



Traduit de l’espagnol (Salvador) par Robert Amutio.
Exilé au Guatemala pour avoir publié un article hostile aux puissants, un journaliste salvadorien est recruté par l’Église catholique pour réviser un rapport névralgique sur les atrocités commises par l’armée durant la guerre civile. Élaboré par des intellectuels et des médecins, sous l’égide d’observateurs étrangers, cet immense travail consiste à récupérer la mémoire des survivants pour démontrer, preuves à l’appui, le génocide perpétré contre la population indigène.
Plongé à chaud dans ces récits d’assassinats, de viols et de tortures, le journaliste salvadorien s’enfonce dans un « marécage de douleur », ensorcelé par la parole des rescapés, consignant fiévreusement sur un calepin les phrases les plus bouleversantes, miroirs des fractures psychiques d’un peuple massacré, hanté par des « fantômes sanguinaires ».
Or, malgré toutes les forces vives vouées au triomphe des droits de l’homme, le Salvadorien comprend vite que les coupables ne baisseront pas les bras, et toute une spirale de conspirations se resserre autour du palais archiépiscopal qui, lui, se prépare à éclabousser les services de renseignements de l’armée et l’état-major présidentiel.
Ce nouvel opus d’Horacio Castellanos Moya radiographie un monde où le crime constitue la méthode la plus efficace d’ascension sociale. En outre, ce roman angoissé touche à la réconciliation nationale dans une société où se croisent impunément mouchards, assassins, victimes, tortionnaires recyclés, anciens guérilleros et paramilitaires, où la terreur est encore si intense que nombre de survivants ne veulent plus récupérer la mémoire mais au contraire perpétuer l’oubli pour être enfin libres. Dans un tel monde, fouiller le passé tient de la déraison et vous condamne aux crises de panique, aux accès de paranoïa et à l’exil perpétuel.
Horacio Castellanos Moya est né au Honduras en 1957, mais a vécu la majeure partie de sa vie au Salvador. En tant que journaliste, il a été, outre correspondant de divers organes de presse latino-américains au Mexique et au Guatemala, le directeur du premier hebdomadaire de l’après-guerre au Salvador, Primera Plana. Son activité journalistique et politique l’a contraint plusieurs fois à s’exiler. Après Le dégoût, La mort d’Olga Maria et L’homme en arme, Déraison est son quatrième roman traduit en français et publié aux Allusifs.
144 pages, parution mai 2006.




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