



Collection “Les contes singuliers”
Un volume de 36 pages, format 20 x 22,5
isbn 2-912667-23-2
Curieux conte dans lequel Pierre Louÿs met en scène Honoré de Balzac et une de ses héroïnes, Esther Gobseck. Il prend un malin plaisir à brouiller les pistes, à inventer un journal intime qu’il nous assure avoir trouvé chez un bouquiniste. Une fausse réalité s’imbrique à la fiction, et c’est un véritable récit gigogne que nous offre un Pierre Louÿs au sommet de son art.
L’ouvrage est imprimé l’encre violette sur papier bleu.
Ce texte a été publié en 1903 par Pierre Louÿs dans recueil intitulé “Sanguines”.
C’est un petit texte délicieux que publient les Éditions Finitude, lesquelles, livre après livre, constituent un catalogue très original et pour tout dire passionnant. Cette dernière livraison est « la Fausse Ester », un texte publié par Pierre Louÿs en 1903 dans un recueil de contes paru chez Fasquelle et intitulé « Sanguines ».
De Pierre Louÿs, né en 1870 avec Sedan et mort en 1925 à la Belle Époque, on connaît et on aime peut-être les textes érotiques. On a lu « la Femme et le Pantin », « les Chansons de Bilitis » et l’on a sans doute apprécié cette ambiance littéraire singulière, à cheval sur deux siècles. Une littérature amie de la volupté, de l’éther, des dames fantomatiques au bord des lacs, des nostalgies, de Pelléas et de Mélisande. Pierre Louÿs comme Maeterlinck, comme Debussy en musique, c’est une atmosphère, à laquelle ce texte n’emprunte rien.
Pierre Louÿs imagine ici un lecteur découvrant chez un libraire les fragments d’un journal intime écrit par Mademoiselle Ester van Gobseck, philosophe néerlandaise, spécialiste de Fichte. « Si peu balzacien qu’il puisse être », il songe aussitôt à Ester Gobseck dont Balzac brosse le portrait dans « la Torpille », publiée en 1838 et qui constitue le premier volet de « Splendeurs et misères des courtisanes ».
Voici donc le journal intime et ces pages datées du 16 avril 1839. Ester la philosophe sonne à la porte de Balzac. Elle patiente de longues minutes dans une antichambre, déjà convaincue « d’être chez un fou »... à moins que ce ne soit elle la folle. Balzac s’adresse à elle : « Qui vous autorise, Mademoiselle, à prendre le nom d’Esther Gobseck ? » Ester la philosophe tombe des nues. Il faut dire que, pour Balzac, Ester est la Torpille qui « mena la triste vie des petites prostituées impubères ». Balzac s’obstine, tape du poing sur la table et Ester le quitte, maintenant persuadée de cette évidence : « Ainsi, je suis une de ces femmes... » Le journal intime se poursuit. Ester est une autre.
Maintenant, elle est l’Autre et se prépare à vivre la fin que Balzac a imaginée pour la Torpille. Les dernières lignes s’achèvent sur ce commandement, cette primauté du texte-roi capable d’inventer le réel et les détails de la vie : « Le 13 mai, je passerai de la vie à la mort (...) M. de Balzac l’ordonne ainsi ».
Serge Airoldi, Sud Ouest



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