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La véritable histoire de la Véritable Histoire de Billy the Kid
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Extrait de la Véritable Histoire de Billy the Kid




C’était là un épisode du grand nettoyage entrepris par les autorités à l’encontre des participants les moins contrôlables de la “ Guerre du Comté de Lincoln ”, désormais terminée, et à laquelle s’étaient livrés peu auparavant les gros éleveurs de la région. Ces délinquants, des jeunes hommes tout juste sortis de l’adolescence pour la plupart, s’adonnaient au vol de bétail dans le pays. Venus de tout le Territoire ou du Texas, on les trouvait en nombre sur les routes, en quête de travail ou de mauvais coup, ainsi on les qualifia de desperados, les “ désespérés ”.
Quoi qu’il en soit, le meurtre de Billy the Kid fit quelque bruit, parce que l’on soupçonna Pat Garrett de ne pas avoir été très fair-play dans cette affaire. Le shérif, offensé par la rumeur, décida d’écrire la Véritable histoire de Billy the Kid, avec l’aide d’un ami écrivaillon, M. A. “ Ash ” Upson, pour rétablir son honneur. Ce récit de la “ vérité toute nue ” donna lieu, ni plus ni moins, à une fiction magnifique, un roman populaire, une tragédie appelée à devenir l’un des plus grands mythes de l’Ouest américain.

Ainsi naquit la légende de Billy the Kid. Très tôt orphelin, réputé avoir tué autant d’hommes qu’il comptait d’années au moment de sa mort à 21 ans (“sans compter les Indiens et les Mexicains”), on le disait galant homme envers les dames, secourable aux malheureux, impitoyable face à ses ennemis, doté d’une âme sentimentale due à ses origines irlandaises, ayant la répartie brève mais cinglante, et farceur à ses heures. Arthur Rimbaud, Gavroche, et James Dean tout ensemble. C’est donc de la main même de son assassin et “ ami ” Pat Garrett, relayé par le très imaginatif Upson, que l’on va pouvoir suivre la matière brute de cette histoire, rédigée à chaud en 1882. On y découvre, comme à sa naissance, ce monde folklorique de voleurs de bétail, de cowboys armés jusqu’aux dents, de poussière et de cavalcades, de Mexicains lymphatiques et d’Indiens sournois, de lynchages aveugles, de hors-la-loi et de représentants de l’ordre s’affrontant au moyen du fameux colt six-coups de calibre 45, surnommé “ Peacemaker ”. Mais sous cette mise en scène romanesque affleure bel et bien un univers de chaos, violent et cynique, broyant sans ménagement ceux qui ne parviennent pas assez vite à s’acheter une respectabilité. Billy fut de ceux-là. L’apothéose que lui offre Pat Garrett dans ce roman, une perle de la littérature populaire américaine, pourrait être de l’ordre de l’expiatoire, en réparation posthume des torts causés à une jeunesse massacrée.
Patrick Floyd Garrett (1850-1908), né en Alabama, s’établit au Nouveau-Mexique à Fort Sumner en 1878. Marié à Apolonaria Gutierres, il eut huit enfants. Élu shérif du Comté de Lincoln en 1880, il devint pour toujours “ l’homme qui tua Billy the Kid ” l’année suivante. Il poursuivit ensuite ses activités de représentant de la loi en alternance avec des tentatives de s’installer dans un ranch, et fut finalement tué, on ne sait trop par qui, alors qu’il urinait, au petit matin du 29 février 1908.
M.A “Ash ” Upson (1828-1894), né en 1828, originaire de la Caroline du sud, il avait entamé une carrière prometteuse au New York Herald et au Cincinnati Enquirer avant que les aléas de la Guerre de Sécession ne l’entraînent sur les routes de l’ouest. À l’époque de l’élection de Pat Garrett, il est le postier du village de Roswell et s’occupe aussi de la “ paperasse ” du shérif. Alcoolique et bonimenteur notoire, il avait néanmoins su gagner la sympathie des habitants de la contrée, notamment celle de Billy Bonney. Upson emménagea chez les Garrett à la fin de l’année 1881 et ne les quitta plus jusqu’à sa mort, survenue le 6 octobre 1894 à Uvalde, au Texas.
Préface de Thierry Beauchamp : collaborateur à France culture et traducteur, spécialiste de la littérature populaire américaine du XIXe siècle et de la littérature humoristique de non-sens. Il a notamment traduit Les Pirates ! de Gideon Defoe (Dillettante) et Le plombier kidnappé de Stephen Leacock (Rivage).
Traduction d’Estelle Henry-Bossonney, professeur de littérature anglaise. Elle a déjà traduit chez Anacharsis, Chaka, roi des zoulous d’Henry Francis Fynn, et Le Temps et les autres de Johannes Fabian
A NOUS PARIS, Patrick de Sinety Ce qu’on lit dans ces pages, on avait l’habitude de le voir en image, au cinéma, dans les vieux westerns américains dont le lyrisme et la grandiloquence quelque peu surannés sont de ceux qui font les légendes. Les épopées qu’a longtemps mis en scène Hollywood ne sont d’ailleurs rien d’autre que cela : un matériau mythologique, lequel est particulier aux Etats-Unis et a fourni à ce pays une partie de la substance dans laquelle il a façonné son identité culturelle. À l’origine de cette lucrative mécanique à enfanter des mythes, il existait une abondante littérature populaire – La Véritable Histoire de Billy the Kid, paru en 1882, compte parmi les plus beaux spécimens du genre – à destination du public des grandes villes de l’est américain, sur lequel l’anarchie sanglante qui caractérisait alors le sud-ouest de leur nation en train de se construire exerçait une très vive fascination. L’Ouest était comme un fantasme de liberté absolue, dangereuse, indomptée, peuplé de héros et de demi-dieux qui étaient souvent à la fois anges et démons ; des despérados au visage d’ange. Tel fut Billy the Kid, mort à 21 ans à Fort Sumner, un trou à rat de l’est du Nouveau Mexique. L’auteur de ce livre est aussi celui qui lui logea deux balles dans la peau à l’issue d’une traque commencée quelques semaines plus tôt, après que le Kid se soit évadé en jouant habilement de la pétoire. Le jeune homme avait de la culture et les traits fins, on le disait fringuant, aimable avec les dames, généreux et jouisseur, courageux et fidèle en amitié, bref, un preux chevalier, un bandit au grand cœur… Plus politiquement, on pourrait dire qu’il incarna l’anarchisme et la liberté dont cette région était le territoire emblématique. Le texte est formidable parce qu’il reproduit dans l’écriture cette dimension épique par le biais d’un lyrisme un peu brut, d’une poésie épurée, naïve, truffée de descriptions irréelles où affleure une amoralité enfantine.
TECHNIKART, Mars 2008 par Olivier Stupp
C’est un pacte faustien, un western qui siffle toujours le même refrain ; « Je te donne ma vie mais tu me fais entrer dans la légende. » En revolvérisant William Bonney le 14 juillet 1881, le shérif Pat Garrett fait effectivement entrer l’outlaw Billy the Kid (21ans) dans l’histoire. Mieux : pour booster les effets du service après-vente, Garrett sort un an plus tard la bio de sa victime, « La Véritable Histoire de Billy the Kid », l’épopéée d’un héros du Far West que les Éditions Anacharsis ont eu l’idée lumineuse de ressortir dasn une classieuse édition. Récit prenant, le livre est aussi un casse-tête aux niveaux de lecture multiples. Première interrogation : qui est vraiment l’auteur ? Avant de décrocher son étoile de shériff, Garrett fut cowboy, chasseur de bisons ou génocideur de Comanches. Des activités qui le prédisposent peu au métier d’écrivain, d’autant qu’on le dit fâché avec la grammaire. Garrett fait donc appel à un nègre, Upson, alcoolo notoire, qui prétend avoir torché à lui seul la bio en quelques semaines. Fumé à son tour D’où la deuxième interrogation : dans ce récit myhthologique, où est la vérité ? Réponse d’autant moins évidente que le livre apparaît comme un copié-collé d’info repompées dans la presse à sensation et de clichés shakespeariens le tout remixé par les souvenirs pas forcément objectifs de Pat Garrett en clair, on est plus chez Walter Scott que dans Mallett Isaac. Tant pis pour la vérité, tant mieux pour le mythe. Mais lequel ? Si l’on reprend les termes du pacte initial, c’est celui de Billy the Kid que ce conte devrait servir. Pourtant, il semble bien que cette canaille de Pat Garrett ait voulu un peu trop tirer la couverture à lui en inventant des crimes que le « Kid » n’a jamais commis, histoire de lancer sa propre légende sur le dos de sa victime. Une trahison que le destin lui fera payer cher : au matin du 29 février 1908, l’homme qui tua Billy the Kid est à son tour fumé d’une balle dans la nuque. Vraiment mort ? Pat Garrett a-t-il vraiment tout perdu ? Pas si sûr. La dernière phrase de son livre offre une interprétation plus méthaphysique : « Je répète que le corps du Kid repose paisiblement dans sa tombe - et je sais ce que je dis. » Curieuse, cette volonté de confirmer que le Kid est bel et bien six pieds sous terre ; Comme s’il s’agissait d’un message où la vérité appraîtrait en négatif. On a davantage envie de croire en « un corps du Kid »- entendez le « corps de Billy le Christ »- réssuscité par un Pat Garrett Dieu-le-Père qui n’aurait commis qu’un meutre symbolique et lilttéraire, pour partager, avec son ancien « ami », la prime... et la gloire posthume. La Véritable Histoire de Billy the Kid n’aurait alors été qu’un canular éditorial destiné à sauver la vie de son complice, tout en niquant les institutions. Peu importe que tout cela soit vrai ou pas, l’essentiel, c’est qu’on ait toujours envie d’y croire.
BALTHAZAR, Mars 2008 par Mikis Fernandez
Réglement de compte Pat Garrett, l’homme quii mit fin à la carrière de Billy the Kid, et ancien ami de ce dernier, a vu sa réputation salie quand le bruit- vrai ou faux- a couru qu’il aurait abattu le hors-la-loi dans le dos. Pour répondre aux accusation, il aécrit ce livre qui retrace le parcours d’un des criminels les plus célèbres de l’Ouest. Mais aussi l’un des héros romantiques les plus attachants de l’Amérique. Véritable roman d’aventure d’une puissance rare, ce livre mémoire est plus passionnant que n’importe quel western.
DATE DE PARUTION : 18 janvier 2008 208 pages FORMAT : 14,5 x 21,5 cm ISBN : 978-2-914777-43-8 PRIX : 17 €

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