



Préface de Charles Jacquier
Maurice Dommanget, (1888-1976) est l’auteur de plus d’une cinquantaine d’ouvrages importants d’histoire sociale. Parmi les plus connus nous pouvons citer L’Histoire du drapeau rouge, Les Grands Socialistes et l’éducation, Le Curé Meslier, Saint Just, Blanqui, etc... À son décès, il lègue ses archives à l’Institut français d’histoire sociale, à Paris. Son œuvre disparaît de la circulation malgré son ampleur inégalée, notamment dans ses études des grands mouvements sociaux. Instituteur, pédagogue, syndicaliste actif et un chercheur dont il devient important d’exhumer et de réhabiliter les ouvrages qui sont la mémoire des luttes sociales, et de valider ses travaux de recherche historique.
Le 1er Mai, en dépit de ses points faibles, de sa tendance à des manifestations stériles, conventionnelles, infécondes, d’une part, à des manifestations bruyantes, spectaculaires, sectaires d’autre part, comme à ces déformations qui, en le sclérosant, l’éloignent de son principe originel, reste une des plus nobles aventures qui aient traversé notre époque. On peut ne pas croire à l’éternité des choses, et il faut convenir que les bouleversements formidables en perspective balaieront bien des institutions et des expériences. Il est néanmoins difficile d’admettre que dans une société où le travail, toujours indispensable, sera devenu souverain, la journée qui lui est consacrée disparaîtra. Elle prendra des formes nouvelles, voilà tout, et la sève qu’elle porte s’accordera avec les exigences d’un corps social en continuelle transformation. Le passé enseigne l’avenir. Le 1er Mai, qui, pendant plus de soixante ans, a su résister à toutes les bourrasques et a su élargir considérablement le champ de son activité, saura se dépasser en se renouvelant. [...] C’est qu’il y a dans chacunes des éclipses de cette épopée vécue par l’âme ouvrière un secret qui, pour être profondément enfoui, n’en est toujours pas moins toujours vivant et se révèle avec éclat après les années de cauchemar. On croit mort le 1er Mai et il n’est que replié sur lui-même. Et, de même, au plus fort de ses meurtrissures et de ses déformations, le peuple lui garde sa vertu. Aucune tendance centrifuge ne peut remettre en question ce qui est acquis. Il laisse des assises si fortement ancrées dans la conscience populaire, il porte en lui un si haut souvenir et un espoir si tenace qu’il conserve, malgré tout, sa raison d’être. On doit donc reconnaître et affirmer fortement qu’il y a quelque chose d’irréductible et de permanent dans le 1er Mai et, en ce sens, on peut dire que c’est un grand jour promis à l’avenir. (Maurice Dommanget)
L’amalgame libéral/liberté est un des principaux lieux communs qui fait des libertés fondamentales un élément consubstantiel de l’économie de marché. Un simple regard en arrière suffirait pour voir qu’elles n’ont pas été généreusement octroyées par les classes dominantes mais conquises de haute lutte durant deux siècles, si « les travestissements de l’histoire » ne les avaient pas fait passer aux oubliettes. « Parmi ceux qui défilent paisiblement le 1er Mai, combien savent qu’ils commémorent la grève sanglante de 1886 aux usines McCormick à Chicago ? » Nul doute qu’ils ne soient guère nombreux. Mais pour que les premiers intéressés - ces travailleurs, syndiqués ou non, qui défilent le 1er Mai - puissent l’apprendre, encore aurait-il fallu que cette histoire-là soit accessible aux lecteurs. Une grande histoire du 1er Mai avait bien été écrite par Maurice Dommanget, mais ce livre n’était depuis longtemps plus disponible.
[...] S’il est encore trop tôt pour juger du devenir, de l’élargissement et de l’enracinement de cette initiative, elle illustre parfaitement la nécessité d’un renouvellement de la problématique du 1er Mai tenant compte des modifications de fond du salariat et du système capitaliste - certains s’interrogent sur la naissance d’un précariat en passe de le remplacer. Si d’autres journées de contestation tentent de s’imposer, comme, par exemple, la journée sans achat, au mois de novembre de chaque année, elles sont encore loin de pouvoir rivaliser avec le 1er Mai qui garde le bénéfice d’une existence séculaire et d’une symbolique forte. Pour revenir à ses orgines subversives, il lui faudra avant tout adopter une revendication unifiante, telle celle des huit heures au XIXe siècle, autour de laquelle une classe salariale morcelée et précarisée pourrait se retrouver majoritairement afin d’imposer de nouveaux droits, indispensable premier pas non seulement pour arrêter les reculs sociaux enregistrés depuis une vingtaine d’années, mais aussi pour refonder en actes l’espoir d’une autre société enfin humaine et solidaire. (Charles Jacquier)
ISBN : 2-915378-23-1, 550 pages, format 21 x 14,8 cm, parution mars 2006.


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