Dominique Hérody
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En sa compagnie
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En sa compagnie

Dominique Hérody

Éditeur : Le temps qu’il fait

Prix : 13 euros
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Dans ce premier livre, l’auteur fait le récit d’une relation amoureuse en une succession de petits tableaux pleins de fantaisie, d’allusions visuelles ou musicales, et d’un humour sans poids. La vie quotidienne y est vue comme « un songe agréable, un simple étourdissement. »

« Je sais maintenant qu’elle n’a pas compté jusqu’à cent avant de venir me voir. Elle est allée au toilettes pour se laver cent fois les mains (c’est là que sont les cent), à l’eau froide, en évitant son reflet dans la glace. Ça la fait rire aujourd’hui. Elle savait que je n’attendais qu’elle, même si je n’en donnait pas l’air, me dit-elle, du moins l’air occupé de quelqu’un qui attend. Non, elle n’étaait pas sûre que c’était elle l’espérée bien que son rêve le lui indiquât. Il est idiot de croire aux rêves prémonitoires. Alors que penser quand deux rêves (même nuit, même heure) se recoupent ? »

Un extrait du livre :

« Un réveil hésitant, comme les autres matins ; la différence se situerait dans une langueur supplémentaire, un étourdissement ; elle se définirait par une image qui persiste, une image de poids, étonnante, belle, assurément ; identifiable, bizarrement.

Les mêmes bruits que d’habitude, même si mon voisin m’a quitté depuis peu et personne désormais ne m’indique plus sept heures moins le quart, un déboussolement plutôt plaisant, vraiment. Il est tard donc, l’heure de la revue de presse et des nouvelles nécrologiques (je ne connais personne aujourd’hui, même de nom). L’image persiste, elle s’inscrit, plus soignée — mieux éclairée, une sorte d’icône qu’elle n’était pas dans le rêve où elle devait manifester, là, une vraie vie. Il est plus que probable que nous nous croisions dans la journée. Garderais-je le comportement ordinaire que j’entretiens en sa compagnie où l’observateur — indiscret — remarquerait mes esquives de boxeur — un pas de côté pour garder la distance et ne pas m’exposer à ses feux — ainsi qu’une légèreté de ton, confinant au badinage, marquée de quelques plaisanteries, histoire de lui donner le loisir de rire, jusqu’à la faire marcher un peu, car elle n’est jamais aussi belle que désarmée par une énormité emballée dans un paquet-cadeau de vraisemblance. Sa pâleur s’encanaille alors d’un fard bref mais remarquable ; ses yeux sont plus grands, plus bleus, si cela est possible.

La voilà ! Elle porte un tricot de marin comme celui de Jean Seberg mais une ou deux tailles au-dessus. Elle passe sans montrer le moindre signe d’intérêt, tout occupée à passer, indifférente — un luxe d’indifférence, croyé-je remarquer. Il faut préciser que j’avais là toutes les apparences d’un type occupé, ça m’arrive. Elle repasse dans l’autre sens après avoir qui sait ?, attendu en coulisse en comptant jusqu’à cent. Elle voudrait me demander un conseil. Son travail est bon, très bon même : inventif, fort, élégant, etc. Je me dois, une nouvelle fois, d’appuyer mon propos moins par des preuves — elle est pire que Saint Thomas — que par une conviction palpable. Je me veux extrêmement positif car elle se chargera toujours de se couvrir de cendres. Va t-elle ainsi à la pêche aux compliments les plus chaleureux pour contrebattre ses doutes ? De ces petites fraîcheurs vaincues par des épaisseurs et des épaisseurs de couvertures en laine véritable. Tous mes efforts semblent vains. Prendrai-je son visage le plus précautionneusement du monde dans les mains (vous savez, quand il s’agit de poser une attelle à un moineau), qu’elle penserait que je veux l’étrangler. Non. Elle m’embrasse. J’en tombe par terre. Il doit être sept heures moins le quart, encore. »


ISBN : 2.86853.357.4, parution février 2002, 104 pages, format 14 x 19 cm.

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