






Selon son auteur lui-même, La recherche du temps perdu recèle une « construction dogmatique ». Mais laquelle exactement ? Il n’est pas si aisé de répondre car l’œuvre de Proust est écrite de telle sorte que sa structure, les étapes de sa création et ses fins philosophiques y sont laissées volontairement implicites. Cependant, il est possible d’éclaircir ces points, dès lors que l’on s’avise que la Recherche est une démonstration, d’un genre très particulier. Ainsi l’enquête de Thierry Marchaisse vise-t-elle à expliciter la construction proustienne, en répondant aux quatre questions suivantes : Qu’est-ce qui a déclenché l’œuvre de Proust ? Quelle vérité fondamentale voulait-il y démontrer ? Et comment ? Enfin, pourquoi s’est il efforcé d’effacer les marques trop apparentes de son étrange traité philosophico-littéraire ? Au moment d’y mettre la dernière main, Proust craignait encore que la pointe de son ouvrage, dont « l’idée » l’obsédait depuis 1909, resterait « comme un monument druidique, au sommet d’une île, quelque chose d’infréquenté à jamais ». Il avait bien raison de s’inquiéter. Précisément parce que la sacralisation des aspects esthétiques de son œuvre a eu pour effet de rendre presque infréquentables ses aspects logico-philosophiques, et notamment la belle « leçon d’idéalisme » qu’elle contient en matière de créativité.
« L’œuvre de « Marcel » est, comme dirait le duc de Guermantes, « bel et bien » (ou faute de mieux) celle de Proust, et de ce fait nous ne savons jamais, la relisant après avoir pris connaissance de ces fameuses dernières pages, à laquelle des deux, qui ne font qu’une, nous avons affaire. [...] Ce statut paradoxal [de la Recherche], Thierry Marchaisse m’en semble donner l’image la plus fidèle en le comparant à celui du célèbre ruban de Möbius, dont, par un tour de topologie à la portée d’un enfant de cinq ans muni d’un bâton de colle, le recto et le verso collés bout à bout après torsion ne font qu’un, de sorte que nous ne savons jamais auquel des deux nous avons affaire. De même, entre le personnage et son narrateur semi-fictionnel — comme, dans le conte chinois, entre l’empereur et le papillon, ou, dans Les Fleurs bleues, entre le duc d’Auge et son double Cidrolin—, nous ignorons toujours lequel des deux habite le rêve de l’autre. Cette analogie, une fois posée, est irrésistible. Je ne vois d’ailleurs aucune raison d’y résister. »
Codicille, entrée « Möbius », éditions du Seuil, avril 2009, p. 186.
ISBN : 978-2-35427-008-7, Format 23,5 x 15,5, 130 pages, Parution novembre 2009.

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