


Repris, corrigé et réécrit six fois entre 1916 et 1940, avant de recevoir sa forme définitive (et un succès critique sans précédent) en 1975, Ascension est le récit d’une ascension en montagne.
Deux hommes partent à l’assaut d’un glacier ; les conditions sont mauvaises. Le malaise de l’un s’intensifie devant la dureté des éléments, à tel point qu’il abandonne, et que l’autre entreprend une ascension solitaire folle, mais consciemment assumée. Lente ascension, ou lente agonie ?
On suit pied à pied les héros dans leurs trajectoires opposées, les accidents qui se multiplient, et les songes dont ils peuplent la montagne… Labyrinthe de glace sans trace humaine, ni perspective, et bordé d’abîmes, celle-ci prend un relief fantasmatique et monstrueux. Dans cet univers à la fois transparent et ténébreux, où la réalité tend à se dissoudre, peuvent surgir des événements décisifs et tragiques.
L’écriture à ellipses de Ludwig Hohl fascine par sa minutie et sa sobriété. L’auteur tente de percer la personnalité de la montagne à travers ses couleurs, ses méandres, ses formes, son climat... Ascension est une parabole impeccable, dans la lignée du Vieil homme et la mer d’Hemingway, ou du Moby Dick de Melville.
« Nietzsche fait alpiniste : un livre à entreprendre pour son style cristallin, aigu comme un glacier »
Dominique Durand, Le Canard enchaîné
« Les alpinistes n’ont pas seulement l’esprit épique, ils ont parfois la tête philosophique… Ascension a la pureté et la dureté du diamant »
Pierre Mertens, Le Soir
« Nous n’aimons guère les grands mots. Ici, pourtant, on ne peut guère les éviter : il s’agit d’un chef-d’œuvre »
Jean-Pierre Enard, VSD
Sélection de la Librairie Olympique (Bordeaux) :
Le personnage principal : la montagne. Le décor : pics, abîmes, glacier.
Deux hommes ont le projet d’escalader ensemble un glacier dans les Alpes. Les conditions météorologiques sont mauvaises, l’un des deux abandonnera…laissant son compagnon poursuivre cette ascension folle et désespérée… La simplicité du style de Hohl n’est qu’apparente. Les détails sont ténus, les mots ciselés comme les pics qu’ils décrivent, l’intérieur de l’âme passée au peigne fin, et toujours cette nature sauvage et forte, son implacable présence… Cette ascension tient-elle du suicide ? en tout cas de la lutte de l’homme contre lui même ; l’auteur nous y entraîne irrémédiablement et pourtant notre instinct de vie nous fait espérer… Quand la colère l’emporte sur la raison, quand la fatigue prend le pas sur la vigilance, quand le doute vous envahit et que s’installent les songes, cela fait beaucoup d’adversaires à combattre… Enfin quand le choix est irrémédiable, la suite s’écrit toute seule. Nous sommes nous aussi, au bord du précipice, et l’écho est tel en nous que l’on ne sort pas indemne de ce récit.
Le glacier des volontés, Alain Nicolas, L’Humanité (29 mai 2008)
Deux hommes face à la montagne affrontent d’abord leur volonté et leurs peurs.
Cela se passe dans les années vingt du siècle dernier. Deux alpinistes entreprennent l’ascension d’une montagne par une voie qui n’a encore jamais été parcourue. Un projet ambitieux qui demande de l’habileté, du courage et de la persévérance. Dès la marche d’approche, Uhl, le plus expérimenté des deux, perçoit les réticences inexprimées de Johann, son compagnon. Des signes qui ne trompent pas : la nourriture refuse de passer, le sommeil, même dans le foin confortable d’un chalet abandonné, ne vient pas. Le laconique Uhl va employer toute son éloquence pour convaincre Johann de persévérer. Mais le mauvais temps va finir de séparer la cordée. En pleine tempête de neige. Johann va se décorder et redescendre, plantant là son compagnon. À chacun sa voie : le sommet pour Uhl, au terme d’une ascension audacieuse jusqu’à la folie, un retour peu glorieux pour Johann. Mais c’est en fin de compte la montagne qui décide, avec une ironie cruelle. Peureux ou téméraire, quelle différence pour elle ?
Dévoiler le destin des deux alpinistes dissociés serait cruel pour le lecteur, qui perdrait beaucoup du cheminement narratif implacable de ce roman déroutant. Ascension, qui a été réécrit six fois, a été porté par l’auteur pendant vingt-quatre ans, de 1916 à 1940, abandonné, puis repris et achevé en 1975, cinq ans avant sa mort, au terme de soixante ans de gestation.
L’auteur, Ludwig Hohl, est un cas à part dans la littérature suisse de langue allemande. Sans couper complètement les ponts avec les autres écrivains, il passa de nombreuses années à l’étranger, en particulier à Paris, avant de revenir à Genève. Il vécut dans une solitude et un dénuement assumés, proche des plus pauvres, jusqu’à la marginalité. Spectateur fraternel, il savait conjuguer le lyrisme le plus personnel et une volonté d’ascétisme qui dépouille ses récits jusqu’à l’épure.
Dans le roman réédité par Attila, une émanation de l’excellente revue le Nouvel Attila, Hohl met en place avec une rigueur d’acier un huis clos tragique entre deux hommes, puis entre un homme et une montagne. La gradation est parfaite, où se répondent les deux univers naturel et humain. L’insouciance répond à l’alpage et à la forêt, la tension et l’inquiétude aux pierriers mêlés de neige, le découragement et la rage de vaincre au glacier, dans un vent de tempête. Rien de trop, rien de ce qui encombre les récits sportifs ou les romans de montagne. Pas de pathos, de « gouffres insondables » ni d’« alpe homicide ». Pas non plus de cette sobriété désinvolte arborée par ceux qui affectent de plaisanter face au danger. Le roman de Ludwig Hohl se fait précis, matériel. Comment se faire efficacement un lit dans le foin, réparer un clou dans une chaussure, quand et comment boire, que faire quand le mauvais temps bloque la porte du refuge, comment traverser sans encombre une vire verglacée.
Dans cet univers qui peu à peu se minéralise, les hommes, eux aussi, se réduisent à de purs vouloirs (ou non-vouloirs), en une dialectique qui n’est pas sans rappeler le nietzschéisme des débuts de l’auteur. Une sorte d’équivalence s’établit entre les deux alpinistes, celui qui persévère et celui qui fait demi- tour : ne pas pouvoir, ne pas vouloir le résultat est le même, et la sanction identique. Et le lecteur, pris au piège de ce dépouillement de l’ascension, devient, sans l’avoir voulu, un immatériel compagnon de cordée, qui, le temps de la lecture, s’oublie lui-même.
Dans cette oeuvre tendue à l’extrême, Hohl atteint, avec une maîtrise consommée, à l’essentiel. Déroutant au début à force de simplicité, le récit entre peu à peu en résonance avec des questions essentielles, quand l’ascension force l’alpiniste à se confronter à lui-même, à ses forces et à ses peurs. Il gagne en complexité dans le mouvement même où tout ce qui est accessoire se perd, jusqu’au retournement et à la chute finale. Un sommet.
Agnès, Au Sud de la frontière, 26 février 2008
Comparaison entre La Route, de Cormac McCarthy (aux éditions de L’Olivier), et Ascension, de Ludwig Hohl.
« En littérature, deux ouvrages, deux romans sortis très récemment avec un lien entre ces deux ouvrages : le lien commun, ça pourrait être une phrase, ça pourrait être “marche ou crève”, oui, je sais, c’est un peu rentre dedans comme introduction, “marche ou crève”, mais je pense que ça correspond bien aux deux romans que je vais vous présenter puisque dans ces deux romans il est question de marche, de parcours de trajet, mais de marche non sous un aspect de flânerie, de promenade, mais sous un aspect beaucoup plus sombre, dramatique, voire tragique, puisque ces deux textes content l’impuissance de l’homme face à sa propre fatigue, son auto-dépassement, son impuissance face au délabrement physique qu’il peut ressentir et face à des forces naturelles qui le dépassent et qu’il ne peut pas contrôler.
En contrepoint face à un sujet aussi difficile et aussi ardu, ces deux textes ont également comme parti pris et comme point commun l’extrême sobriété de leur écriture, sobriété qui va jusqu’à leur titre, puisque pour l’un, c’est La Route, et pour l’autre Ascension. (...) cette fois on n’est plus dans la route horizontale mais on est dans la route verticale , puisqu’Ascension brasse des thèmes identiques, mais dans un contexte différent.
Ascension, c’est un roman d’un certain Ludwig Hohl, un Suisse, un écrivain qui est mort en 1980 et qui a écrit et remanié ce texte à six reprises entre 1916 et 1940. Le texte paraîtra enfin sous sa version définitive en 1975. Ce texte a été plus ou moins oublié et redécouvert par les excellentes éditions Attila, qui font un énorme travail, qui se font plus ou moins une spécialité de déterrer des chefs d’œuvre inconnus. Voilà, ils viennent de ressortir ce texte qui est assez parfait dans son style et son intrigue. Ascension se passe au début du siècle dernier dans les années 20, au cœur des Alpes. Deux alpinistes, l’un aguerri, l’autre assez inexpérimenté, décident de s’attaquer à un glacier. L’un des deux va décider assez vite d’abandonner la partie après une terrible tempête de neige. On va suivre dans la deuxième partie du livre l’ascension solitaire, et un peu foldingue, de l’autre alpiniste, qui veut absolument arriver au sommet de ce glacier, et qui va s’avérer un combat, inégal dès le départ, une métaphore du dépassement de soi, dépassement qui confère un peu à la folie.
On est dans un récit initiatique, on est devant un homme qui veut se surpasser et se mesurer à lui-même et à la montagne, qui a un rôle prédominant. C’est à la fois un hymne à la montagne, à l’ascension, et un récit empreint de terreur face à cet élément naturel que l’auteur a du mal à contrôler, à mesurer aussi. On est face à des éléments monstrueux, que ce soient des tempêtes de neige, des glaciers, tous les dangers qui les guettent. On est face à un bloc totalement inhumain, irrationnel que sont la montagne, les sommets enneigés, que l’homme va vouloir absolument dépasser.
Le thème de ce livre, c’est l’extrême ambition, qui touche à la mégalomanie de l’homme. C’est une métaphore de la soif de performance, de progrès, déjà décelée dans les années 20. On est face à un tableau de l’ambition et de la mégalomanie humaines, qui vont mal se terminer. On est, comme dans La Route, dans un ressort qui tient en deux lignes et nous emmène très très haut. Comme La Route, d’ailleurs, c’est un très court texte, c’est écrit avec énormément de sobriété, de précision, de de concision. C’est un style impeccable, on sent qu’il a été remanié à plusieurs reprises. C’est net, sans fioritures , et ça sonne tout à fait juste.
On est dans les enfers, en hauteur, même si après il y a des descriptions beaucoup plus célestes du glacier. On a toute une palette de nuances de la nature dans des endroits extrêmes, comme les Hautes Alpes.
Petite précision : je parlais du travail de redécouverte des éditions Attila, il faut aussi signaler leur magnifique travail de fabrication du livre, puisqu’on a une couverture absolument sublime avec un rabat transparent qui fait que la couverture est dans des tons très opaques, presque enneigés, avec un dessin de montagne. Le texte est accompagné d’illustrations de Martin tom Dick, qui est très reconnu en tant que dessinateur, notamment aux éditions du Fremok. Ascension, c’est aux éditions Attila, au prix de 15€.
Il faut préciser que les éditions Attila travaillent à chaque fois en binôme avec un dessinateur contemporain...
et qu’ils font aussi une excellente revue, qui brasse également littérature et dessin ou bande dessinée. C’est un travail très haut de gamme ».
Sophie Deltin, Le Matricule des anges, février 2008
Il faut lire la très belle réédition d’Ascension, le chef-d’oeuvre de l’écrivain suisse de langue allemande Ludwig Hohl (1904-1980), une parabole étincelante sur la quête de perfection.
Pour un néophyte, c’est toujours, semble-t-il, une contrainte démoniaque qui pousse l’alpiniste à aller de l’avant, toujours plus loin, en hauteur, donnant d’ailleurs aussitôt à ce genre d’existence obstinément tendue vers un but imprenable, un tragique inouï. " Ainsi celui qui monte ne s’arrête jamais, allant de commencement en commencement par des commencements qui n’ont pas de fin " écrivait Ludwig Hohl, lui-même alpiniste, dans ses Notes ou de la réconciliation non prématurée (L’Age d’homme, 1981).
Dans Ascension, un petit récit tardif, il nous fait pénétrer dans ce paysage héroïque, en escorte de deux alpinistes prêts à gravir une haute montagne au coeur des Alpes. L’air que l’on respire y est aussitôt unique, transparent et vif - un air destiné aux esprits libres, aurait dit Nietzsche que l’écrivain affectionnait tant - mais ce n’est pas seulement l’immensité des monts et la luminosité du ciel, " trop intense pour que l’on parle d’un ciel bleu ", qui empoignent le regard. Il y règne surtout un genre de solitude à part, et son écho démultiplié, le silence, qui intensifie les perceptions et aiguise le caractère. Si Ull et Johann sont tous deux des alpinistes aguerris qui ont choisi l’élan, le risque périlleux contre l’engourdissement dans une vie stable et sécurisée - " Pour m’échapper de prison " s’avouera Ull à lui-même durant son escalade -, très vite pourtant une discordance de rythme surgit entre les deux marcheurs.
C’est que la montagne requiert une douceur spécifique et se refuse à celui qui, à l’instar de Johann avec son piolet, " procède tout en force, comme s’il voulait (lui) donner des coups ". Le corps, chez Hohl, n’est jamais que le baromètre infaillible des humeurs de l’âme, et qui ne peut plus lâcher du lest, toujours plus libre par ses détachements à l’égard de la vie " d’en bas ", ne pourra plus avancer... Comme exercice essentiellement mental, où la fatigue, la peur et le doute doivent céder " sous le dur tranchant de la volonté ", la pratique de la montagne a d’ailleurs ceci de commun avec l’écriture, avec les phrases, qu’elle permet de libérer le ciel intérieur de l’esprit mais exige pour cela de maintenir la pensée en mobilité perpétuelle - que l’on s’y tienne en veille et en tension, par-delà les tâtonnements, les reculs et les reprises. Ludwig Hohl qui est resté toute sa vie en marge de la société, a repris l’écriture de ce récit six fois entre 1915 et 1971 avant de se décider à le publier en 1975 (traduit chez Gallimard, Une ascension), sait mieux que quiconque de quoi il en retourne. Une obstination qui ne passa pas inaperçue au moins chez des auteurs comme Max Frisch et Friedrich Dürrenmatt, totalement subjugués par cette voix solitaire et délibérément à part.
L’" ascension " étant le principe générateur de l’activité des deux protagonistes, leur progression dans l’espace est en outre ce qui donne un mouvement cinétique aux descriptions de Hohl. À la fois lent, dépouillé, dense et ancré dans les choses, le style, d’une pureté adamantine, joue sur la saturation de la nomination et de la visualisation dans les mots. " Le massif est altier, synonyme de triomphe aisé, incontestable. La partie supérieure de ses flancs, revêtue de névés et d’une roche grise, lisse, à l’éclat soyeux, évoque un bouclier, une cuirasse, un ouvrage ciselé en finesse dans l’acier ou l’argent. Et ce long bâtiment montagneux tout entier, se détachant sur le ciel clair, pourrait également rappeler un grand navire, qui ne ferait pas seulement route dans l’océan des terres, mais dans l’éternité "... Ce sont encore des mots, pures concrétions de réel, que l’écrivain taille sur les parois ardues du langage lorsqu’il décrit avec une minutie incroyable, au millimètre près pour ainsi dire, la subtile et méthodique désarticulation du corps, les efforts colossaux pour maintenir l’équilibre de son poids et réussir de bonnes " prises " au-dessus de l’abîme béante...
À travers cette maîtrise aiguë du détail, c’est une forme de sublime qui est proprement atteinte - qui plus est, servie dans une nouvelle édition aussi impeccable que le texte, notamment grâce aux dessins en noir et blanc de Martin Tom Dieck dont la découpe du trait pousse à un extrême glaçant le chaos de lignes brisées, d’arêtes, d’escarpes et de gouffres qui plante le décor de la haute montagne. Dans ce milieu fascinant, la lutte, le corps à corps de l’homme avec " l’arbitraire " des éléments de la nature est parfois inaudible, comme amorti, parfois plus discernable. Ainsi, à lire certains passages, l’on imagine bien le battement précipité du sang (de l’alpiniste et de l’écrivain) quand il est soumis à trop rude épreuve - cette formidable pression de l’air raréfié qui à coups de martèlements dans la poitrine va bientôt pousser Johann à renoncer et à faire demi-tour. Après l’abandon de son coéquipier, Ull dans sa tentative " presque folle " d’affronter seul le glacier, s’oriente définitivement vers la grandeur tragique de l’absurde. D’autant plus que la rage, l’orgueil exaspéré d’atteindre coûte que coûte la cime du glacier, fait place à sa douceur initiale...
Fondé sur l’antithèse et le renversement, le splendide récit de Ludwig Hohl est celui d’une exigence infinie de sens, d’une quête placée sous le signe de l’impossible. À proportion exacte de ce rapport nécessaire à l’impossible que Ludwig Hohl a mené sans relâche avec les mots, il est celui d’un combat pour une vérité que seule la mort, qu’elle soit inéluctable ou absurde, peut résoudre.
C.O.-d.B., Le Point, 10 janvier 2008
Au détour d’une lecture de La Montagne volante, de Christoph Ransmayr, ceci :
UN AUTRE LIVRE AU SOMMET
Si l’écrivain suisse Ludwig Hohl était tombé dans l’oubli - cet abîme -, ce n’est plus pour longtemps. Les éditions Attila rééditent son Ascension (traduction Luc de Goustine, 192 p., 15 €), récrit six fois entre 1916 et 1940, puis publié en 1975. Deux amis partent à l’assaut d’un glacier. Leur amitié va s’y trahir, la montagne enchaîner ces Sisyphe à piolet. La prose est simple, mais d’une poésie tranchante. « Pourquoi faites-vous l’ascension des montagnes ? » « Pour m’échapper de prison. »
Nicole Caligaris, Sitaudis.com, décembre 2007
Ascension, de Ludwig Hohl (1904-1980), traduit de l’allemand par Luc de Goustine, publié chez Gallimard (1980) sous le titre Une ascension, vingt ans indisponible, vient d’être réédité, dans cette même traduction, avec des illustrations de Martin Tom Dieck, par Attila, éditions de la très vivifiante "revue qui met du sang dans son vin". Merci jeunes gens, la vie serait triste sans des types comme vous. Ascension, bref mais grand roman de montagne — le seul ? — est le récit d’une dernière course. L’homme qui projette sa vie, l’homme patron de son sort et relié à un but, entraîne vers un sommet à prendre son ami sans but, lui, hésitant, homme qui renonce et qui renonce d’avance, terrifié. Évidemment c’est la montagne la maîtresse du sort et du terme de chacun et il faut croire que la montagne reconnaît l’abandon comme une décision. Il faut croire que le ne pas pouvoir est digne d’un ne pas vouloir et même d’un ne vouloir pas. Je n’oublie pas ce que cette remarque représente pour ceux qui se trouvent aux prises quotidiennes avec des organisations larvairement autoritaires et réellement oppressives. Je n’oublie pas non plus que ce qui fait la grandeur d’un roman c’est ce qu’il a de litttérature dans le ventre et sous la peau. Je trouve dans Ascension, commencé en 1926, écrit six fois, déposé trente ans et repris encore avant sa publication en 1975, une méditation sur la force littéraire et le chaotique tracé d’une voie vers le livre. "Car le glacier n’a pas été "haché" seulement d’en haut ; de profil aussi, il a été réparti en toutes sortes d’antres, de salles, de niveaux ; semblable aux fondations, profondes de plusieurs étages, d’une usine écroulée ; si, par miracle, on pouvait un instant percer les ténèbres de cette substruction, la vue qui s’offrirait rappellerait certaines œuvres d’un Piranèse."
Illustré par Martin tom Dieck
192 pages, 20 dessins
Traduction de Luc de Goustine
12,5 x 20 cm
ISBN : 978-2-917084-02-1

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