« Ce n'est pas ce qui est, mais ce qui pourrait et devrait être, qui a besoin de nous »
Cornelius Castoriadis
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Littérature allemande contemporaine
lundi 26 mars 2007, par Quidam éditeur
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Afin que les lecteurs francophones puissent découvrir avec plus de facilité l’œuvre de Reinhard Jirgl, dont le premier livre traduit en français vient de paraître aux éditions Quidam, nous proposons un rapide survol bio-bibliographique de Reinhard Jirgl.
Ce texte a été préparé par les éditions Quidam.
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Né à Berlin-Est en 1953, Reinhard Jirgl compte parmi les grands romanciers contemporains allemands. Après une enfance passée dans une bourgade de l’Altmark auprès des grands-parents, il retrouve ses parents à Berlin, où il suit une formation d’électromécanicien. Il décroche le baccalauréat en s’inscrivant à des cours du soir. Étudiant à l’Université Humboldt, il obtient le diplôme d’ingénieur en électrotechnique en 1975. Les premiers textes datent de cette période. Entre 1978 et 1995, il travaille comme éclairagiste au Berliner Volksbühne et décide à partir de 1996 de vivre de sa plume. Il réside toujours à Berlin, où il continue d’explorer ses souvenirs et les affres contemporaines, car sombre est la couleur du monde de Reinhard Jirgl, une teinte sans aucun doute proche du réel, du palpable, dans des narrations déplacées dans le temps, anachroniques, jamais linéaires.
Le foisonnement et la reconnaissance littéraires seront régulièrement au rendez-vous après la chute du Mur pour ce passionné des mots, longtemps condamné au silence par les censeurs de son pays. Les critiques tenteront d’établir des parallèles, des comparatifs. Certains y verront un descendant d’Alfred Döblin pour le choix des sujets (la ville, le milieu, la criminalité), à la différence que Jirgl renonce aux commentaires moralisateurs sur la violence. Pour avoir fréquenter les cercles proches de Heiner Müller ou Christa Wolf, il ne s’en démarquera pas moins par la création/invention d’un univers jirgléen. On le citera au même titre que Wolfgang Hilbig, sauf que Jirgl choisira de ne pas quitter la RDA. D’autres le mesureront avec raison à l’aune d’un Arno Schmidt, dont Jirgl ne contestera jamais l’influence, hormis qu’il poussera la langue et sa manifestation graphique par l’orthographe et la ponctuation vers une matérialisation à la fois visuelle et sensorielle, la hissant à un niveau sémantique non conventionnel, troublant au premier abord l’œil non averti, puis absorbant le lecteur dans la succession des couches narratives si caractéristiques de l’œuvre de Reinhard Jirgl.
L’éditeur Carl Hanser publie ses œuvres depuis 1995. Des œuvres réputées difficiles, tant par leur contenu que par leur forme. Jirgl s’intéresse à la destruction, la peur, la haine, l’horreur, le désir agressif, les fantaisies du Pouvoir, les meurtres.
Pour avoir grandi à l’ombre du Rideau de Fer, il sait quelle brutalité a produit ce socialisme-là, comment il a réduit le niveau psychique des gens, les ravalant presque à l’état de bêtes. « Keveutu, ici, c’est la zone-Est : la lente métamorphose des hommes en trous du cul » met-il dans la bouche de l’un de ses personnages. C’est dans cet Est-là qu’il a rongé son frein, qu’il a mis ses mots sous verre, qu’il a persisté à écrire des textes rejetés par la censure car non conformes à l’idéologie marxiste. Son premier roman « Mutter Vater Roman », rédigé dès 1983, ne sera publié qu’en 1990. Cette œuvre contient en gestation toutes celles qu’il écrira ultérieurement.
Des textes où les personnages ne cessent de brasser leurs pensées, chaque scène, chaque page s’articulant vers une tension extrême. Les descriptions frappent par leur netteté brutale, les images s’engrangent en d’heureuses trouvailles, les réflexions des protagonistes rivalisent de précision et percutent l’univers bien ordonné du lecteur. Le style s’élève ici vers des sommets rarement atteints par l’écrit, car Jirgl prend la langue au sérieux. La narration en strates donne son épaisseur à la prose, l’éclairage sous des angles différents autorise les facettes démultipliées, la densification du texte prend forme grâce au recours d’une typographie et d’une orthographe où Jirgl introduit à dessein d’autres systèmes symboliques pour toucher à l’essentiel, dans le but que l’idiome devienne langue physique, langue érotique, langue sensuelle pour captiver le liseur et le préserver d’un glissement furtif sur le texte ou d’une passivité devant les images que ce dernier suggère.
« Je n’étais plus en quête d’un discours lisse et uni comme une voûte, je recherchais le bégaiement, les à-coups dans la langue, le son 1nique, l’1nicité des images ».
L’écriture de Reinhard Jirgl provoque le rejet d’un lectorat trop pressé d’ingurgiter une littérature stéréotypée, servie dans des cornets toujours identiques, que l’on consomme pour consommer. Alors, que ceux-là passent leurs chemins. Ils trouveront toujours de quoi remplir leur panse d’une nourriture prédigérée et pernicieuse. Quelques happy few dresseront la table où ils convieront les mots et se régaleront en tête-à-tête. Ils seront les commensaux d’un invité de marque, plein d’égards et de prévenance sous des apparences un peu rustres, un peu déstabilisantes.
Cet invité est suffisamment rare pour être précieux. Derrière l’écriture innovatrice se terre un écrivain de qualité, qui sait faire parler la langue en mêlant poésie, narration en hiatus, dialogues vivaces et réalité historique, bousculant le rythme de la lecture pour imposer de retrouver un souffle nouveau.
Jusqu’à ce jour, aucune de ses créations littéraires n’avait été traduite en français.
Prix et bourses attribués à Reinhard Jirgl :
1991 – Anna Seghers-Stipendium, 1993 – Alfred-Döblin Preis, 1994 – Marburger Literaturpreis, 1995 – Stipendium des Berliner Kultursenats, 1998 – Johannes-Bobrowski-Medaille zum Berliner Literaturpreis, 1999 – Josef-Breitenbach-Preis, 2003 – Kranichsteiner Literaturpreis, 2003 – Rheingau Literatur Preis, 2004 – Dedalus-Preis für Neue Literatur, 2004 – Arno-Schmidt Stipendium 2005/2006, 2004 – Eugen Viehof-Ehrengabe der Deutschen Schillerstiftung von 1859, 2006 – Bremer Literaturpreis der Rudolf-Alexander-Schröder-Stiftung,
Œuvres de Reinhard Jirgl
Mutter Vater Roman, Uberich. Protokollkomödie in den Tod (1990), Im offenen Meer (1991), Das obszöne Gebet. Totenbuch (1993), Abschied von den Feinden (1997), Hundsnächte (1997), Die atlantische Mauer (2000), Genealogie des Tötens (2002), Les Inachevés (Die Unvollendeten) (2003), Abtrünnig. Roman aus der nervösen Zeit (2005).
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