« Ce n'est pas ce qui est, mais ce qui pourrait et devrait être, qui a besoin de nous »
Cornelius Castoriadis
Engagements et polémiques
jeudi 13 mars 2003, par Dick Reader
Qu’en est-il exactement du milieu éditorial français ? Il vit une des heures les plus sombres de son histoire littéraire. Le petit monde fermé des lettres - car la publication annuelle foisonnante d’ouvrages variés ne signifie en rien qu’il y ait dans cet univers parallèle-là une réelle volonté d’ouverture - vit en autosuffisance, financé par des grands groupes qui spéculent sur le livre sans passion, sans amour des belles lettres, mais avec une réelle volonté de main-mise sur un pouvoir médiatique de plus. Un pouvoir bien commode pour faire passer ses idées. Un domaine qu’il convient de contrôler pour tout grand groupe qui se respecte.
Un livre aujourd’hui n’existe que par la presse même si l’audiovisuel fait vendre plus que le papier. Les lecteurs ont acquis des réflexes marketing, les prescripteurs s’appellent Ardisson, Pivot ou Durand. Leurs horizons d’ attente principales sont l’auteur à la mode, le livre du moment, l’ouvrage pseudo censuré, le prix littéraire qu’il faut avoir chez soi pour pavaner dans les salons.
Publier un livre aujourd’hui, c’est très simple si l’auteur a un nom en dehors de la littérature, les proposition pleuvront, les avaloirs aussi. Animateurs de télé, acteurs, lofteurs, serial killer en sortie de prison, femmes de célébrité, victime médiatique d’un fait divers sont des valeurs sûres pour les grands éditeurs parisiens. Le milieu est corrompu. Frédéric Beigbeder l’a tué par la pertinence de son 99 francs, en dénonçant, à sa manière le marketing du livre, il n’a fait qu’amplifier le phénomène. Chaque petit auteur moyen s’imagine pouvoir faire son coup éditorial, peu d’ écrivains sont à la recherche véritable d’un sens littéraire.
Non seulement on ne fait rien valoriser pour la plume, le talent mais au contraire on en a peur. C’est le triomphe du médiocre qui ne dérange pas les « écrivains journalistes » de la place de Paris, de l’admirateur, celui qui n’a pas d’ambition personnelle.. L’audace, l’originalité sont balayés par la jalousie, le copinage intempestif et les calculs pour le futur. Jadis le berceau des hommes de gauche, depuis quelques années, on assiste à une droitisation de la fine fleur littéraire. Exit les militants gouvernés par de belles idées sociales, depuis Houellebecq, Dantec, Muray, Camus et les autres, les nouveaux réactionnaires ont la côte et tissent leurs toiles, injectent leurs écrits et leurs articles de propos intolérables.
La démocratie littéraire est en grand danger, il faudrait bien retrousser ses manches et se battre si on ne veut pas que ce monde séculaire se dirige béatement vers une sordide dictature idéologique qui se servirait de ce milieu pour gangrener nos consciences. Le mal est là, bel et bien profond et nécessite toute notre attention participative.
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