



Traduit du serbe par Gabriel Iaculli et Gojko Lukic
« ...la magie de la langue réside dans le fait qu’elle ne peut jamais être épuisée par la réalité. »
Par un matin d’hiver glacial, un Serbe installé au Canada reçoit un colis qu’il croit destiné à sa femme potière. Mais une lettre lui apprend qu’il s’agit là des cendres de son frère cadet disparu mystérieusement douze ans auparavant, à Novi Sad, dans le sillage d’un chien errant, un moineau pressé sur le coeur. Dès lors, tout un monde polymorphe et fourmillant de vie remonte à la mémoire du narrateur : la jeunesse, la famille, la Yougoslavie ; aussi le frère, génial touche-à-tout un peu abrupt et à l’humour décapant, épris de science, de religion, de mythologie, de philosophie, de mysticisme et de poésie (« poète en conspiration éternelle contre lui-même » et condamné à « chercher partout ses pensées éparpillées »), se voit-il ressuscité par la prose brillante et inventive de Vladimir Tasic.
Ce roman est aussi le récit intérieur du mardi douze décembre deux mille, journée apparemment sans histoire d’un conseiller technique supérieur dans une entreprise où l’on découpe Adam et Ève en lamelles micrométriques pour n’aboutir qu’à des fables postmodernes. Mais l’esprit délié du docteur en médecine déborde les didacticiels sans vie pour aller flotter dans les hautes sphères des méditations qui, à la nuit tombante, au sortir de l’« errance donquichottesque à travers les provinces du savoir », se referment, tel un cercle magique, sur le mystère de l’amour indicible (« elle est le thé au jasmin, je suis le jus de citron »), car « on ne peut pas écrire sur l’amour » ; sur le miraculeux triomphe d’une mystique, celle du coeur, cadeau d’adieu d’un frère magnifique et insaisissable ; et sur la transfiguration alchimique « de l’ombre et de la poussière dont nous sommes faits », de l’être qui s’épure dans « les fours embrasés de l’âme » et qui, comme l’olive talmudique, ne donne le meilleur de lui-même qu’une fois broyé. Ainsi l’auteur, miroir vivant de l’univers, transcende le monde visible pour composer le vertigineux palimpseste des plus réjouissantes spéculations philosophiques.
Écrivain, essayiste, et professeur de mathématiques à l’Université du Nouveau-Brunswick, Vladimir Tasic est né en Yougoslavie en 1969. En 2001, il frôla le plus prestigieux prix littéraire de Serbie.
Nombre de pages : 140
Parution : 19 mars 2004
ISBN : 2-922868-20-6

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