On ne naît pas sans-papier. On le devient. Je ne sais d’ailleurs pas précisément quand j’ai officiellement rejoint cette grande famille des parias dûment homologués. Je suis né et j’ai grandi dans un pays où les miens n’étaient pas acceptés. En sortant de l’enfance, j’ai compris que mon vrai pays n’existait plus, qu’il n’était qu’un souvenir du passé. Quelque temps plus tard, ma famille est venue se réfugier ici. Nous avons attendu des mois et des mois la réponse à notre demande pour bénéficier du statut de réfugiés. Au début, mes parents pensaient qu’au pays des droits de l’homme, ce n’était qu’une formalité ; les semaines se sont succédé sans résultat. Un jour, il a été clair pour eux que notre sort était scellé. Tellement scellé qu’ils ont décidé de se cacher avant de finir par se faire rafler. Entre temps, il y avait eu les deux années où m’avait été reconnu le droit de préparer mon Bac Pro. J’avais échoué dans ce lycée professionnel, résolu à attendre heure après heure que le temps s’écoule comme il s’était toujours écoulé pour un apatride sans espoir comme moi. Je ne m’attendais pas du tout à découvrir dans cet internat de Seine-et-Marne le goût à la vie. Et pourtant. C’est là que j’ai passé des mois passionnants à fabriquer un petit robot agricole et à me laisser apprivoiser dans un atelier d’écriture. A me construire. C’est là que je me suis pris à espérer en un avenir meilleur pour moi. A espérer, jusqu’à ce vendredi. Les flics m’attendaient à la sortie du lycée, j’ai évité la rafle de justesse et ma fuite m’a propulsé dans les griffes d’Otto. On ne naît pas avec l’envie d’écrire. Elle survient un jour. Les circonstances peuvent nous empêcher de nous lancer tout de suite : il m’aura fallu trois ans pour passer à l’acte. Trois ans et le remue-ménage de Samira. Parce que c’est l’atelier qu’elle animait dans mon lycée qui m’a donné cette envie, je voudrais dédier cette tentative à Madame Lepouliguen, ma prof. de français. Et à son drôle de chignon.
Merci d’avoir existé dans ma vie. Merci de m’avoir donné l’envie et les moyens d’écrire cette autopsie, la mienne : Sirwan. ni saint, ni salaud, simple sans-papier de 22 ans.
EAN 13 : 978-2-916952-14-7, 240 pages, parution mars 2009, format 19,5 x 13 cm.

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