



Traduit de l’espagnol (Salvador) par André Gabastou
Un jour, à San Salvador, une jeune femme est assassinée d’une balle dans la tête dans sa propre maison, devant ses deux fillettes. Le tueur est presque aussitôt arrêté. Il s’agit d’un ancien militaire issu des forces spéciales contre-révolutionnaires jadis entraînées par les États-Unis, qui taira l’identité du commanditaire et le mobile du meurtre.
La victime, Olga Maria Trabanino, serait une mère de famille exemplaire, du moins d’après sa meilleure amie, Laura Rivera, la narratrice de ce roman rédigé à la première personne, dans un style nerveux proche de la déposition. Mais peu à peu Laura Rivera s’immiscera derrière les façades pour dévoiler la vie secrète d’Olga Maria, qui répondit par des amours adultères aux infidélités de son mari, ce qui l’amena à frayer avec des hommes aux desseins occultes, dont El Yuca, commerçant prospère, député et dirigeant de la droite, future candidat à la présidence de la République, qui pourrait bien tremper dans des tractations. Deux enquêteurs chercheront à tirer cette affaire au clair, bientôt suivis d’un détective privé et d’une journaliste qui jetteront la confusion dans les esprits. Laura Rivera elle-même voudra démasquer les auteurs intellectuels du meurtre, mais elle s’empêtrera à son tour dans un écheveau inextricable d’intrigues tentaculaires où d’énormes intérêts sont en jeu et où chacun, tout compte fait, aurait eu des motifs pour éliminer Olga Maria. Le jour où l’assassin s’évadera de prison, Laura Rivera verra le piège se refermer sur elle.
Situé quelque temps après l’accord entre le gouvernement et la guérilla pour le désarmement des combattants en échange d’une redistribution des terres, ce roman brosse le tableau des milieux selects et incestueux de la minorité possédante où, sous le couvert de la respectabilité, chacun manoeuvre pour soi-même sur un fond d’opportunisme politique, de scandales financiers et de narcotrafic, dans des relents d’oligarchie et une nostalgie des exactions.
Horacio Castellanos Moya s’est fait historien des moeurs pour porter un témoignage impitoyable sur la difficulté d’établir la vérité dans une société aussi corrompue et opaque que le Salvador d’après la guerre civile. Dans ce pays qui rend fou, l’individu doit fragmenter sa personnalité pour survivre à la décomposition ambiante, au risque de s’anéantir dans la schizophrénie.
Horacio Castellanos Moya est né au Honduras en 1957, mais a vécu la majeure partie de sa vie au Salvador. En tant que journaliste il a été, outre correspondant de divers organes de presse latino-américains, le directeur du premier hebdomadaire de l’après-guerre au Salvador, Primera Plana. Son activité journalistique et politique l’a contraint plusieurs fois à s’exiler. Son roman Le dégoût a été salué unanimement par la critique lors de sa sortie en France.




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