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En ce début de XIXe se joue dans cette pointe septentrionale de l’Afrique une drôle de pièce. Ici, se mélangent les ultimes soubresauts de l’époque moderne, les derniers avatars des guerres Napoléoniennes et les débuts de ce qui occupera les nations européennes pendant plus d’un siècle, la colonisation de l’Afrique. C’est là, au milieu des colons néerlandais, souvent anciens huguenots, qu’on appelle les Boers, des Anglais fraîchement débarqués après l’annexion du Cap par la couronne britannique en 1795 et des comptoirs portugais livrés à eux-mêmes que débarque en 1818, venu d’Angleterre, le jeune Henry Francis Fynn.
Il est comme tous ses compagnons de voyage, à la recherche des Pérous, des Eldorados, des espoirs de fortunes qu’ont toujours promis les confins du monde. Mais à la différence de nombre d’entres eux, qui croisent l’autre sans le voir et qui le conçoivent, au mieux comme un moyen, au pire comme un obstacle à la richesse, Fynn s’interroge suffisamment sur les hommes qu’il rencontre, pour que petit à petit un changement de plan s’effectue, le moyen devient l’objet. Cette modification s’opère étrangement. Dès ses premiers contacts avec les tribus côtières, Fynn fait preuve d’une remarquable précision dans ses observations et d’un intérêt pour les modes de vie, la musique, l’organisation sociale. La région qu’il parcoure est agitée par de violents conflits, tous sont associés aux Zoulous et à leurs chef Chaka. Ce nom provoque l’effroi, Fynn le compare à un talisman, une puissance tutélaire, dont la seule évocation lui sauve la vie une fois au moins. Après un voyage de plusieurs mois il finit par le rencontrer. Le faste de la cour, l’organisation de l’armée, tout fascine l’explorateur qui vit deux ans auprès de lui apprenant sa langue, décrivant l’agriculture, les structures politiques. Auprès de ce chef souvent cruel mais grand politique, il voit se constituer peu à peu la grande nation Zoulou qui continuera à se développer après son assassinat jusqu’à menacer très dangereusement l’autre nation en gestation que deviendra la République d’Afrique du Sud.
Fynn n’est pas un anticolonialiste et malgré son intérêt pour le peuple Zoulou, il reste un explorateur au service de la couronne qui sait que les informations qu’il rapporte seront utiles à une implantation anglaise qu’il prédit bénéfique, tant la région offre d’avantages. Mais il esperait, peut-être, qu’elle ne se fasse pas autant au détriment des africains.
Ce journal publié en 1860 soit vingt-sept ans après que Fynn ait quitté l’Afrique a eu de multiples rééditions. La dernière date de 1957. En voici la première traduction française. À l’heure où un important débat s’est ouvert sur la question des réparations suite aux dommages engendrés par la colonisation en Afrique, il nous semble important de produire des témoignages d’avant les pénétrations européennes qui attestent du degré de civilisation des « nations » africaines tant d’un point de vue des techniques que politique.
Estelle Henry-Bossonney est professeur d’anglais, agrégée de l’université.
C’est pour les Éditions Anacharsis que j’ai traduit le Journal de H. F. Fynn, rebaptisé ensuite Chaka, roi des Zoulous. Après avoir pris connaissance de cet ouvrage, c’est avec beaucoup d’enthousiasme que je me suis lancée dans cette aventure, sur les traces de ce tout jeune Anglais. Il faut savoir, en effet, que lorsque Henry quitte son Angleterre natale pour se rendre en Afrique du Sud en 1818, il a tout juste quinze ans. Parvenu au Cap, il se voit proposer de participer à une expédition dont l’objectif était d’entrer en contact avec la tribu de Chaka, afin de mettre en place le commerce de l’ivoire. Les quelques notions de médecine acquises en Angleterre, où il avait été garçon de salle dans un hôpital, lui serviront de sauf-conduit et lui permettront d’approcher puis de fréquenter le célèbre despote zoulou, qui pour sa part n’avait jamais vu un homme blanc. Au fil du temps, il apprend le zoulou, ce qui lui permet de s’entretenir avec le Roi. Plus tard, il traduira même la Bible en zoulou. Son journal nous permet de partager avec lui la dizaine d’années incroyablement riches qu’il a passées dans cette zone d’Afrique australe devenue le Natal, participant même à la fondation de la ville de Durban. Ce qui est le plus frappant, c’est l’humanisme de cet Anglais plongé dans un univers qui lui était totalement étranger, qu’il considère avec le plus grand intérêt, y compris dans les situations les plus critiques. En effet, le roi Chaka n’hésitait pas à faire exécuter tous ceux dont le comportement lui avait déplu. Quoi qu’il en soit, bien qu’écrivant au début du dix-neuvième siècle, Fynn ne laisse jamais transparaître la moindre trace de racisme dans ses commentaires. Je suis persuadée que son récit enthousiasmera tous les passionnés d’aventures.
François-Xavier Fauvelle-Aymar est chercheur au CNRS (Aix-en-Provence), spécialiste de l’histoire de l’Afrique du Sud.
Alain Ricard, auteur de Voyages de découvertes en Afrique (2000, Laffont, « Bouquins »), est directeur de recherche au CNRS (LLACAN) et enseigne à l’INALCO.
Article paru dans La Vie n° 3099, par Laurence Bondard
Leçon de vie, leçon d’histoire. L’explorateur Henry Francis Fynn (1803-1861) a légué un trésor inestimable. Publié pour la première fois, le « journal » de ce Britannique, demeuré plus de dix ans auprès des Zoulous, offre de voyager en Afrique du Sud à travers la vie de Chaka. Fondateur de la nation zouloue dans les années 1820, ce tyran aurait causé la mort de deux millions de ses compatriotes. Étonnamment, ce personnage hors du commun n’a inspiré que peu d’ouvrages. Bien que très réelle, l’histoire mythique du roi des Zoulous se lit comme un roman épique. Henry Francis Fynn ne philosophe pas ; il dépeint une civilisation jusque dans les moindres détails connus. Culture, rites, langage, traditions orales et tout ce qui constitue l’identité zouloue se trouvent ainsi réunis dans ce précieux « journal de voyage ».
Traduit de l’anglais par Estelle Henry-Bossonney, présentation de François-Xavier Fauvelle-Aymar, postface d’Alain Ricard
Date de parution : septembre 2004
320 pages
FORMAT : 14,5 X 21,5
ISBN : 2-914777-10-8

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