Sir Philip Sidney
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Astrophil et Stella

Sir Philip Sidney

Éditeur : L’or des fous

Prix : 20 euros
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Astrophil et Stella--Sir Philip Sidney

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Le livre

Philip Sidney est l’auteur d’un roman de chevalerie, Arcadie, de nombreux sonnets, de textes poétiques et d’essais parmi lesquels Astrophel and Stella et The Defence of Poesie ou An Apologie of Poetry (même texte publié sous deux titres différents) ; ses écrits tiennent une place majeure et tous ses textes furent publiés dans une première édition anglaise en 1591, en 1595 puis dans une nouvelle édition en 1598.

Ces deux derniers textes sont considérés comme deux chefs-d’œuvre : l’un de la poésie amoureuse de la Renaissance (sonnets et chants), l’autre en prose, étonnant et sublime plaidoyer de l’usage et en faveur de la poésie. Astrophel and Stella est cité comme un des trois meilleurs recueils de sonnets élizabéthains aux côtés de ceux de Spenser et de Shakespeare.

En France, Astrophel and Stella a fait l’objet de deux publications en français, la première traduction, sans les chants, par C.-M. Garnier chez Aubier en 1943 (édition bilingue d’Astrophel et Stella) et la seconde, reprenant des extraits, par Gérard Gacon en 1994 aux éditions La Différence sous le titre Astrophil et Stella. Une première traduction en français par Maurice Lebel de The Defence of Poesie est parue en 1965 aux Presses de l’Université de Laval au Québec avec comme titre Un plaidoyer pour la poésie ; puis ce texte a été édité aux Belles Lettres en 1994 dans une traduction de Patrick Hersant sous le titre de Eloge de la poésie.

Ces quatre traductions et éditions sont aujourd’hui épuisées. Ainsi, après avoir lu ces textes en anglais puis dans une des traductions françaises, et plus de dix ans après leur dernière publication, il nous est apparu important de proposer une nouvelle traduction au lecteur de langue française. Pour cela, il nous fallait trouver le traducteur connaissant non seulement l’œuvre de Sidney mais aussi toutes les difficultés de traduction de la poésie et particulièrement de sonnets ainsi que de l’anglais de la période élizabéthaine.

Bernard Hoepffner qui a traduit notamment les sonnets de Shakespeare et qui a traduit pour La Pléiade des poètes anglais pour un volume consacré à la poésie anglaise, s’est imposé. Nous souhaitions aussi réunir enfin ces deux chefs-d’œuvre en un seul volume parce qu’ils constituent et tracent l’histoire d’un seul homme et de tous les autres : l’amour et la poésie, indivisible infini.

Ces textes entrent magnifiquement dans la démarche éditoriale de L’or des fous qui souhaite publier des textes sur le thème de l’amour mais aussi de sa relation à la poésie et du vertige de ce lien ; l’amour et la poésie viennent ainsi réaffirmer le désir naturel d’amour de l’Homme.

De cette rencontre entre amour et poésie jaillit un long poème découpé en 108 sonnets et 11 chants dédiés à l’amour de la poésie personnifiée en Stella ; mais c’est aussi, et surtout, une fine et folle conversation intérieure entre l’amour et la raison. Traversant tous les sentiments : joie, tristesse, mélancolie, nostalgie et la colère, toutes les interrogations et tous les doutes de l’état amoureux, Sidney nous offre, à travers Astrophil, les états, les emportements et débordements constitutifs de l’amour.

Stella est vraisemblablement Pénélope Devereux que Sidney a rencontrée en 1575 et qui lui fut promise. Mais cette union ne se réalisera pas suite au décès de Walter Devereux, ami de Philip et père de la jeune fille de 15 ans. Pénélope épousera Lord Rich. Alors commence l’écriture et l’incroyable histoire de l’amour d’Astrophil pour Stella, d’un Astrophil aimant la femme d’un autre, d’un Astrophil repoussé par sa belle. Cette variation de l’amour était déjà celle des troubadours provençaux dans « l’amour courtois ». Astrophil et Stella se lit comme un roman d’amour ou un livre d’histoire, un poème à tiroirs, par, comme le nomme très justement C.-M. Garnier, Le Chevalier poète.

Quant au texte Defense of Poesie, il répondrait, d’une belle façon, à un pamphlet contre le théâtre et les Lettres de Stephen Gosson qui eut la malheureuse idée de dédier à Sidney ce texte en 1579. Mais, Philip Sidney dépasse les accusations et le cynisme de son accusateur en écrivant plusieurs années plus tard Defense of Poesie. Texte visionnaire, indiquant clairement les usurpateurs et détracteurs de la poésie en passant au peigne fin l’intelligentsia de l’époque, valets du pouvoir incapables de hauteur. Alors, Sidney s’envole et peint son époque à grands coups de fulgurance poétique. De ce texte exceptionnel écrit en prose et en un seul paragraphe, il ressort comme une terrible actualité à dire encore ce désir de poésie. Dans une langue sans faille, Sidney défend la poésie et décrit ses usages envers et contre tout.

B. Hoepffner a travaillé principalement sur les fac-similés digitaux des deux éditions d’Astrophel and Stella et de Defense of Poesie éditées en 1598, pour la première, et 1595, pour la seconde, à Londres par William Ponsonby. Il se reporte également aux deux éditions d’Oxford University Press : celle de W.A. Ringler, The Poems of Sir Sidney publiée en 1962 et à celle annotée par Katherine Duncan-Jones, Sir Philip Sidney, The Major Works publiée en 1989.

Par ailleurs, les alinéas des sonnets d’Astrophil et Stella, suivent la structure des rimes à l’intérieur des sonnets et font ainsi écho à la rime. Cette indentation ou structure, demeure, tel un échafaudage poétique en place malgré la disparition des rimes en français.

Bernard Hoepffner propose une préface, une postface et une note sur la traduction à l’œuvre sidnéienne et à la poésie amoureuse élizabéthaine. Le texte est annoté par B. Hoepffner.

Toute ma reconnaissance à R.C. d’avoir soufflé ces textes à mes oreilles lors d’une fête d’anniversaire.

Sir Philip Sidney, (1554-1586)

Sir Philip Sidney naquit au château familial de Penshurst, Kent, en Angleterre le 30 novembre 1554. Il est le fils aîné d’une famille de six enfants d’une longue tradition aristocratique ; Henry et Lady Sidney, ses parents, occupèrent de hautes fonctions à la cour d’Angleterre. Il entre à Shrewsbury School en 1564 au même moment que Fulke Greville, son ami, et futur biographe. Il étudie à Oxford mais il n’obtient aucun grade.

De 1572 à 1575, et comme la plupart des jeunes aristocrates élizabéthains, il voyage dans toute l’Europe. Il aurait assisté, à Paris, à des scènes du massacre de la nuit de la Saint-Barthélemy (24 août 1572) qui ne manqueront pas, selon certains écrits, de renforcer son sentiment anti-catholique.

A la différence des membres de sa famille, il ne reçoit pas les faveurs de la Reine Elizabeth ; ne sachant pas ou ne voulant pas la flatter, il exprime même son profond désaccord à l’annonce d’un éventuel mariage de la Reine avec le duc d’Alençon, fervent catholique, par une célèbre lettre qu’il lui adresse.

Ignoré par la Reine pendant près de dix ans, il participe néanmoins à la vie de la cour qu’il déteste ; puis exerce enfin les fonctions tant attendues de codirecteur de l’artillerie en 1584, membre du Parlement du Kent en 1581 et 1584-85, gouverneur du Flessingue en 1585 ; il s’intéresse particulièrement à la politique européenne.

Doué d’une intelligence exceptionnelle et d’un fol amour pour la littérature, il fréquente le milieu littéraire et aide, voire encourage moralement et financièrement de nombreux écrivains. Il converse avec Spenser de 1579 à 1580 ; Spenser et Sidney, accompagnés de Greville et Dyer, influenceront fortement ce que nous nommons aujourd’hui « la poésie élizabéthaine ». Philip Sidney est né deux ans après Spenser et dix avant Shakespeare.

Pendant toute cette période d’oisiveté contrainte et de construction de son être d’homme adulte - de l’âge de vingt à trente ans - Philip écrit et traduit de nombreux textes que nous citons par ordre d’importance : les sonnets amoureux Astrophel and Stella, un texte en prose essentiel sur l’usage de la poésie Defence of Poesie et édité aussi sous le titre de An apologie for Poetry (textes publiés post-mortem en 1591 puis en 1595 à Londres par William Ponsonby et en 1598 par la Comtesse de Pembroke, sœur de Sidney) et un roman chevaleresque Arcadie. Il traduit des Psaumes et un traité d’apologétique de Duplessis-Mornay De la vérité de la religion chrétienne, auxquels s’ajoutent Première Semaine de Du Bartas et la Rhétorique d’Aristote.

En 1585, Elizabeth l’envoie au secours des Hollandais qui luttent contre l’Espagne. Sir Philip Sidney meurt le 17 octobre 1586 des suites d’une balle reçue dans le fémur sur le champ de bataille de Zutphen. Il a trente deux ans. Son corps est rapatrié à Londres le 16 février 1587. Certains racontent les détails de cette épopée héroïque : Philip aurait donné ses cuissards à son ami Sir William Pelham ; blessé, assoiffé, il aurait offert son eau à un soldat inconnu en lui disant d’après le récit de Greville « Ton besoin est encore plus grand que le mien. »

Du récit chevaleresque de son ami Greville naît la légende, encore vivante aujourd’hui, de Sir Philip Sidney. Il fut honoré et chanté par plus de deux cents personnes ; de nombreux textes lui rendent hommage dont le plus célèbre est L’Astrophel de Spenser qui paraît en 1595.

Le poète est mort en chevalier qu’il rêvait d’être, et qu’il fut, jusqu’à la fin de sa vie en servant, non pas la guerre, mais la poésie, l’amour et les Lettres.

Traduction de Bernard Hoepffner


Parution avril 2006, ISBN : ISBN 2-915995-05-2, 20 euros.

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