« Ce n'est pas ce qui est, mais ce qui pourrait et devrait être, qui a besoin de nous »
Cornelius Castoriadis
lundi 29 mai 2006, par Jean Richard
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Jean Richard, directeur des éditions d’En Bas à Lausanne (Suisse), a préparé cette intervention à l’occasion de la Rencontre internationale organisée par l’Union latine, l’Alliance des éditeurs indépendants et le Centre régional pour le développement du livre en Amérique latine et dans les Caraïbes (CERLALC), sous le patronage de l’Unesco, Foire Internationale du Livre de Guadalajara, Mexique - 27, 28 et 29 novembre 2005.
Nous remercions Jean Richard de rendre ce texte disponible à la lecture, pour les internautes, sur lekti-ecriture.com.
En 2000, les Éditions Zed Books à Londres lancent une collection de livre de sciences humaines, Global Issues Series for a Changing World, destinée à explorer de manière critique les mécanismes et les effets de la mondialisation, et à envisager des possibilités d’y répondre de manière appropriée. Elle inaugure une politique éditoriale cohérente fondée sur la multiplication de partenariats soit éditoriaux soit de diffusion/distribution. Cette collection a ainsi connu un essor important dans le monde anglo-saxon outre l’Angleterre, aux Etats-Unis, en Australie et en Nouvelle-Zélande, en Asie, et en Afrique.
« Les livres participent à la construction de soi et du monde : ils doivent circuler librement. Pourtant, la logique financière imposée par la concentration des grands groupes éditoriaux entrave leur circulation. Des “éditeurs indépendants”, farouchement attachés à leurs rêves et à leur liberté, se sont réunis pour inventer le “livre équitable”. Un livre édité solidairement et dont le prix de vente est adapté au pouvoir d’achat de chaque pays. Il devient alors accessible ici, là-bas, parterre, en rayon, dans les poches et les sacs des unes et des autres. »
Ce texte publié en quatrième de couverture du livre d’Aminata Sow Fall, Festins de la détresse [2], - premier livre d’une collection littéraire intitulée terres d’écritures, lancée au Salon africain du livre dans le cadre du Salon du livre de Genève en 2005 - résume bien la politique éditoriale de la version francophone de la collection Global Issues : la collection Enjeux Planète conçue en 2000 (sur l’initiative de Robert Molteno de Zed Books), définie en 2001 et lancée en 2002, dans le cadre du « réseau » francophone de l’Alliance des éditeurs indépendants, par douze éditeurs (cette collection compte 9 titres actuellement). Avec la publication du livre de Vandana Shiva, La vie n’est pas une marchandise, en 2004, le logo ou le label « Le livre équitable » apparaît pour la première fois sur la couverture. Ce label ne tombe pas du ciel : il est l’aboutissement d’une pensée en action autour et à partir, d’une part, de l’analyse des transformations du monde du livre et, d’autre part, de pratiques solidaires de mutualisation dans le domaine de l’édition.
L’expression « Le livre équitable » se traduit ainsi par :
1. Un principe : la libre circulation des biens culturels dont font partie les livres et le libre accès aux livres conjugués à la liberté d’expression et à la promotion de la diversité de ces biens culturels (la « bibliodiversité » en ce qui concerne les livres) ;
2. Un constat analytique et archéologique (au sens de Michel Foucault) : les entraves et les barrières à la libre circulation des livres sont nombreuses, mais toutes fondées sur deux nouveaux totalitarismes étroitement liés - n’ayons pas peur des mots car leurs visées sont bien celle d’un contrôle total. Le totalitarisme de l’économie (l’économisme, la marchandisation du monde) dont les instruments sont la libéralisation, la déréglementation et la restructuration des marchés du livre ainsi que la mainmise ou recolonisation de ces marchés, la concentration horizontale et/ou verticale des entreprises opérant sur ces marchés, la non-application des conventions internationales garantissant la libre circulation des biens culturels, l’expropriation des biens culturels ; et le totalitarisme diffus, normalisé, mais ô combien efficace, du contrôle de la pensée, de sa sujétion et de sa diffusion, autant de la part des États que des entreprises multinationales (André Schiffrin [3] ; Maurice Born [4]) ;
3. Des politiques d’édition indépendante et solidaire : il s’agit d’une lutte politique et sociale fondée sur l’indépendance (l’autonomie) et le libre choix des éditeurs, qui décident de s’associer en des « communautés » pour mettre en œuvre des politiques éditoriales solidaires, équitables et responsables, pour mutualiser leurs ressources et leurs savoir-faire, à partir de « pactes », « d’engagements mutuels », et « d’accords pratiques réciproques [5] ».
Première remarque. l’Alliance des éditeurs indépendants n’est pas un simple assemblage de « réseaux » linguistiques ayant des intérêts en commun, style GIE (Groupement d’intérêts économiques). La métaphore horizontale et spatiale du « réseau » est trop restrictive et technocratique. Tout le monde en use et abuse. L’Alliance tend plutôt vers la constitution de communautés irriguées par la mise en commun - la mise à l’épreuve - de valeurs et de pratiques librement choisies dans le monde du livre : c’est en cela qu’elle tend à répondre au mieux au souhait d’André Schiffrin qu’un « groupe d’éditeurs à travers le monde » s’attaque « aux très graves problèmes du livre » en cherchant « à cerner les vraies questions et à y apporter des réponses [ André Schiffrin, ibid., p. 92.]] » .
Deuxième remarque. Le label, le logo, « Le livre équitable » est avant tout un label de solidarité. Il est évidemment énoncé par analogie au label du commerce équitable, mais soyons attentifs car il participe ainsi aux éléments discursifs de plus en plus répandus et appropriés par des acteurs de tout bord : ONG, gouvernements, instances internationales, fondations, entreprises privées, etc. C’est une véritable cacophonie qui s’égrène selon des déclinaisons diverses : « le développement durable », « le commerce éthique », « l’économie à visage humain », ou « l’économie solidaire ». Ces expressions se trouvent prises dans les rets des discours concernant les rapports socio-économiques « Nord-Sud », eux-mêmes enchâssés dans le cadre général de ce que l’on continue d’appeler les programmes de « développement ». Méfions-nous des oxymores de ce genre qui mythologise les pratiques économiques pour mieux cacher leurs effets déstructurants et dévastateurs sur les communautés humaines [6].
L’économisme
L’économisme a envahi le monde du livre sous toutes ses formes - il constitue la barrière et la menace la plus grave pour le libre accès au livre. Il veut nous faire croire que tout se traduit en terme d’échanges économiques, en termes de coûts, en termes de produits, de « marché », de concurrence - une approche réductrice, réifiante, fétichiste en fin de compte. Même si l’édition et la diffusion de livres constituent effectivement une activité économique, cette dimension s’articule à d’autres aspects constitutifs du livre : la culture et la formation, le social et la politique (des échanges d’un autre ordre) - en tout cas dans les sociétés où la lecture et l’écrit sont dominants. Cette constitution multiple plaide pour une approche économique spécifique du livre et de sa circulation qui intègre tous ses facteurs (Françoise Benhamou [7]).
Nous assistons depuis quelques années à la concentration et à la restructuration, à la rationalisation, à la déréglementation et à la libéralisation économique de la chaîne du livre sur le plan horizontal (entreprises du même type : éditions, diffusion/distribution, groupe de librairies) et sur le plan vertical (intégration de la chaîne du livre dans une seule entreprise), ainsi qu’à l’inclusion de la chaîne du livre dans des multinationales multimédias - ceci autant au niveau d’un pays qu’au niveau transnational. Ce mouvement a fait basculer l’univers du livre de la dimension de la création à celui de la gestion, de celui de l’innovation - qui est de l’ordre de l’offre - au formatage de la demande, il a renversé les priorités entre la politique éditoriale et la rationalité économique. Le principe de la péréquation financière (par exemple, entre les livres à rotation rapide et ceux à rotation lente) est remplacé par une rentabilisation sectorielle ou à l’unité. Au final, on en arrive à concevoir que l’édition puisse se faire « sans éditeurs » (André Schiffrin [8]).
Les conséquences de cette lame de fond sont multiples et ont toutes des effets négatifs sur la diversité culturelle, sur la bibliodiversité :
Les auteurs et les textes.
L’uniformisation et la standardisation des livres, leur annexion à des processus de marketing associés à des produits dérivés. La surproduction d’ouvrages et le gaspillage écologique qui s’ensuit. L’innovation et la création, gage de diversité, sont alors reléguées dans les marges, les limes, pour souvent être récupérées (rachats d’auteurs). Dans le domaine scolaire, surtout en Afrique et dans les pays de l’Europe de l’Est, les multinationales occidentales de l’édition vont procéder à des « glocalisations » : à partir de leurs bases de données dans le domaine de la formation (textes, images, audio), elles recrutent des équipes d’enseignants locaux et « localisent », contextualisent, adaptent, les textes en privilégiant évidemment les textes en langue étrangère (en Afrique, le français). L’entrée sur le marché du livre scolaire, sous la forme d’appels d’offre internationaux (politique de la Banque mondiale), est souvent trop coûteuse pour de petites maisons d’éditions indépendantes. Par ailleurs, un processus d’expropriation culturelle se met en place. Par exemple, un certain nombre d’auteur-e-s africain-e-s sont publiés dans le Nord sans contreparties dans le Sud : peu de coéditions, de coproductions et/ou de ventes de droits ; à l’import les prix des livres sont inaccessibles au lectorat des pays du Sud.
Les maisons d’éditions.
La disparition de maisons d’éditions indépendantes et la modification de leurs catalogues, de leurs patrimoines. Par exemple en Afrique ou en Europe de l’Est, des groupes d’éditions occidentaux vont racheter des maisons d’éditions ou s’implanter et fragiliser les structures éditoriales locales, afin de rafler le marché du livre scolaire avec l’aide des programmes scolaires de la Banque mondiale ou des gouvernements occidentaux.
Les librairies.
La disparition de librairies indépendantes soit par l’absorption dans des chaînes de librairie où les principes de la rentabilité dominent - cela a un effet sur les éditeurs indépendants car ces chaînes indépendantes exigent parfois un seuil de chiffre d’affaires trop élevé (cf. le cas de Zed Books en Angleterre) ; soit, lorsque les marchés sont libéralisés et déréglementés, par une stratégie de terre brûlée : prix discountés, concurrence sur les best-sellers. Le nombre de points d’accès culturel au livre que sont les librairies sont aussi un gage de diversité.
La distribution.
Le développement de mastodontes de la distribution - la logistique concernant le livre est lourde - écarte les petites structures éditoriales peu rentables. Les flux Nord-Sud de livres (centre-périphérie) sont déséquilibrés. Les pays du Sud sont prétérités à double titre : accès quai impossibles aux marchés du livre des pays du Nord et, lorsque les livres sont exportés, prix prohibitifs à l’import (malgré les aides gouvernementales occidentales à l’export pour baisser ces prix et à la promotion de leur propre ).
Une nouvelle colonisation du monde et des peuples
Quitte à paraître anachronique, l’on peut affirmer que la conjugaison de tous ces facteurs constitue, dans le monde du livre et ailleurs, un nouveau colonialisme du monde : assujettir toute espace de quelque ordre qu’il soit, telle est la visée du pouvoir économique à notre époque.
L’usage de l’appellation « Le livre équitable » est une démarche nécessaire, car elle inscrit de manière visible dans le paysage éditorial un acte de résistance et de rupture par rapport aux pratiques courantes et constitue une réponse modeste mais adaptée aux enjeux et défis de la chaîne du livre. La pratique du « livre équitable » s’écarte du processus normatif lourd et coûteux de certification - au demeurant le plus souvent géré par des partenaires du Nord - propre au « commerce équitable » dans d’autres domaines. Elle trouve sa légitimité dans une démarche politique de démocratie participative et associative.
L’assiette et les conditions du marché du livre d’un pays ou d’une zone linguistique sont déterminantes pour rendre possible ou viable un projet éditorial. Dans le monde francophone, la marginalisation des zones « périphériques », les coûts élevés de la diffusion/distribution ou même l’impossibilité de trouver des partenaires diffuseurs/distributeurs, des coûts de production élevés (notamment en matière de traduction), une assiette du marché réduite, sont des obstacles à la publication de livres - en particulier, dans le domaine des sciences humaines et de plus en plus dans celui de la création littéraire - et à la libre circulation des idées et des œuvres de l’esprit.
Comment dès lors rendre économiquement et culturellement accessibles les livres publiés par des maisons d’éditions indépendantes ? Quelques exemples nous permettront d’y répondre. Nous avons introduit cet exposé avec la collection Global Issues de Zed Books, démarche politique, certes, mais sur un modèle classique de coédition. Dans le cadre de cette collection, Zed Books joue le rôle d’éditeur principal, assumant toutes les fonctions éditoriales depuis le choix des sujets ou problématiques, la recherche d’auteur-e-s ou spécialistes, le traitement des manuscrits, la production des livres et la logistique de la distribution - sauf dans certains cas où les livres sont imprimés sur place comme en Australie. Ce modèle de coopération se retrouve dans une démarche Sud-Sud : celles mises en place par les Éditions Ruisseaux d’Afrique au Bénin pour leurs collections de livres pour enfants, « Le Serin » et « La Libellule », coéditées sur un axe Sud-Sud avec des partenaires du continent africain. Les avantages : des économies d’échelle grâce à la réduction des coûts de fabrication, du prix de revient unitaire des livres, grâce à des tirages plus élevés. Mais les éditeurs partenaires assument individuellement les coûts souvent élevés du transport des livres.
Dans le domaine francophone, la collection « Enjeux Planète » a fédéré des éditeurs indépendants autour d’un projet éditorial encore plus intégré : il est régi par des principes de participation démocratique et associative. Ce même modèle se trouve à l’œuvre autour de la collection littéraire terres d’écritures ou même autour d’un ouvrage comme celui de Joseph Ki-Zerbo, À quand l’Afrique. La dimension équitable et solidaire de ce mode de coédition se fonde sur plusieurs paramètres :
Le processus décisionnel : tout le processus décisionnel de choisir un-e auteur-e, un-e traducteur/trice (en tenant compte d’une répartition équitable entre personnes issues du Sud et du Nord), de publier un manuscrit ou de traduire un livre, d’établir le calendrier et le rythme des parutions, de fixer les prix publics selon les marchés - en fait de construire un projet collectif éditorial commun - est décidé démocratiquement par les partenaires grâce à des rencontres et aux ressources de communication de l’Internet.
La répartition des tâches éditoriales et de fabrication : le travail éditorial (préparation du manuscrit, validation de la traduction, corrections, mise en page, suivi de la fabrication) est assumé à tour de rôle par un éditeur principal - qui gère aussi les droits pour le collectif des éditeurs - assisté de deux parrains. L’éditeur établi un contrat d’édition avec l’auteur-e ou de traduction avec la maison d’édition. Ce contrat est prolongé par une convention entre tous les éditeurs partenaires du projet d’édition. L’impression des livres a lieu le plus souvent dans un pays du Sud (en l’occurrence pour Enjeux Planète chez un partenaire, Cérès, en Tunisie).
Un système de péréquation économique et financière : tous les coûts (y compris les coûts de transport) sont répartis de manière proportionnelle en fonction des conditions économiques et du marché du livre de chaque partenaire. L’impression du livre dans un seul lieu implique des économies d’échelle importantes par rapport aux tirages qui sont relativement importants. Afin de réduire les coûts de transport, des partenariats solidaires sont mis en place avec des compagnies aériennes ou avec des transitaires. L’objectif final est de rendre le livre accessible au lectorat de chaque éditeur partenaire et dans des conditions économiquement viables pour lui. Selon une règle de 3, les coûts pour les pays du Sud représentent environ 1/3 de ceux pour les pays du Nord, et pour les pays de l’Afrique du Nord 2/3 Les droits d’auteur et de traduction sont rétribués en fonction des prix publics différenciés des différents partenaires.
Le lecteur ou la lectrice français(e), belge, suisse et canadien(ne), par son achat d’un “ Livre équitable ”, soutient indirectement l’achat du même livre par un lecteur ou une lectrice béninois(e) ou malien(ne), à un prix plus adapté à son pouvoir d’achat.
La promotion collective des ouvrage sous la forme de campagnes de presse, de matériaux promotionnels (dépliants, affiches), de rencontres publiques, etc.
La création de communautés d’éditeurs indépendants par zone linguistique dans le cadre de l’Alliance des éditeurs indépendants permet aussi de proposer des projets éditoriaux collectifs ou ponctuels aux partenaires sur des bases semblables. La publication du livre de Joseph Ki-Zerbo, Á quand l’Afrique ? [9] en est un exemple patent. Cet ouvrage a connu une très grande diffusion en grand format, puis en poche, en Afrique et en Europe. Il a été traduit en Italie. Une édition collective, solidaire, est en cours dans la zone linguistique lusophone.
Le modèle du livre équitable commence à avoir une incidence au-delà du milieu des éditeurs indépendants : par exemple, Actes Sud, maison d’éditions françaises ayant une collection de littérature africaine, a accepté de céder des droits à un tarif acceptable afin de permettre à des éditeurs africains francophones de créer une collection de poche Sud-Sud.
Bilans et perspectives
Le succès du livre équitable et de son mode d’édition solidaire ne se mesure pas seulement à l’aune des résultats économiques. L’existence de l’Alliance des éditeurs indépendants et de ses multiples activités en atteste.
Ce mode intégré et équitable de faire de l’édition repose sur une forme démocratique et participative où les éditeurs partenaires assument des responsabilités multiples. En principe un tel processus fonctionne bien lorsque tout le monde assume ses responsabilités et ses engagements. Mais ces partenaires, dans la mesure où ce sont des maisons d’éditions indépendantes, ne sont pas à l’abri de défaillances et de difficultés : il s’agit alors d’admettre cette fragilité et d’activer les relais solidaires, de dépasser les habitudes de fonctionnement solitaires - cela ne va pas de soi et requiert un apprentissage plus poussé de la démocratie participative.
Mais il ne faut pas négliger la dimension économique. L’introduction d’une péréquation complète sur l’ensemble des coûts d’une collection comme Enjeux Planète sans aucuns soutiens financiers (les débuts de cette collection ont été soutenus par différents partenaires notamment la Fondation Charles Lépold Mayer pour les progrès de l’homme) a une incidence à la hausse importante des coûts pour les partenaires du Nord. Dans la mesure où des ouvrages de sciences humaines ont plus de peine à trouver leur lectorat (tendance générale sur le marché du livre), que pour certains partenaires l’assiette du marché est restreinte et que certains auteur-e-s ne sont pas connu-e-s, une telle collection est difficilement viable économiquement sans aides (à la traduction en particulier) - les tirages sont en moyenne plus élevés dans les pays du Nord. Ce qui n’est pas le cas pour des ouvrages plus enracinés dans un contexte éditorial culturel ou politique (des auteur-e-s connu-e-s ou reconnu-e-s d’œuvres de sciences humaines ou de fiction, ou des livres dont les problématiques sont liées de manière plus évidente à l’actualité) : selon les circonstances, les tirages et les ventes seront plus élevés dans les pays du Sud ou dans l’ensemble des pays.
Le bilan écologique du livre équitable pose un problème non-résolu : le transport par voie aérienne des livres est à la fois coûteux et écologiquement discutable. Il est difficile de trouver une solution médiane entre les économies d’échelle au niveau de l’impression et les exigences éthiques par rapport à la dimension environnementale…
Par la mutualisation des compétences, des pratiques et des ressources éditoriales, la mise en place de coopérations internationales d’éditions solidaires permet d’affronter d’autres aspects et problématiques propres à la chaîne du livre. Dans le domaine du droit international, il s’agit de veiller à l’application des accords internationaux tels que l’Accord de Florence et le Protocole de Nairobi concernant la libre circulation des biens culturels : trop souvent, lors du passage en douane, les livres sont soumis à l’arbitraire de tarifs de traitement de dossier par les douanes et les transitaires dans les pays du Sud. Ou bien, il est nécessaire d’explorer les possibilités de faire appliquer les dispositions de l’Acte de Paris (qui fait partie de la Convention de Berne) qui obligent les détenteurs de droits de céder des droits d’exploitation au pays du Sud selon les conditions du marché de ceux-ci. D’autres aspects sont mis en œuvre ou envisagés : la mutualisation des ressources et des savoir-faire dans le domaine de la gestion éditoriale, de la formation, de la diffusion et de la promotion (catalogues, sites portail sur Internet, etc.) et des politiques nationales culturelles et structurelles par rapport au livre. Trois ouvrages-ressources sont ainsi issus de l’Alliance des éditeurs indépendants ou de partenariats : Marcus Gerlach, Protéger le livre et Luc Pinhas, Éditer dans l’espace francophone, et L’accès au livre. Édition solidaire et bibliodiversité - livre collectif initié par Colophon éditions.
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[1] Cette contribution remaniée et réduite, s’inspire et reprend de nombreux éléments du texte du même auteur paru dans l’ouvrage collectif, L’accès au livre. Édition solidaire et bibliodiversité, Bruxelles, Colophon éditions, 2004, pp. 15-31.
[2] Aminata Sow Fall, Festins de la détresse : L’Or des fous éditeur, Sankofa & Gurli, Presses universitaires d’Afrique, Ruisseaux d’Afrique, les Éditions d’en bas, Tarik, CAEC-Khoudia, Éburnie et Jamana ont coédité cet ouvrage.
[3] André Schiffrin, L’édition sans éditeurs, La Fabrique éditions, 1999, p. 93-94.
[4] Maurice Born, Pas de quartiers ! De quelques figures du déracinement, Editions d’en bas, 2005, sur le totalitarisme dans les démocraties occidentales, cf. pp. 8-9, pp. 30-31.
[5] Ibid, pp.32-33.
[6] Gilbert Rist, Le développement. Histoire d’une croyance occidentale, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1996, p. 316.
[7] Françoise Benhamou, L’économie de la culture, Paris, La Découverte, 2001.
[8] André Schiffrin, L’édition sans éditeurs, Paris, La Fabrique éditions, 1999.
[9] Joseph Ki-Zerbo, Á quand l’Afrique ? Entretiens avec René Holenstein, 2003, 2004 (poche), coéditeurs : l’aube (France), Éburnie (Côte d’Ivoire), en bas (Suisse), Ganndal (Guinée), Jamana (Mali), Presses universitaires d’Afrique (Cameroun), Sankofa et Gurli (Burkina Faso).
[10] Cf. Le site internet de l’Alliance des éditeurs indépendants : http://www.alliance-editeurs.org/
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