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La lecture assassine
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La lecture assassine

Enrique Vila-Matas

Éditeur : Passage du Nord-Ouest

Prix : 16 euros
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La lecture assassine--Enrique Vila-Matas

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Présentation du livre

À 20 ans, en 1975, Enrique Vila-Matas vient à Paris et, grâce à un ami, loue une chambre de bonne chez Marguerite Duras. Le loyer est dérisoire, mais il doit quand même justifier sa présence ici, à ce prix. Il dit à Duras qu’il écrit un roman, l’Assassin illustré (La Lecture assassine). Mais encore, demande l’inflexible logeuse. C’est un livre qui tue ceux qui le lisent, répond Vila-Matas. Impossible, dit Duras, à moins qu’il n’y ait un poignard qui sorte du bouquin.

« C’est là que j’ai compris que la mort devait venir du texte. J’ai décidé de faire comme Miles Davis, que j’avais vu quand il était venu en Espagne jouer de la trompette en tournant le dos au public. En plein franquisme, les gens avaient été choqués par cette attitude. Mais moi j’ai compris que si je voulais tuer ce public qui me terrifiait, il fallait que j’écrive en lui tournant le dos."

Michel Braudeau (Le Monde, 08.02.2002)

La trame romanesque

En juin 1975, dans un hôtel de Brême, Vidal Escabia, écrivain reconnu, se suicide après avoir lu le contenu d’une enveloppe adressée par une étrange correspondante du nom d’Elena Villena. Elena, écrivain elle-même, avait justement rendez-vous avec Escabia et c’est elle qui va découvrir son cadavre avant de récupérer la mystérieuse enveloppe qui contenait le manuscrit de son propre roman au titre évocateur : La lecture assassine. Une lettre de présentation signée de sa main et un ensemble de notes écrites par Ana Cañizal, la jeune femme chargée du prologue de la première édition des mémoires de Juan Herrera, écrivain de renom et mari d’Elena Villena, accompagnaient le texte.

La lecture de ces documents successifs, présentés au lecteur comme s’il était pris à témoin d’une correspondance morbide, constitue la trame de ce mystérieux roman.

Herrera, décédé un an avant le suicide de Vidal Escabia, vivait à Paris séparé de sa femme. Il avait entretenu une longue correspondance avec son homologue dans le but de démasquer la forfaiture d’Escabia et d’apporter la preuve que ce dernier n’avait pas écrit une seule ligne de ses romans. Une fois l’imposteur démasqué, Herrera ne donna plus signe de vie tandis qu’Escabia vivait dans la crainte d’une révélation de sa supercherie. Quelques temps plus tard lui fut confié le prologue de la seconde édition des mémoires d’Herrera.

Ana Cañizal rencontre Juan Herrera en juin 1974 à Paris.

Chargée de la rédaction du prologue des mémoires du grand écrivain, ce dernier lui propose d’habiter chez lui. Ana accepte et constate rapidement qu’Herrera vit dans la peur, dans l’angoisse de la mort qui ne tardera pas à venir. En effet, la jeune femme découvre, le lendemain de son arrivée, le corps d’Herrera et le manuscrit de La lecture assassine. Elle rencontre bientôt la femme de l’auteur : sublime et froide, Elena Villena ne donne aucune explication sur le sens de son roman, se contentant de charmer Ana qui, bouleversée, se laisse séduire par cette meurtrière d’un nouveau type. Son but n’est autre que de créer une arme qui aurait son existence propre, un livre aux révélations si insupportables que l’effet d’attraction-répulsion entraînerait le lecteur vers la mort. Dans un état second, Ana rédige les dernières notes sur ce livre assassin avant de trouver la mort.

Mais que contiennent ces pages maléfiques ?

Présentation de l’auteur

Enrique Vila-Matas a reçu en 2003 le Prix Fernando Aguirre de la librairie Libralire de Paris pour Bartleby et compagnie et, toujours pour ce titre, le prix du Meilleur Livre Étranger Essais. La Lecture assassine fut sélectionnée cette année pour le Prix France Culture.


ISBN : 2-914834-02-0* Parution : novembre 2002* 101 pages*Format : 19 x 14 cm*

DANS LA PRESSE

Le Canard enchaîné (11 décembre 2002)

L’assassin habite page 21

Dans un hôtel de Brême, chambre 666, Elena trouve celui qu’elle cherchait : l’écrivain espagnol Vidal Escabia, connu pour ses premières nouvelles, est étendu mort, un petit pistolet artistement posé attestant du suicide. À ses côtés, un texte que lui avait envoyé Elena, « La Lecture assassine », avec les notes prises par Ana Cañizal, qui travaillait au prologue des Mémoires du mari d’Elena Villena, Juan Herrera. Curieusement, le mort Escabia devait également écrire un prologue à ces feuillets intitulés « La farce du destin ». Jolie farce : Herrera, qui méprisait Escabia, échangea avec lui une volumineuse correspondance rien que pour lui faire avouer qu’il n’avait rien écrit, que toutes ses nouvelles étaient de la plume de ses maîtresses ! On lit les pensées d’Elena Villena page 21 : « Sachant que Vidal Escabia, terrorisé, vivait ses derniers instants et voyait des fantômes partout, j’écrivis comme nom d’expéditeur celui de son vieil ami (sic). J’étais convaincue que j’allais lui faire peur. » Dont acte. Macabre. Le premier. Faut-il croire que la simple lesture de « La lecture assassine » assassine ? Ce court roman labyrinthique écrit par Vila-Matas en 1975 est-il l’arme fatale ? Dans les notes - jointes par Elena - de la jeune Ana Cañizal, qui habita chez Herrera, on lit que lors de leur première rencontre il se moqua de quelques écrivains, « en particulier de Vidal Escabia », avant de rejoindre son bureau, qu’il transforma en labyrinthe de miroirs et de plantes vertes, et d’y mourir la nuit même, les yeux ouverts de terreur, avec sur son bureau, un cahier d’écolier, de musique, où la nouvelle écrite par sa femme Elena Villena, « La Lecture assassine », à l’encre rouge, portait quelques gouttes de sang étoilées sur la couverture... Le lendemain, après l’enlèvement du corps d’Herrera et la visite de sa jeune femme Elena, Ana constate que le cahier a disparu. Nous laissons au lecteur le plaisir de découvrir le texte surréaliste de cette « lecture assassine », suivi des notes d’Ana Cañizal, qui en déchiffre quelques arcanes, tout en cédant à la passion électrique que suscite en elle Elena Villena. Laquelle, dans son seul roman publié, « Doux climat de Lesbos », écrit comment un manuscrit cause la mort du poète qui l’a lu, ainsi que celle d’autres lecteurs, alors que « l’assassin multirécidiviste n’est autre que l’auteur du récit ». Le labyrinthe prend une troisième dimension et devient vortex... C’est pur plaisir que cette lecture, dont nous sortons apparemment indemnes. Quoique... Vila-Matas écrivit cette fiction en 1975 lorsque, à vingt ans à peine, il louait une chambre de bonne à Paris, chez Marguerite Duras, à laquelle il s’ouvrit de son projet : écrire un livre qui tue ses lecteurs. « Impossible, dit Duras, à moins qu’il n’y ait un poignard qui sorte du bouquin » (cf. Michel Braudeau, in « Le Monde » du 8/2/02). Avant de mourir aux Roches Noires, à Trouville, Marguerite lut-elle le manuscrit d’un manuscrit imaginé par son ancien locataire ?...

Dominique Durand

Libération Comment ça s’écrit par Mathieu Lindon (jeudi 9 janvier 2003)

Mort à celui qui lira Enrique Vila-Matas La lecture assassine

L’assassinat est libre dans les romans. Il arrive que le personnage qui tue soit condamné, mais jamais l’auteur par qui le scandale arrive et qu’on n’a besoin d’aucune enquête pour identifier. Cependant l’écrivain, parfois, ne veut pas limiter son influence à des héros de fiction, il la voudrait plus concrète. Il y a bien, comme situation assassine, la capacité de faire mourir son lecteur d’ennui mais ce n’est guère exaltant (même pour l’auteur). Dans le Lion et son ombre, Christopher Isherwood a imaginé un livre dont chaque exemplaire serait si minutieusement fabriqué que « nos amis trouveraient à la dernière page un sachet contenant des billets de banque et des bijoux ; nos ennemis, en achevant la lecture du livre, seraient tués d’un coup de revolver caché dans la reliure ». Enrique Vila-Matas a aussi sa manière de dire « Mort à celui qui lira », ce qui est une façon radicale de dire « Merde ». La Lecture assassine est le premier roman (mais le onzième livre traduit, neuf l’ont été chez Bourgois, un au Passeur) de l’écrivain espagnol né en 1948. Le héros en est un bref manuscrit qui provoque un carnage chez ses lecteurs, ainsi qu’un grand désordre moral et fictionnel. Dans ce roman, tout le monde est écrivain, tout le monde est personnage. La mort est l’unique moyen de se dépêtrer de la fiction en s’y abandonnant entièrement. L’ambiance incertaine du roman est rendue par sa première phrase : « Dans ma vie, les occasions de rire et de pleurer sont si entremêlées qu’il m’est impossible de me souvenir sans une certaine bonne humeur du pénible incident qui m’a incité à publier ces pages. » L’incident est la mort de Vidal Escabia, écrivain de troisième ordre - « l’unique dictionnaire qu’il posséda était un dictionnaire de synonymes qu’on lui avait offert à Lima et qu’il perdit dans un bordel (on ne connut jamais la raison pour laquelle il l’y avait emmené) ». La narratrice est la veuve de Juan Herrera, auteur de meilleure envergure dont les fameux mémoires sont intitulés la Farce du destin, et qui a elle-même écrit un manuscrit, La Lecture assassine, dont les sept pages sont reproduites dans le roman. Ce manuscrit bénéficie de l’édition critique d’Ana Canizal, autre narratrice, qui ne termine pas non plus le roman vivante. Elle l’a vu venir de loin. « Alors que je lisais la Lecture assassine, la vague sensation que na vie courait un grave danger me gagna ; en lisant ce récit d’Elena Villena, l’histoire du Doux Climat de Lesbos, le seul roman qu’elle ait écrit et publié jusqu’à maintenant, me revint à l’esprit. Dans ce dernier, une jeune femme (Eva Vega) écrit en une nuit un court récit dans lequel elle décrit la mort d’un poète. Le manuscrit passe de main en main et tous ceux qui le lisent finissent pat être assassinés. À la fin du roman et seulement par le fait du hasard, le lecteur constate que l’assassin multirécidiviste n’est autre que l’auteur du récit (Eva Vega)/ Au souvenir de ce scénario, je ne pus manquer d’avoir un soupçon : Elena Villena s’essayait peut-être à rendre réel ce qui, dans son roman, n’était que pure fiction. » Notons qu’Eva Vega, Elena Villena et Enrique Vila-Matas ont les mêmes initiales (l’écrivain est attentif à ce genre de choses puisqu’il a déjà signalé que son nom et l’initiale de son prénom lus à l’envers donnent le diabolique duo verbal Satam alive). Enrique Vila-Matas a donc commencé par souhaiter éliminer les lecteurs, avant de s’en prendre aux personnages qui tombent comme des mouches dans Suicides exemplaires, et de vouloir éliminer les écrivains eux-mêmes dans Bartleby et compagnie. Ce livre paru l’an dernier est consacré aux écrivains sans œuvres, les « écrivains Négatifs », soit qu’ils n’aient rien écrit, soit qu’ils aient en définitive abandonné. Bartleby est ce copiste d’une nouvelle d’Herman Melville qui répond « Je préférerais ne pas le faire » quand on lui demande un travail puis, d’une certaine manière, quand il lui est enjoint de vivre. De ce point de vue, il y a une grande violence dans le travail d’Enrique Vila-Matas , mais toujours tempérée par le mélange insolite et ironique de son érudition et de son imagination. Il s’intéresse aux écrivains, que ceux-ci existent ou non en dehors de ses propres livres. Est cité dans Bartleby et compagnie une épigramme de Dufoo (fils) : « Dans son désespoir tragique, il arrachait brutalement les cheveux de sa perruque. » Ce qu’on appelle fiction et ce qu’on appelle réalité sont si indissolublement liés que les « pénibles incidents » persistent tout au long de l’œuvre à susciter une certaine « bonne humeur ». Il y a de l’humour dans le drame consistant à être si éloigné de sa propre existence. La Lecture assassine est un roman policier où des textes sont les détectives, c’est l’enquête qui est enquêtée. « Le souvenir d’un duel entre couteliers me revint en mémoire, je l’associai immédiatement à une idée qui m’obsédait depuis longtemps : à l’origine du récit d’Elena Villena, s’impose l’image d’un coutelier abandonnant sa force à son arme, laquelle finit par développer une vie propre (comme, pour Hoffmann, celle qu’avait le violon diabolique de Krespel) ; c’est l’arme qui tue, pas le bras qui la manie... », écrit Ana Canizal dans ses notes sur La Lecture assassine d’Elena Villena. Ce sont les mots qui sont meurtriers, pas l’écrivain. Elena Villena et sa volonté jusqu’au-boutiste de faire circuler son manuscrit ne sont pourtant pas au-dessus de tout soupçon. D’un autre côté, des lecteurs assassinent si souvent une œuvre pat l’imbécillité de leur lecture ou son manque d’à-propos qu’il y a quelque chose de légitime dans cette volonté d’un écrivain, réel ou de fiction, à souhaiter que la lecture, parfois, vienne à bout du lecteur.

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