



Les textes que nous réunissons ici sont issus d’un colloque qui s’est tenu à l’Université Paris 8 et au Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis, les 20, 21 et 22 juin 2002. Au seuil de ces actes, nous voudrions rappeler l’occasion qui fit alors se rencontrer, autour de Nerval, des chercheurs européens et japonais, mais aussi des poètes, quelques peintres, et un musicien.
Sous le titre Clartés d’Orient : Nerval, ailleurs, il s’agissait pour nous, non pas tant de parcourir le champ thématique de l’Orient nervalien, que de faire apparaître, plus en profondeur, tout ce qui fait l’étrangeté de l’œuvre de Nerval. Celle-ci est sensible dans l’ensemble de l’expérience que l’écriture nervalienne configure ; elle se manifeste aussi dans les déplacements que Nerval fait subir aux catégories de son temps ; elle se traduit enfin par l’ouverture de la réception de l’œuvre, comme dans le mode particulier selon lequel Nerval accompagne aujourd’hui poètes et artistes.
Tous ces aspects sont présents dans les études recueillies ici. Mais, en empruntant pour notre titre quelques mots d’un vers de « Myrtho », nous voulions aussi désigner un autre « Orient », que Nerval n’a certes pas connu, mais que notre colloque entendait tout particulièrement mettre à l’honneur : il s’agit du Japon.
Ce choix du Japon était justifié, tout d’abord, pour des raisons de circonstances : il nous importait de témoigner de la situation particulière de notre Université, qui a institué des accords privilégiés avec l’Université de Tokyo notamment. Nous voulions aussi saluer un événement éditorial remarquable : celui de la publication, sous la direction de M. Takeshi Tamura et M.Yoshihiro Maruyama, des œuvres complètes de Nerval en japonais, dont nous espérons qu’elle donnera à Nerval une place comparable à celle qu’occupe, dans le champ des études françaises au Japon, par exemple Proust ou Flaubert.
Plus profondément, notre curiosité pour un tel accueil de Nerval dans un pays et une culture auxquels son œuvre semblait a priori si peu préparée, était encore avivée par le fait que plusieurs écrivains japonais contemporains ont trouvé en Nerval une sorte de frère d’élection. C’est le cas du poète Yasuo Irisawa, qui fait de sa région natale d’Izumo une terre des légendes, des morts et des dieux enfuis, comparable à ce que représente le Valois pour Nerval. C’est le cas aussi de l’artiste Gôzô Yoshimasu, dont une œuvre photographique se trouve même à l’origine du désir que nous avons eu de réaliser ce colloque : elle représente le motif nervalien d’une rose trémière, mais celle-ci, photographiée en surimpression, se détache sur le fond d’une montagne sacrée du Japon, Koyasan, dont l’idéogramme apparaît, à l’arrière-plan, sur un écriteau. Cette œuvre était exposée en juin 2002 au Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis ; et Gôzô Yoshimasu a bien voulu lire à cette occasion quelques-uns de ses poèmes, dont l’un, directement lié à la circonstance du colloque, est traduit ici : on y découvrira comment le texte de Yoshimasu se greffe, cette fois, sur quelques vers d’une chanson du Valois, comme si tout chez Nerval pouvait devenir signe, et comme si le moindre signe pouvait concentrer en lui seul tous les champs de l’expérience, en conférant en retour à celle-ci la faculté de se redéployer, bien au-delà de l’existence individuelle, dans les contextes les plus hétérogènes ou les plus inattendus. Nul doute, ici, que l’œuvre de Yoshimasu révèle, au plus intime, l’œuvre de Nerval, ou plutôt qu’un signe commun, de l’une à l’autre, permet un passage. Le cas de Kyûichirô Inoué, professeur, critique, et grand traducteur de Proust en japonais, est également significatif : de l’attention que Proust porta à Nerval, Inoué fait une des impulsions décisives d’A la recherche du temps perdu ; on lira ici quelques pages de La maison Gallimard - ouvrage qui vient d’être réédité au Japon avec une préface du professeur Hasumi : ces extraits ont été choisis par Masataka Ishibashi, et ils se rapportent tous, très librement, humoristiquement souvent, à Nerval et au Valois. [...]
En librairie depuis le 2 avril 2004.

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