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Je sens brûler le nom d’Allah
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Je sens brûler le nom d’Allah

Edgar Quinet

Éditeur : L’Archange Minotaure

Prix : 15,24 euros
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Je sens brûler le nom d'Allah--Edgar Quinet

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« Voici une nouvelle, répands-la aux quatre vents. La réconciliation du Christ, de Jéhovah et d’Allah s’est faite au plus haut des cieux. La guerre sainte n’est plus entre les maures et les chrétiens. Le pèlerin n’est plus appelé à Jérusalem ni à la Mecque. La Caaba est dans le fond de son cœur. »

Une présentation du texte

Ce texte oublié est l’un des plus beaux qu’aient inspiré L’Andalousie, Grenade, Cordoue et le souvenir des Maures d’Espagne. Quinet fut le premier à discerner lors de son passage en 1843, l’idée moderne ­ aujourd’hui tant exaltée ­ d’un échange avéré, d’une coexistence possible entre les trois cultures, islamique, juive, chrétienne. Il lança depuis Cordoue un fervent appel, 150 ans avant Jacques Berque, à une « réconciliation du Christ, de Jéhovah et d’Allah ». Un texte flamboyant.

Un extrait à découvrir

Je regarde, je vois à mes pieds une ville brillante comme une perle, au bord d’un fleuve. Jamais pèlerin arrivant du désert, et contemplant la Mecque pour la première fois, ne fut saisi d’un pareil ravissement. Il se composait d’une foule de sentiments que je ne puis décrire : la difficulté vaincue, le petit triomphe dont je ne laissais pas d’attribuer secrètement une bonne part à mes dispositions, un élan de reconnaissance vers la Providence qui avait éloigné de moi tous les dangers, des souvenirs plus antiques, plus religieux, plus puissants qu’à Grenade, et puis le dirai-je aussi, l’impression d’un livre bien médiocre, mais lu dans ma première enfance, que je n’ai pas revu, le Gonzalve de Cordoue de Florian, qui ramenait pour moi le sentiment de mes premières années et les mêlait aux perspectives de l’Arabie ; voilà ce qui formait cette impression unique pour moi. Aucune ville de la Grèce, pas même Athènes, ne m’avait frappé davantage. Nous descendîmes lentement au bord du Guadalquivir pour gagner le bac. Le batelier, qui prenait sa comida, nous fit attendre. J’en profitai pour graver dans mon cœur ce paysage. Il ne s’y effacera plus. Le soleil était encore dans tout son éclat. Il y avait dans l’air d’imperceptibles parfums ; c’était l’exhalaison des germes nourriciers épanouis prématurément sous la terre. À un peu plus d’une lieue s’arrondissait, en forme de croissant, la chaîne de la Sierra Moréna dont les roches brunes encadraient la moitié de l’horizon. Je cherchai le palmier du roi Abderhaman ; mais il a disparu ainsi que tous les arbres qui couvraient autrefois la plaine, et cette nudité me rappela celle de l’Attique. Le Guadalquivir coulait à flots insensibles, placidum Betim. De l’autre côté, une longue avenue d’aloès épanouis en forme de lances conduisait à Cordoue. Je pouvais compter les portes, les bastions, les murailles crénelées de l’enceinte du moyen âge ; et je ne manquai pas de placer au haut des tours arabes les plus belles personnes, tant de la cour des rois maures que de celle des rois catholiques ; car dans ce moment d’extase, je ne voulais pas les séparer. Ces charmants fantômes avec des écharpes de mille couleurs, qu’elles secouaient aux fenêtres des donjons, me faisaient signe d’approcher. Il n’y avait plus ni haines ni défis. Tout était joie, beauté, accord, délices, amour, entre les Maures et les chrétiens ; j’étais le héraut chargé, d’apporter cette trêve de Dieu.


collection "Aux Andalousies" ISBN : 2-914453-06-X
92 pages
Format : 21 x 15 cm
Parution : octobre 2001

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