Joaquim Maria Machado de Assis
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Chasseur d’esclaves - Un père contre une mère
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Le maître des lettres brésiliennes


Chasseur d’esclaves - Un père contre une mère

Joaquim Maria Machado de Assis

Éditeur : Chandeigne

Prix : 7 euros
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Une nouvelle terrible de Machado de Assis

Il ne faut pas lire Machado de Assis. Il faut le relire. Prenez cette nouvelle terrible « Chasseur d’esclaves ». Rio, XIXe siècle, la traite est abolie (1850), mais l’esclavage et la contrebande sont toujours une réalité. Candido Neves, instable et paresseux, a fini par choisir comme gagne-pain la chasse aux esclaves fugitifs contre récompense. Mais la concurrence est grande et les revenus peu réguliers. Il épouse la jeune Clara, le couple vit dans une grande précarité. Cependant l’enfant arrive dans ce foyer misérable. Une nuit de désespoir, où Candido résigné va porter son fils au tour de l’orphelinat, dans l’ombre il identifie une esclave depuis longtemps recherchée contre grande récompense. L’esclave s’avère être enceinte...

« Facétieux et léger dans l’apparence, ce prosateur est le maître des dédoublements et des “ duplicités ”, expert en scepticisme, ironies, vraies fausses digressions et approches obliques de sa société et de la condition humaine. À ce titre comme à bien d’autres, et quoique issu d’une position ingrate, Joaquim Maria Machado de Assis (1839-1908), mulâtre descendant d’esclaves, sujet dit-on à quelques bégaiements et crises d’épilepsie, peut être considéré comme le père des lettres brésiliennes. Auteur d’une œuvre magistrale, romans, nouvelles, chroniques... à la fois grand public et d’un extrême raffinement, co-fondateur et premier président de l’Académie brésilienne (1897), il a jeté les bases d’une littérature nationale par “instinct”, dénuée des ingrédients diversement exploités par le romantisme et le réalisme : le pittoresque et la couleur locale, pour se fondre dans l’universel. » (Michel Riaudel)


Traduit du portugais (Brésil) par Anne-Marie Quint Collection Metro 40 p. 7 € Format : 10,2 x 14,7 ISBN : 2-915540-26-8 ISBN-13 : 978-2-915540-26-0 Parution : mai 2006


Préface d’Anne-Marie Quint

Joaquim Maria Machado de Assis (1839-1908), géant des lettres brésiliennes du xixe siècle, est né et a vécu à Rio de Janeiro, sa ville. Son activité inlassable s’est exercée dans tous les genres littéraires : journalisme, poésie, théâtre, essai, nouvelles et neuf romans, dont plusieurs sont des chefs-d’œuvre majeurs de la littérature brésilienne. La nouvelle qu’on va lire est tirée du recueil Relíquias da Casa Velha (Reliques de la vieille maison), que Machado, en 1905, a dédié à sa femme Carolina, disparue en 1904. L’écrivain domine alors pleinement son art, subtil mélange d’élégance dans l’écriture, de lucidité impitoyable dans l’analyse, d’ironie et de distanciation par rapport à l’histoire racontée. Le problème de l’esclavage est crucial dans l’histoire du Brésil au xixe siècle. Sous la pression de l’Angleterre, le gouvernement impérial a interdit la traite en 1850. Bien qu’une contrebande n’ait pas manqué de s’organiser, il y eut bientôt pénurie de main-d’œuvre servile. Ainsi s’explique l’âpreté avec laquelle on poursuit les esclaves en fuite, di ?ciles à remplacer. De là aussi un regain d’intérêt pour les femmes, moins productives dans le travail agricole, mais qui pouvaient assurer la reproduction du cheptel. Les maîtres n’hésitaient pas, si cela leur semblait utile ou agréable, à engrosser eux-mêmes ces femmes esclaves, quitte à favoriser ensuite, éventuellement, l’ascension sociale de leurs enfants métis. Une esclave enceinte qui fuyait était une lourde perte. En 1870 seulement, la loi « du ventre libre », étape décisive vers l’abolition, déclarera libres tous les enfants nés de mère esclave. C’est dans ces années 1850 que Machado situe l’action de sa nouvelle. Il n’est pas un auteur engagé, mais la question de l’esclavage ne pouvait le laisser indi ?érent, lui qui, petit- ?ls d’esclaves, métis, orphelin de mère à 10 ans, n’avait dû qu’à son talent et à sa force de caractère de devenir le plus grand écrivain de sa génération et de jouir d’un prestige et d’honneurs rarement conférés alors à un métis brésilien. Bien sûr, à la date où il écrit, l’esclavage est aboli depuis le 13 mai 1888. Mais les faits sinistres que l’écrivain rappelle en introduction sont encore présents dans les mémoires. S’inspire-t-il d’un cas réel ? Nous ne le savons pas, mais l’anecdote est hélas très vraisemblable. Machado la conte avec un détachement apparent, comme s’il tenait à équilibrer la détresse du jeune père forcé d’abandonner son enfant, et la misère de l’esclave en fuite. Cet équilibre biaisé souligne peut-être mieux encore l’absence totale d’équité. Le père chasseur d’esclaves n’a qu’un problème d’argent. La future mère esclave a tout contre elle : son maître, son état, les lois, l’ensemble de la société. Dans ce bref récit, sans jamais se départir de son ironie, Machado de Assis met ainsi en lumière l’injustice et la lâcheté d’une société égoïste, ainsi que son profond scepticisme personnel à l’égard de la nature humaine.

Anne-Marie Quint

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