Michel Warschawski
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À tombeau ouvert

Michel Warschawski

Éditeur : La fabrique

Prix : 13 euros
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À tombeau ouvert--Michel Warschawski

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« Élégance austère et verbe réquisitoire. L’essayiste Michel Warschavski continue de dénoncer l’impasse de la société israélienne, gagnée par le militarisme, dévorée par la paranoïa. Forte voix de la gauche radicale israélienne, il se veut briseur de frontières, de Jérusalem à Porto Alegre. (...) Dénonciateur implacable de la brutalité israélienne, acteur du conflit, Warschavski est aussi un portraitiste inquiet, le témoin d’insondables peurs communes. »

Les Inrockuptibles, avril 2003, Jade Lindgaard

À propos de Michel Warschawski

Michel Warschawski, né en 1949 à Strasbourg dans une famille juive orthodoxe, est depuis l’âge de 18 ans un militant israélien pour la paix et contre l’occupation. Il a participé en 1982 à la fondation de Yesh Gvoul, mouvement des réservistes qui refusaient de servir dans la guerre du Liban. Il a été emprisonné trois fois pour cette raison. En 1984 il a fondé l’Alternative Information Center (AIC) qu’il a dirigé jusqu’en 1999 et qui lutte contre la désinformation en Israël sur la question palestienne. Il a été condamné à 30 mois de prison en 1989 pour "soutien d’organisations palestiniennes illégales". Il a été libéré au bout de 8 mois. Il a récemment publié Le Défi binational (Textuel, 2001) et Sur la frontière (Stock, 2002).

Le livre

Avril 2002 : l’occupation du camp de réfugiés de Jénine donne lieu à une explosion de brutalité qui marque un tournant dans les normes de conduite de l’armée israélienne et du gouvernement qui lui donne ses ordres : assassinats d’hommes désarmés, destructions systématiques de maisons sur leurs habitants, utilisation de jeunes Palestiniens comme boucliers humains, interdiction aux ambulances de venir secourir des blessés. Sans parler du vandalisme systématique et de la multiplication des actes de pillage.

Quelques semaines plus tôt, on pouvait voir des soldats israéliens faire courir devant eux des Palestiniens à moitié nus, d’autres marquer leurs prisonniers avec un numéro sur le bras. La presse israélienne faisait même état d’un officier supérieur qui appelait à étudier les tactiques appliquées par la Wehrmacht pour écraser l’insurrection de Varsovie. Quelque chose a craqué dans la société israélienne, en profondeur : une nouvelle mentalité, de nouvelles normes comportementales et morales se sont fait jour. Une nouvelle politique aussi, et une armée dont la composition et les méthodes ont radicalement changé. Ce changement, on peut le dater : fin juillet 2000, avec le fiasco du sommet de Camp David, et les ravages provoqués par le Grand Mensonge d’Ehoud Barak : « les Palestiniens ont refusé nos offres généreuses ; la preuve est faite qu’ils n’ont jamais renoncé à leur objectif intial : détruire l’État d’Israël ». La société israélienne se persuade que son existence même est menacée. Et tout est permis pour se défendre : on a le droit de tuer, de torturer, de détruire des quartiers entiers, de bombarder des zones d’habitations civiles.

Quand on mène une guerre de survie, il faut aussi s’en donner les moyens en termes de mobilisation citoyenne et de protection face au « danger intérieur ». Une véritable révolution nationale est donc en cours, à travers les changements structurels entrepris par le ministère de l’Éducation nationale, les médias de plus en plus enrégimentés et une Cour suprême qui remet en question certaines de ses propres jurisprudences en faveur des libertés individuelles. Particulièrement préoccupante est la volonté de « remettre à sa place » la minorité palestinienne d’Israël, par une législation visant à réinstitutionaliser leur enfermement en ghetto et à interdire toute forme d’expression politique qui ne serait pas conforme aux « priorités nationales ». Les vingt ans de libéralisation et de normalisation qu’a connus la sociéte israélienne après l’invasion du Liban en 1982 sont bel et bien révolus. L’intégrisme militariste et le colonialisme messianiste ont triomphé des partisans de la paix. Israël ne croit plus à la paix, Israël ne veut plus croire à la coexistence et semble avoir fait le choix du conflit total avec le monde arabo-musulman, quel qu’en soit le prix. Comment un tournant aussi extrême, avec des implications aussi graves, a t-il pu se produire si rapidement ? On a sans doute exagéré les ruptures internes à la société israélienne pendant les années 1980 et 1990 : les racines du mal actuel étaient déjà là, même pendant la période du « processus de paix ». Trois facteurs principaux peuvent expliquer pourquoi Israël a fait, le choix de la guerre totale : 1) le poids de la peur dans la culture israélienne, entretenue par les machines de formation idéologique mais aussi liée à l’histoire du génocide dont les effets sont encore omniprésents ; 2) la mentalité coloniale dont même les pacifistes israéliens ont de la peine à se débarrasser dans leurs relations avec les Palestiniens, ce qui explique l’incapacité de négocier une paix fondée sur l’égalité et la réciprocité ; 3) la mentalité tribale : confrontée au choix entre réconciliation avec les Arabes ou réconciliation nationale, la grande majorité des Israéliens préfèrent perdre la paix pour garantir l’union nationale.

Le choix d’un ghetto armé et dépendant totalement des États-Unis est un choix suicidaire où la société israélienne risque, après avoir tout détruit sur son passage, de se précipiter droit dans le mur, comme Samson dans sa guerre face aux Philistins.


128 pages
Parution : mars 2003
ISBN : 2-913372-26-0

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