Accueil Passage du Nord-Ouest

GENS DE GLASGOW, les Histoires maigres dans Le Monde des livres (22/02/08)



LE MONDE DES LIVRES Vendredi 22 février 2008

GENS DE GLASGOW Une génération d’écrivains écossais s’attaque à la violence des réalités sociales

De la littérature écossaise, on connaissait déjà Walter Scott, Robert Louis Stevenson, Robert Burns, et, pour les années 1920, le poète Hugh MacDiarmid... Voici quelques années, une poignée d’écrivains, alliant l’anglais à la langue dialectale, faisaient passer un petit souffle frais sur le paysage des lettres, et même un vent de révolte. A commencer par Irvine Welsh, l’auteur de Trainspotting (1993), l’histoire d’un groupe de jeunes toxicomanes, qui fut portée à l’écran, causa quelques remous et mit l’Ecosse à l’ordre du jour. Peu après, on traduisit les livres d’Alan Warner, James Kelman, Alasdair Gray et, plus récemment, ceux d’Andrew O’Hagan, Al Kennedy, John Burnside, Ron Butlin... Il fut même question d’une "école de Glasgow", coupée délibérément de tout passé littéraire, se donnant pour tâche de décrire la réalité sociale de l’Ecosse contemporaine - immeubles sinistrés, usines en déshérence, chômage -, introduisant de surcroît dans les rythmes lisses de l’anglais classique celui des langues gaéliques comme le parler rugueux du dialecte : un acte révolutionnaire, une forme de protestation politique. Alan Warner (l’auteur de Morvern Callar) comme son aîné James Kelman (Le Poinçonneur Hines) soutenaient "l’hypothèse de l’égalité linguistique" : toutes les langues se valent, il n’existe ni règle fixe ni point de référence unique ; le système politique central est refusé comme est rejetée Londres, capitale culturelle. Sur fond de révolte et de sinistrose, "l’école de Glasgow" était née, avec ses thèmes, son langage et même son pape : Alasdair Gray, peintre, dramaturge et romancier, l’auteur d’un roman-culte de six cents pages, complexe, touffu et ambitieux, Lanark, une vie en quatre livres, situé entre la science-fiction, l’utopie et l’allégorie. C’est à la fois une épopée visionnaire (Unthank est une métropole privée de la lumière du jour, assez semblable à Glasgow) et un roman d’initiation réaliste, puisque l’itinéraire de Duncan Thaw ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de l’auteur. "Aucun manifeste ne nous a jamais unis et nous ne nous sommes jamais considérés comme un groupe littéraire...", a déclaré Gray. Seuls les lient le lieu et la révolte. Certaine violence aussi : celle du langage "qui tord la langue anglaise, renouvelle son rythme et son vocabulaire", et puis celle, physique et sociale, qu’endurent les personnages de ces romans : une expérience massive, fort éloignée des rapports plus feutrés décrits par les écrivains anglo-saxons de la middle-class. CLIMAT ÉTRANGE Une violence qui instaure un climat étrange, à la lisière du fantastique, et relie les écrivains publiés aujourd’hui. A commencer par James Kelman, Alasdair Gray et Agnes Owen, dont les nouvelles sont regroupées dans ces Histoires maigres : "histoires" comme "bobards", et "maigres" au sens de "dégraissé", explique la traductrice, Catherine Bernard. Personnages au bout du rouleau, dépossédés d’eux-mêmes, au bord de la folie, telle Arabella (Agnes Owen) qui promène quatre chiens dans un vieux landau, ses enfants chéris, et garde chez elle dans un grand tonneau un liquide visqueux et nauséabond, appelé "potion magique", où elle finira par plonger l’inspecteur sanitaire, un homme maigrelet, bon pour la mort, de toute façon. "L’Histoire d’un reclus", d’Alasdair Gray, donne une fin à un récit inachevé de Stevenson. Située à la lisière du fantastique, dans cette zone intermédiaire où s’impose constamment une double interprétation des faits, elle s’apparente, par cette oscillation, au beau roman de John Burnside, Les Empreintes du diable. Quelles sont donc ces empreintes dans la neige - "des traces nettes, noir d’encre, laissées par quelque créature aux pieds fourchus" ? Est-ce le diable qui inspire les habitants de Codhaven, cette petite communauté perdue où s’est retiré le père du narrateur, épris de lumière, de la mer, du vent, détaché de tout le reste, après que sa femme fut tuée dans un accident suspect ? Est-ce le diable, cette "chose" croisée dans les champs, qui pouvait suivre les pêcheurs, s’installer en eux et qui ressurgissait sans cesse, bien qu’on l’ait enterrée ? Le diable ou pire encore : la possession ? Et alors, Malcolm Kennedy fut-il possédé, qui tourmenta impitoyablement Michael, le narrateur dans son enfance ? Violence insidieuse qui hante les personnages et, parfois, explose. Violence éruptive ponctuée de meurtres et de scènes de sado-masochisme dans Appartenance, qui se déroule sur fond d’apocalypse, le monde sombrant "dans le terrorisme grâce à Bush et à Blair". Dans un tel contexte, les essais du couple constitué par Jack, sans vocation particulière, et Anna, tout aussi paumée que lui, semblent voués à l’échec, d’autant plus que tous deux ont à compter avec de sérieuses fêlures personnelles... Et, tout de même, dans chacun de ces livres, une touche d’humour, voire de comique, et le sens de la dérision. Christine Jordis

HISTOIRES MAIGRES d’Alasdair Gray, James Kelman et Agnes Owen. Traduit de l’anglais (Ecosse) par Catherine Richard, préface de Fabrice Lardreau. Ed. Passage du Nord-Ouest, 292 p., 19 €. APPARTENANCE de Ron Butlin. Traduit de l’anglais (Ecosse) par Brice Matthieussent. Stock, 276 p., 20 €. LES EMPREINTES DU DIABLE de John Burnside. Traduit de l’anglais (Ecosse) par Catherine Richard. Ed. Métailié, 218 p., 18 €.

Lekti-ecriture.com, acheter vos livres en toute sécurité

Paiement en ligne sécurisé

 -
Lekti-ecriture.com travaille avec la librairie Clair-Obscur, librairie indépendante française.

Vous achetez vos livres au sein d'une interface sécurisée, et vous les recevez rapidement (envois effectués sous 24 à 48 heures). Vous pouvez, au choix, payer les livres commandés par Carte Bancaire, chèque, virement bancaire, ou mandat Cash. Les envois sont effectués par la librairie en France et partout dans le monde.* Les frais de port sont offerts à partir de 25 euros en France métropolitaine.

Pour tout renseignement complémentaire, contact@lekti-ecriture.com.

En savoir plus sur la librairie Clair-Obscur, les délais de livraison et disponibilités, la sécurité et la confidentialité, consulter les conditions générales de vente.

Première visite Votre compteVotre panier
Les autres composantes de Lekti-ecriture.com : Contre-feux, revue littéraire || La librairie Lekti-ecriture.com || Le bloc-notes || La bibliothèque sonore
Syndiquer Les espaces de l'édition indépendante