je veux retrouver. Arrêter le séisme par la désinvolture. C’est alors qu’une question nouvelle apparaît, qui vient mettre en péril tout l’éventail des questions régulières. Cette question concerne généralement la pyramide. Avec une désinvolture toute aussi pacifique. La pyramide me propulse dans l’univers des chiffres : quel est le nombre de ses grains ? À quelle hauteur s’élève-t-elle ? Quelles sont les lois de la physique, de la géométrie, et de l’architecture, qui préludent et ludent à sa construction ? Il n’en va pas de la pyramide comme d’un simple pavé. Sa matière n’est pas le guide silencieux de nos trébuchements, elle est tout entière une idée de la mort. Elle est le rêve d’éternité d’un roi-dieu. Quand se détache un grain, c’est la somme inouïe de toutes les morts qui ont bâti ce rêve d’éternité qui se détache. Et soi-même avec eux. Nous nous détachons alors d’une certaine réalité, nous l’examinons avec incertitude, ce que nous comprenons difficilement c’est la rapidité du basculement. Comment, sous la fragilité des choses, comment, sous la diversité qui ne tient toujours qu’à un fil, l’implacable et la démesure parviennent-ils à se glisser ? Tant de fragilité devrait réunir une force suffisante pour repousser la force. Le monde ne nous a-t-il pas été donné ? J’entends Michelstaedter rire et dire : « Non, tu dois créer le monde afin qu’il soit tien, tu dois créer chaque chose et dire non à chaque affirmation de réalité. » Kafka aussi le disait : « Faire le négatif puisque le positif est là tout fait. » Et d’autres sans doute l’ont dit. Mais à la question : « Qui sont les illusionnistes ? » y a-t-il encore une réponse ?

La couverture est un photo-montage de Patricia Farazzi.

Hors-collection.

En librairie depuis 1999, 144 pages, ISBN : 2-84162-035-2.

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