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Rome, Regards : un extrait

Rolf Dieter Brinkmann

jeudi 4 septembre 2008

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[…] Des attentes interminables aux endroits publics, pour les timbres, les taxis, les choses ordinaires, des poulets rôtissent dans l’air gris plombé de rues étroites, des soldats sont assis à l’extérieur des cafés le nez sous les pots d’échappement et ont le regard vide, la grimacerie permanente du tempérament méditerranéen, mais les yeux regardent fixement, il faut se concentrer pour le remarquer, des poufiasses banales contaminées par les magazines de mode, fagotées à l’as de pique et mochetés de Demi-Monde, répugnant, ce grattage éhonté des couilles sur la voie publique de messieurs qui ondulent du cul et ce mélange typique de requiem-pop-slumky des jeunes des grandes villes, ça les démange et ça se gratte et ça se réajuste les bijoux de famille dans les pantalons trop serrés, des vendeurs de marrons ridés aux coins des rues, enveloppant les marrons chauds dans les pages arrachées d’un vieil annuaire, cohue et tumulte sauvages dans des artères poussiéreuses, mais le ciel est très haut et limpide et les couchers de soleil flamboyants à cause de la proximité de la mer, des Américaines à l’instar des faux billets de cinquante, puant le parfum, piaillent à l’aise, on les trouve partout, comme les Allemands, des yeux à fleur de tête rougeaude et bien en chair à la descente des cars de tourisme, des bus bourrés de retraités allemands, de diabétiques, de malades de l’estomac, de rentières qui ont mal aux jambes, le regard médusé à travers les vitres, des vieillards de jardinets bourlinguent en Sight-Seeing-Tour à bord des cars, les yeux écarquillés, des marchands ambulants proposent des briquets de pacotille et des cartes postales, dimanche après-midi, alors que je faisais ma première promenade et regardais les maisons carrées, délabrées, peintes en sang- de-bœuf ou jaune sale, je me disais:je marche dans un rêve effondré et au même instant mon pied écrasa une merde de chien, quelques pas plus loin, un carreau près de l’entrée d’une villa avec l’antique cabot qui aboie et le Cave Canem. L’inscription sur les couvercles des bouches d’égout SPQR est parfaitement adéquate. Vers 6 heures, les sifflements aigus des agents de la circulation à tous les coins de rues. Des coups d’œil par les soupiraux, où ça fait restaurant et tailleur. Puis les piaillements stridents des femmes italiennes, des scènes dans les rues, qui s’avèrent être pour les sens et les émotions un film d’horreur en non-stop. « En Arcadie, moi aussi ! », Goethe. […]

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