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Traduit de l’islandais par régis Boyer
Dans l’Islande paysanne du milieu du Moyen Âge, deux jeunes gens à l’esprit fertile, Thorgeir Havarson et Thormod Bessason, élevés à la mamelle des grandes sagas héroïques, se mettent en tête de devenir des héros de poèmes anciens. L’un sera le fier et ombrageux guerrier, l’autre aspire à la renommée poétique des grands scaldes...
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Ces dangereux imbéciles vont ainsi se mettre à dépouiller de paisibles pêcheurs, à affronter la lie des plus minables vagabonds avant de mettre leurs pas dans ceux de grotesques Vikings ?-encore plus bêtes et cruels qu’on aurait pu l’imaginer - partis à la conquête de terres nouvelles, en Normandie, en Russie ou au Groenland.
Avec ce roman picaresque drolatique - un véritable Don Quichotte scandinave -, Laxness compose une parodie impitoyable des grandes sagas classiques, massacrant au passage la figure de saint Olaf, roi très révéré de Norvège, qui devient sous sa plume un obèse pathétique et psychopathe.
Mais il parvient, sous une ironie de surface, à imprégner en profondeur son récit d’une poignante gravité, d’une tendresse et d’un amour de la vie simple qui élèvent le roman très au-delà de la simple satire.
Ici encore, l’élégance et à la subtilité du style tout en contraste et demi-teinte de Laxness - inspiré comme par hommage de celui, vigoureux et efficace, des sagas médiévales - font merveille à évoquer la bêtise née de l’ambition et de la gloriole des brutes, plaident pour un pacifisme intelligent apparemment imperméable aux grands de ce monde à toutes les époques.
Halldór Kiljan Laxness (1902-1998), Prix Nobel de littérature 1955, est l’auteur d’une œuvre prolifique et très diverse, et on le considère parfois comme « l’enfant terrible » des lettres islandaises contemporaines.
Diversement engagé dans sa vie mouvementée, grand voyageur, il a construit un monde littéraire unique, dont les derniers titres parus en France sont notamment La cloche d’Islande (GF, 1991) et Gens indépendants (Fayard 2004). La Saga des Fiers-à-Bras a été publiée en 1952 en Islande, et traduite en français en 1979 chez Pandora par Régis Boyer ; ce roman n’était plus disponible depuis vingt ans.
Régis Boyer, traducteur et spécialiste de littérature scandinave a traduit un très grand nombre d’ouvrages d’Halldór Laxness.
« Le lecteur est convié à lire ci-après, non pas un, mais trois ouvrages en un : avantage hautement appréciable en notre convulsive époque de digest, tout-en-un et plats tout faits prémastiqués. La Saga des Fiers-à-bras est une saga, une saga islandaise ou, plus exactement, un horrifique pot-pourri de sagas islandaises. En second lieu, c’est une grave [...] méditation sur l’héroïsme, la violence, la guerre, et aussi sur l’amour, la passion, le sexe, la jalousie, et encore sur le sacré, la foi, les sectateurs, zélateurs, prédicateurs, les gris-gris, amulettes, reliques et sacrées images, et enfin sur la chance, la malchance, le bien, le mal : de quoi penser, en bref. En troisième lieu, c’est - l’originalité de la remarque surprendra - un roman de Laxness, un livre d’humeur et de foucades, à prendre ou à laisser. Au total, une vaste entreprise de démystification dont on ne saurait dire que notre temps n’ait pas besoin. Un grand livre, une pierre vive, eût dit Rabelais.
[...] Je me demande si ce qui nous fascine le plus, en dernière analyse, dans La Saga des Fiers-à-bras, ce n’est pas la personnalité de son auteur, qui fait que l’on chercherait vainement un principe de composition cohérent dans son œuvre, un schéma explicatif de l’ensemble, une ligne suivie. Il va, au gré de son humeur, poussé par ses démons, de scènes infaisable en réplique introuvable, bourru, léger, preste, sentencieux, désinvolte, insistant, décousu, emporté, grinçant, bonhomme, paterne, salace, égrillard tour à tour, parfois même d’une phrase à l’autre. Il lui arrive même de ne pas pouvoir retenir un rapide éclair de tendresse pour ses grotesques, ou, à l’inverse, un petit réflexe de hargne brève pour ses favoris. »
Le bulletin critique du livre français
Cinquante quatre ans après la parution en Islande et vingt sept ans après la première traduction française, les éditions Anacharsis republient « Gerpla » œuvre de Halldor Kiljan Laxness (1902-1998) qui a sans doute contribué à l’attribution du prix Nobel de littérature en 1955. Outre une traduction de qualité, Régis Boyer a trouvé un titre résumant merveilleusement bien l’atmosphère du roman La saga des Fiers-à- bras.
Parodiant « Fostbraedra saga » (la saga des frères jurés), en cinquante deux chapitres, Laxness décrit les pérégrinations de trois gaillards, d’Islande en Angleterre, d’Angleterre en France, de France en Norvège, de Norvège en Russie, en passant par le Groenland pour revenir en Norvège. Les deux premiers sont le scalde Thormod qui « possédait la science fatidique qui prédit la fin du monde et le crépuscule des dieux » et le bretteur Thorgeir « nourri des récits sur les héros du Nord », sorte de Don Quichotte islandais qui « ne s’attache pas au cliquetis des mots mais à la vérité des armes ». Tout les oppose, l’un est intelligent, coureur de jupons et a la langue bien pendue, l’autre est un « fieffé crétin », il ne parle à personne car selon les conseils de sa mère « un héros est un homme qui ne parle guère » et pour lui « l’homme est au plus bas, qui rampe devant les femmes »...
ARTS SUD
Ce livre est un massacre. Laxness, l’auteur de La cloche d’Islande et Station atomique (entre autres), incidemment prix Nobel 1955, y bousille avec une rage hilare les grands mythes du Nord scandinave, les Vikings en tête, mais ce n’est là qu’un hors-d’œuvre. Car non content de nous rendre insupportables ses deux héros, Thorgeirr et Thormold, qui se prennent pour des preux dès qu’ils éventrent un pêcheur de foie de morue, Laxness cogne sur l’hypocrisie des politiques et des religieux, dézingue les béats et les brutes comme les sournois avec un bonheur jubilatoire qui le mène avec allant à accrocher à son gibet, en manière de trophée, la bêtise partout est toujours très bien partagée.
Mais cet authentique roman d’aventure n’est pas seulement pamphlétaire. L’action se situe en plein Moyen Âge, promène d’un pas allègre le lecteur de l’Islande à la Normandie, de la Russie au Groenland et par la vigueur du style emprunté aux sagas traditionnelles, déploie peu à peu les profondeurs de ce chef-d’œuvre. L’alchimie par laquelle le cruel et le tendre se juxtaposent jusqu’à se confondre, l’humour ravageur déposé comme un voile transparent sur une tristesse sincère, la lumière infime qui luit au creux du cerveau du plus sombre des imbéciles ou inversement l’obscurité qui gagne là où perçait l’espoir, tout converge pour rendre le complexe de la réalité au cœur de la fiction. La bagarre que mène Laxness n’est pas seulement sociale, ni politique, mais littéraire.
Bref, La Saga des Fiers-à-bras est un livre qui fait du bien là où ça démange. On en a besoin.
Robert M. Duchêne.
Date de parution : mai 2006
368 pages
Format : 12,5 X 20
Ean : 9782914777285
Prix : 21 euros

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