





« La littérature est une lutte contre le crime. »
Derrière mon bureau. Légendes alpestres / Tableaux de voyage / Actes de vengeance
Premier volet de sa « trilogie alpestre », Derrière mon bureau est l’un des grands livres virtuoses de Werner Kofler. Pas davantage que dans Automne, liberté, on ne saurait s’attendre ici à lire une quelconque « histoire » : sa table de travail est au contraire le lieu depuis lequel le narrateur, brouillé avec le monde entier, lance, avec une puissance d’imprécation jubilatoire, des invectives contre la politique et la vie littéraire autrichiennes, mais aussi l’hégémonie politico-économique nord-américaine, et dénonce une « société du spectacle » où, sous prétexte de mémoire, l’histoire donne lieu à une muséalisation artistico-pédagogique à la fois grotesque et terrifiante.
Bien que fourmillant de références géographiques, historiques et médiatiques très précises, cette littérature, à laquelle le narrateur assigne une mission de lutte contre le crime, n’a paradoxalement d’autre objet que de faire rendre gorge à la réalité : l’art doit détruire la réalité, c’est ainsi, détruire la réalité au lieu de se soumettre à elle, et cela vaut aussi pour l’écriture […]. Je dis toujours : hep, réalité, viens par ici, on va régler nos comptes.
Si elle doit détruire la réalité, la littérature, acte anarchiste, doit également pulvériser ses propres codes narratifs, et en particulier le sujet. Qu’elle soit traversée par d’innombrables autres voix ou qu’elle-même au contraire se déporte, la voix narrative, sur laquelle flotte l’ombre tutélaire du Molloy de Beckett, ne cesse d’être livrée au soupçon. En ce sens, ce récit d’une virtuosité rare peut se lire, dans son intégralité, comme un véritable art poétique.
Né en 1947 à Villach, en Carinthie, Werner Kofler a commencé à publier, d’abord en revue, dès 1963. Auteur à ce jour d’une quinzaine de récits, de pièces radiophoniques et d’une pièce de théâtre, il est l’une des voix majeures de la littérature contemporaine de son pays, l’Autriche, où son goût de l’invective et de l’imprécation lui vaut d’être rapproché de Thomas Bernhard. Werner Kofler a obtenu de nombreuses distinctions littéraires, dont la bourse Elias-Canetti et le prix Arno-Schmidt.
Après Automne, liberté, les Éditions Absalon publient Caf’conc’ Treblinka, qui paraît en même temps que Derrière mon bureau.
Traduit de l’allemand (Autriche) et présenté par Bernard Banoun
Ouvrage traduit avec le concours du CNL.
Broché, cahiers cousus, 13 x 21 cm, 188 pages
Prix public : 18,50 €
isbn : 978-2-916928-11-1
ean : 9782916928111
collection : K. 620
Photographie de couverture : (c) Sabine Bitter, Globus A.

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