Lekti-ecriture.com, littérature et maisons d'éditions sur Internet
Contre-feux, revue littéraire de Lekti-ecriture.com

« Ce n'est pas ce qui est, mais ce qui pourrait et devrait être, qui a besoin de nous »
Cornelius Castoriadis


Le risque absolu

Rencontre avec un texte ou le degré zéro de la lecture

mardi 3 novembre 2009, par Thierry Marchaisse


Livre disponible à l'achat sur Lekti-ecriture.com :
Acheter le livre sur la librairie Lekti

Un jour d’automne 2007, le manuscrit d’une dame qui m’était inconnue, et qui était décédée déjà depuis quelques années, a été déposé aux éditions Epel. Un texte de plus à lire, ou plus vraisemblablement à parcourir. La routine lorsqu’on est éditeur. Je commençais donc par le feuilleter rapidement : c’était une sorte de journal intime, mais d’un genre un peu particulier, car son auteur (une psychanalyste) avait choisi de n’y retranscrire que ses entretiens de contrôle avec Lacan, et ce qui tournait autour. Je me souviens que je lus tout d’abord ceci :

« Il m’a écouté avec un sérieux extraordinaire, on dirait que le cas lui paraît horrible. Il l’est ! Il se lève : — Et quand est-ce que je vous revois ? — En octobre maintenant. Lui, distraitement : « C’est ça. » — Je vous téléphonerai. — « C’est ça, c’est ça. » Je lui mets son argent sur le coin du bureau habituel. Puis, en maudissant mon incurable sottise, je sors le présent que je lui ai acheté (une grisaille chinoise du XVIIIe très curieuse et à mon avis, jolie, dont le prix est, pour moi, prohibitif !), je le lui mets dans la main en lui disant avec froideur que c’est un souvenir (c’est sorti aussi bêtement !!) pour le remercier de ces deux années et marquer la fin de ce cycle. Il répond faiblement en le casant sur son bureau, « C’que vous êtes gentille ». Puis, faisant un effort mais toujours distraitement : « Qu’est-ce que c’est ? — La rencontre de deux imaginaires, d’Orient et d’Occident » (l’assiette représente une allégorie française, déesse dans un nuage mais elle a des yeux bridés, un paon lui fait face et deux petits marquis labourent un champ ! tout à fait dément ! il y a aussi une chouette sur un arbre…). Je sors, lui serre la main en le remerciant avec effusion, et il part chercher un autre client. Je m’en vais, la rage au cœur. Je me battrai ! Toujours cette manie de faire des cadeaux — ça doit être un symptôme, de type anal sans doute ! Je le sais. Mais ça me fait plaisir d’acheter de très jolies choses raffinées et de les offrir. »

Pas mal écrit n’est-ce pas ? Et puis quel humour, quel sens de la mise en scène ! Oui, c’est ce que je me suis dit aussi d’emblée. Mais bon, il n’y avait pas là de quoi fouetter un éditeur. Sans doute étais-je tombé, par hasard, sur un morceau particulièrement bien venu. Je continuais donc à feuilleter de-ci de-là et tombais alors sur ceci :

« Lundi 10 mai 1976

Je regarde ma montre quand je sonne : 17h 43. Gloria m’ouvre, me dit d’aller dans la bibliothèque. J’y vais, rencontre le Maître qui me dit d’entrer. J’en ressortirai à 17h 45, soit 2 minutes après ! ? ! C’est très bon pour mon transfert car ça le pulvérise ! Ainsi, j’en serai débarrassée ! 200 francs la minute… C’est de moi qu’on se fout ! ! Le petit jeune homme après moi est resté 1 minute ! Je l’ai vu entrer quand je sortais et il m’a dépassée dans la cour ! »  [1]

Puis je lus encore ceci :

« Donc, ma question demeure : qu’en est-il, au delà du reste, de l’ETRE de l’analyste, comment intervient-il dans l’analyse, qu’en est-il de son spécifique, qu’en est-il du fait de votre être, de vous dans l’analyse, et de moi qui reçois ? » Il se tait si longuement que j’ai peur – serait-il souffrant, et par ma faute ? A-t-il compris ce que j’ai essayé de dire ? Et l’amour qui sous-tend mes paroles et leur donne leur force et leur vérité, comme la corde tendue donne sa volée à la flèche ? M’en veut-il ? Je me tais aussi, j’attends. Il rouvre, puis referme les yeux comme s’il lui était, à lui aussi, difficile de me regarder. Il parle avec une douceur que je ne lui connais pas, avec gravité, en cherchant ses paroles. — « Ce que vous m’avez dit m’oblige à remettre en question tout ce que j’ai élaboré jusqu’ici — cela concerne le réel... »  [2]

Décidément, ce n’était pas seulement un texte bien écrit, et plein d’humour, il y avait là, aussi, des tensions violentes, des moments de doute radical, des échanges serrés... J’arrêtais aussitôt mes premiers coups de sondes exploratoires, sentant que j’allais peut-être me gâcher le plaisir de la découverte et décidais d’emporter le manuscrit chez moi, pour prendre le temps de le lire vraiment dans son long, à tête reposée. Eh bien oui ! je ne fus pas déçu. Plus j’avançais dans ma lecture du Journal d’Elisabeth Geblesco plus il fallait me rendre à l’évidence. Cette fois-ci, j’avais bien entre les mains un de ces textes rares qui justifie le métier d’éditeur, qui donne même un sens à la vie bizarre qu’elle implique : un texte difficile par certains côtés, mais qu’il fallait absolument publier, et cela quoi qu’il en coûte. Car même si une telle publication allait poser à l’évidence toutes sortes de problèmes, et pas seulement les habituels problèmes économiques, mais peut-être aussi des problèmes juridiques ou éthiques, il fallait en prendre le risque. Sinon, à quoi bon faire ce métier ? Que s’est-il passé alors ? En un sens rien d’extraordinaire. Il y a eu simplement rencontre avec un vrai texte, c’est-à-dire quelques heures de lecture ininterrompue et un peu magique, de celles qui parviennent à suspendre le temps et à mettre le monde entre parenthèse. Mais qu’est-ce qu’un vrai texte ? Et en quoi consiste une telle sorte de rencontre intellectuelle ? Cela fait près de 25 ans que je suis éditeur et je ne sais toujours pas les réponses à ces questions. Chacun connaît des exemples d’auteurs rendus célèbres par des textes qui ont d’abord été refusés par tous les éditeurs : Proust, Beckett, etc. Je pourrais citer bien des cas de ce genre, mettant en jeu toutes sortes d’auteur et dans tous les domaines. D’ordinaire, on n’y voit qu’une preuve de l’impéritie des éditeurs (ou des autres éditeurs lorsqu’on en est un soi-même), une occasion aussi de dénoncer le caractère moutonnier de cette profession, sa frilosité devant tout ce qui est trop singulier ou trop neuf. Mais est-ce vraiment de cela qu’il s’agit ? Comment une telle sorte de méprise initiale serait-elle aussi fréquente, ou même seulement possible, si bien lire était seulement une question d’intelligence, de goût et de compétence ?

Parmi les formules d’Elisabeth Geblesco sur lesquelles je suis tombé par hasard, lors de mes premiers feuilletages, il y en une que je voudrais maintenant rappeler, parce qu’elle me paraît ouvrir en l’occurrence certaines perspectives, certaines pistes intéressantes. Le 15 mai 1979, elle note son ennui lorsque Lacan cède la parole à d’autres psychanalystes à son séminaire. Et elle ajoute ceci : « ce qui m’intéresse, ce sont les idées de Lacan, même quand il n’en a pas, si j’ose dire. Car c’est sa recherche qui compte ». À première vue une telle formule peut sembler aberrante — à la limite du délire de transfert. Comment peut-on « oser » dire cela ? Est-il possible d’être à ce point amoureux d’un discours, qu’on finisse par mettre au dessus de tout jusqu’aux tâtonnements, aux passages à vide, de celui qui le tient ? Mais en fait, pour effacer toute trace d’idolâtrie ou de provocation ici, et même pour dissiper toute apparence de paradoxe, il suffit de réaliser qu’une grande partie du sens d’un discours, qu’il soit entendu ou lu, dépend du crédit qu’on accorde à son auteur : c’est-à-dire du statut qu’on lui donne et des fins qu’on lui prête, plus ou moins consciemment. C’est ce qui explique qu’on puisse bailler d’ennui à l’audition d’une conférence bourrée d’idées neuves, ou rester tout à fait aveugle au sens d’un texte génial, précisément parce qu’ils sont le fait d’un inconnu, ou de quelqu’un qu’on sous-estime. C’est ce qui explique aussi pourquoi les hésitations, les silences, voire les ratages de quelqu’un qui nous importe peuvent nous tenir en haleine. Et de fait, lorsqu’on suit depuis de longues années les recherches d’un théoricien de l’envergure de Lacan, le voir piétiner sur un certain point, ou s’y emmêler les pinceaux, donne tout autant à penser que l’entendre exposer brillamment ses dernières trouvailles.

On voit poindre ici une des questions que je voudrais soulever, à l’occasion de cette journée de travail sur Elisabeth Geblesco. Car s’il est vrai que l’intérêt qu’on trouve à une pensée dépend en grande partie de la relation que l’on entretient avec son auteur, alors comment accède-t-on aux propos de quelqu’un avec qui on n’a aucune relation d’aucune sorte ? Qu’est-ce qui fait lever le sens et donc entrevoir la portée du texte d’un inconnu ? Pour un éditeur, la pertinence de cette question ne fait aucun doute, parce que lire des manuscrits est un métier où la possibilité de passer à côté du sens est tout à la fois constante et sanctionnée par le fait de rater un livre important, voire un futur auteur célèbre. Mais je crois que cette question a aussi un intérêt plus général, en ce qu’elle permet d’éclairer certains aspects de ce phénomène complexe qu’est la lecture. Voyons donc ce qui se passe lorsqu’on est confronté (par exemple) au premier manuscrit d’un auteur, c’est-à-dire à un texte non seulement « brut de décoffrage », voir gâté par des maladresses de forme ou de contenu, mais qui ne s’inscrit encore dans aucun horizon de réception. Que nous apprend un tel « degré zéro de la lecture », où toutes les conditions sont réunies pour que l’on confonde la plus belle musique de pensée avec un simple bruit sémantique ?

Je voudrais tout d’abord insister sur le fait que lire n’est pas, en tout cas, une relation duelle simple, qui mettrait en contact un auteur et un lecteur, via un texte. On oublie trop souvent, en effet, que la plupart des écrits que nous lisons se présentent à nous « prélus » en quelque sorte. Et cela tient à de nombreux facteurs qui se répartissent en trois catégories.

Il y a tout d’abord les facteurs intratextuels, c’est-à-dire ceux qui touchent à la forme et au contenu même des textes. En règle générale, en effet, le manuscrit ou le tapuscrit qui entre chez un éditeur n’a pas grand-chose à voir avec le livre qui en sort et circule ensuite en librairie. Et cela tient au fait que le travail d’édition introduit une chaîne de lecteurs invisibles (spécialistes, éditeurs, préparateurs, metteurs en page, correcteurs, graphistes, etc.), dont les suggestions, opérations et décisions, de contenu autant que de forme, viennent s’incorporer au texte initial, et en faire petit à petit ce que nous appelons un « livre ».

Puis il y a les facteurs paratextuels, qui sont liés au fait qu’un texte publié ne nous parvient jamais « tout nu » — mais toujours précédé, accompagné ou suivi d’un cortège d’autres textes : titre, sous-titre, avertissement, préface, notes, postface, 4ème de couverture, etc., qui bien souvent ne sont pas de l’auteur.

Enfin, il y a les facteurs contextuels. Car lorsqu’on croit naïvement aborder un texte libre de tous préjugés, on ne se rend pas compte que notre lecture est en fait guidée à notre insu par un horizon de données, d’attentes et de présuppositions, en partie inconscientes. Sur ce point ce ne sont d’ailleurs pas les anecdotes qui manquent. C’est ainsi que Gide, par exemple, du temps où il était éditeur et Directeur de la Nrf, a tout juste feuilleté en baillant Du côté de chez Swann, lorsqu’il a eu ce texte pour la première fois entre les mains. Pourquoi ? Non pas du tout, évidemment, par manque de culture, d’intelligence ou de goût. Mais à cause des lunettes de lecture que sa mémoire lui posait sur les yeux. Il se trouve, en effet que, pour son malheur d’éditeur, Gide avait fréquenté Proust dans sa jeunesse, et qu’il en avait gardé l’image, d’ailleurs parfaitement exacte à l’époque, d’un écrivain mondain tout à fait incapable d’écrire une œuvre digne de ce nom, et encore mois un chef-d’œuvre.

Faut-il en conclure que la lecture serait un type de rencontre toujours plus ou moins subrepticement faussée, voire aliénée ? Je ne le crois pas. Certes, il n’existe pas de situations de lecture qui seraient idéalement transparentes, puisque nous n’accédons jamais directement aux textes que nous lisons, mais toujours seulement à travers un jeu de verres interprétatifs complexes, qui tiennent à nos idiosyncrasies, à notre milieu et aux tendances qui gouvernent notre époque — toutes choses qui formatent nos lectures à notre insu. Toutefois, une telle forme de complexité, où un seul détail (une incise discrète, une acception inhabituelle) peut faire émerger, de proche en proche, ou au contraire aplatir, toute une dimension de pensée, n’est pas nécessairement synonyme d’erreurs et d’opacité. Bien au contraire, c’est parfois une condition de possibilité de la lecture. Et ici, il suffit de se souvenir que, de même qu’il est certains objets trop lointains ou trop petits pour qu’on puisse les voir à l’œil nu, il est aussi de nombreux textes auxquels on ne peut accéder « cervelle nue » si l’on peut dire, parce qu’ils posent de tels problèmes philologiques ou techniques qu’il est impossible de les comprendre sans passer par un appareil de notes et de commentaires.

J’ai pris le temps de décrire, à grands traits, les divers types de facteurs qui informent — et donc parfois aussi déforment — nos actes de lecture, non pas du tout parce que ma rencontre initiale avec Elisabeth Geblesco aurait été une sorte de miracle communicationnel, qui m’aurait permis d’y échapper, mais bien plutôt parce qu’elle m’a permis de les voir jouer à plein. Il est en effet très facile d’oublier l’importance de tels facteurs, ou de les négliger. Je doute, par exemple, qu’un lecteur d’Un amour de transfert puisse lui souhaiter un autre titre. Ou un autre sous-titre. Ces éléments paratextuels lui sembleront désormais évidents, inséparables du livre où ils figurent, précisément parce qu’ils ont préparé, puis accompagné en sourdine, sa lecture. Cependant, il reste que les cahiers manuscrits d’Elisabeth Geblesco ne comportaient aucun titre. Et que rien dans son texte ne nous indique comment elle s’y référait elle-même. C’est à Jean Allouch que revient le mérite d’avoir inventé le titre de son livre. Ou peut-être aurais-je dû dire « découvert » ? Car, une fois énoncé, ce titre nous a paru a tous si évident qu’il n’a plus jamais été remis en question. Je voudrais d’ailleurs en profiter pour bien faire entendre l’esprit de cette expression : « un amour de transfert » — son double sens, plus souriant et équivoque qu’il n’y paraît. Car « amour » peut et doit certes être pris ici au sens littéral et descriptif, comme on dit « un amour de jeunesse », mais aussi au sens métaphorique de « petit bijou », comme lorsque l’on parle d’un « amour de petit chapeau »... Quant au sous-titre, Journal de mon contrôle avec Lacan (1974-1981), je crains bien qu’il soit de moi. Je n’en mettrai pas ma main au feu, car ma mémoire est un peu vacillante sur ce point. Mais c’est sans doute (je ne m’en rends compte que maintenant) parce que mon coup de foudre pour Elisabeth Geblesco m’a fait oser usurper son « je » et fabriquer comme sous-titre une sorte de faux linguistique.

La toute première version du Journal que j’ai eue entre les mains n’était pas le manuscrit même d’Elisabeth Geblesco, ou quelques photocopies de ses cahiers, c’en était une première transcription, établie par Branko Alesic et heureusement déjà préfacée par lui. Je dis « heureusement » parce que c’est précisément cet élément paratextuel qui m’a permis de donner d’emblée un statut à cet auteur qui m’était inconnu, de la situer dans un premier horizon de lecture, en m’apprenant quelques détails de sa biographie, et surtout en fixant les coordonnées fondamentales de son texte.

Parmi les facteurs qui ont joué un rôle déclencheur dans ma lecture initiale, j’en retiendrai encore trois. Le premier fut un facteur intratextuel, de nature plutôt théorique. Dans Chronique d’une jeunesse berlinoise, Nicolaus Sombart raconte son apprentissage intellectuel, au début des années 40, donc en pleine guerre, sous la férule fascinante de Carl Schmitt, qui se trouvait être un ami de sa famille. Le maître et l’élève lisaient, se promenaient et discutaient. La méthode de Carl Schmitt était simple, il passait un livre à son élève, puis à la promenade suivante posait une question, une seule : « As-tu trouvé la phrase-clef ? ». La « parole décisive » ? [3] Il s’agissait bien sûr de la formule qui contenait une des idées centrales du livre en question, voire son idée centrale. Mais il s’agissait surtout de la phrase qui scandalisait (ou enthousiasmait) Carl Schmitt lui-même, bref celle qui comptait le plus au regard de ses recherches et de ses interrogations de l’époque. Or, je crois que l’on n’entre vraiment dans un texte que par ce genre de « portes logiques » tout à fait cruciales, mais malheureusement aussi tout à fait contingentes. Car ce n’est jamais qu’au double hasard de la lecture et de nos propres cheminements, dans le silence propice de la solitude, que des lignes de pensées tout à fait indépendantes peuvent se croiser ainsi et se féconder mutuellement.

Au début de cet exposé, j’ai rappelé ce qui a été pour moi la phrase d’Elisabeth Geblesco, celle qui m’avait aidé à entrer dans son livre, et à comprendre les enjeux, je n’y reviendrai donc pas. Je voudrais juste insister sur le fait que si je n’avais pas eu en route, par ailleurs, certaines recherches sur Proust, qui n’avaient rien à voir avec Lacan ou la psychanalyse, j’aurais peut-être refusé, moi aussi (comme certains de mes confrères) le manuscrit d’Elisabeth Geblesco. Tout simplement parce que je n’aurais jamais prêté l’attention qu’elle mérite à cette « méta-idée » lumineuse, mais à première vue un peu folle, que rien ne saurait être plus important, parfois, que les idées de quelqu’un qui n’en a pas.

Le second facteur qui a été déterminant dans ma lecture d’Elisabeth Geblesco fut, là encore, un facteur intratextuel, mais cette fois-ci de nature plus strictement « formelle ». D’ordinaire les textes qui parviennent à un éditeur de sciences humaines sont très loin d’être des journaux intimes — et encore plus loin d’être des premiers jets, gravés dans le marbre par la mort de leur auteur ! Or, voilà que le texte que je m’apprêtais à lire était tout cela à la fois : une sorte de bloc d’immédiateté textuel, projeté à travers le temps. Une des données « internes » qui a d’emblée guidé ma lecture est donc le fait que le texte à l’origine de la transcription que j’avais sous les yeux était un vrai manu-scrit, rédigé à la main (ce qui devient de plus en plus rare), et qui plus est dans des conditions tout à fait particulières.

Pendant huit ans, seule dans sa chambre d’hôtel à Paris, ou lors des longs retours en train qui la ramenaient chez elle, à Monaco, Elisabeth Geblesco s’est astreinte à retranscrire tous les entretiens qu’elle a eu avec Lacan, rue de Lille, ou en marge de son dernier Séminaire. Notant sur le vif, non seulement leur contenu, mais aussi tout ce qui allait avec : les mimiques du Maître, ses arrières pensées à elle, la géographie et l’atmosphère des lieux, les personnes croisées à cette occasion, etc. Et son écriture en est si transie de présent et de présence, qu’en la lisant on se surprend parfois à rêvasser avec elle dans la bibliothèque de Lacan, ou à entendre le cadencement du train, le tatan tatan, qui sert de basse-continue à l’écriture « tremblée » de certaines pages de son Journal. Comme j’ai d’ailleurs pu le vérifier ensuite dans les cahiers originaux de son Journal, la précision et la force du style d’Elisabeth Geblesco apparaissent dans son écriture manuscrite elle-même : une phrase très régulière, légèrement penchée à gauche, fluide, qui court sur des centaines de pages sans aucune hésitation. Pas la moindre soustraction ; pas la moindre addition non plus. Bref, l’écriture de quelqu’un qui ne tâtonne nullement, qui sait parfaitement ce qu’elle fait et pourquoi, quelqu’un dont la vie, comme la pensée, tournent à plein régime.

Le dernier facteur qui a été décisif dans ma lecture initiale d’Un Amour de transfert fut contextuel. De fait, s’il est une donnée « externe » que j’ai eu constamment à l’esprit en découvrant ce texte, c’est bien que celui-ci aurait très bien pu ne jamais être publié, et même aurait très bien pu n’exister que pour son auteur. Il ne fait aucun doute que, de tous les écrits d’Elisabeth Geblesco, le manuscrit de son Journal était celui auquel elle attachait le plus d’importance. Mais dès lors, comment se fait-il qu’elle l’ait élaboré et gardé par devers elle dans le plus grand secret pendant plus de 20 ans ; qu’elle n’en est fait aucune photocopie ; et surtout qu’elle n’ait laissé à son propos aucune disposition testamentaire ? Il n’est pas besoin d’avoir une imagination débordante pour se rendre compte que, ce faisant, Elisabeth Geblesco a pris des risques énormes. Car mille choses auraient pu arriver, de son vivant ou pendant sa maladie, ou après sa mort : une fuite d’eau dans l’appartement du dessus, un début d’incendie, que sais je encore ? qui rendent illisibles, dispersent voire détruisent carrément ses cinq cahiers si précieux pour elle. Comme on le voit, il aurait donc très bien pu se faire en effet que, en dehors de son auteur, personne jamais ne sache qu’un tel texte avait été écrit.

Comment comprendre une telle attitude, une telle prise de risque ? Bien entendu, il y a certains éléments personnels et professionnels qu’il faut prendre en compte ici. On voit mal, en effet, comment Elisabeth Geblesco aurait pu faire publier elle-même son journal de contrôle avec Lacan, d’abord parce qu’il touche certains aspects de sa vie privée, mais aussi et surtout parce qu’il mettait en jeu ses patients et donc relevait du secret professionnel. Mais, sans nier du tout l’importance de ces éléments, d’ordre intime ou déontologique, je ne crois pas qu’ils éclairent le fond de l’énigme que représente le silence d’Elisabeth Geblesco, la sorte de déni apparent qui caractérise son comportement d’auteur. Car il suffit d’avoir lu son Journal pour se convaincre que ce texte qu’elle n’a jamais songé à publier, qu’elle n’a fait lire à personne de son vivant, dont elle s’est même refusée à signaler l’existence à quiconque, elle savait bien, néanmoins, qu’il « s’inscrirait un jour », comme elle le note elle-même, « dans l’histoire de la psychanalyse », autrement dit qu’il serait publié par d’autres, après sa mort. Il y a même des détails institutionnels, ou des réactions de collègues, qu’elle tient à rapporter « à chaud » uniquement à l’usage des futurs spécialistes !

Mon hypothèse sur ce point est la suivante. Je crois qu’Elisabeth Geblesco a pris sciemment tous les risques que j’évoquais à l’instant. Plus précisément, je crois qu’elle a voulu que nous rencontrions son texte — à supposer que nous le rencontrions un jour — sous le signe du « risque absolu », exactement comme elle ne cesse de dire qu’elle-même a rencontré Lacan. Peut-être aurait-elle formulé les choses autrement. Peut-être aurait-elle dit qu’elle souhaitait s’en remettre, là encore, à la « volonté de Dieu » et Lui confier son manuscrit. Mais, au bout du compte, je crois que le langage existentiel du risque et le langage mystique de l’abandon sont parfaitement équivalents en l’occurrence. Au fil de mes relectures, j’en suis d’ailleurs venu à me dire que, pour être bien compris, le non-dit et le non-agir d’Elisabeth Geblesco à propos de son Journal devaient être lus dans le droit fil de son contenu. Car si elle a voulu nous transmettre quelque chose ainsi, ce ne peut-être que cette idée selon laquelle rencontrer, rencontrer vraiment quelqu’un, ou même quelque chose (comme une autre culture), c’est justement prendre un risque absolu — faute de quoi il n’est que des pseudo-rencontres, ou en tout cas des demi-rencontres.

Comment être à la hauteur d’une telle prise de risque lorsque nous lisons Un amour de transfert ? Je ne vois guère d’autre solution que d’en prendre un minimum à notre tour, notamment en ne cédant pas trop vite à ce qui peut nous gêner à la lecture de ce livre, voire parfois nous insupporter. Je laisserai de côté ici les problèmes délicats que pose la retranscription des cas qu’évoque Elisabeth Geblesco. Je laisserai aussi de côté tout ce qui a trait au contenu théorique de ses entretiens avec Lacan. D’autres en parleront mieux que moi. D’abord parce que je ne suis pas analyste, mais surtout parce que mon propos n’est ni théorique, ni clinique, il porte sur la dimension littéraire d’Un amour de transfert, et ses qualités tout à fait singulières à cet égard. Elisabeth Geblesco a, en effet, écrit bien d’autre textes, publiés ou non. Elle a écrit des poèmes, des pièces de théâtre, des articles, des essais théoriques. Mais ce qui fait à mon sens la beauté exceptionnelle de son Journal, c’est précisément son caractère polyphonique, le fait qu’il intègre simultanément toutes les dimensions discursives qu’elle a explorées successivement par ailleurs. Cela dit, même lorsqu’on se place de ce point de vue strictement littéraire, tout ce qui fait le plaisir de lire Elisabeth Geblesco, à savoir, sa phrase tour à tour lyrique, gouailleuse ou hardiment conceptuelle, sa veine satyrique qui n’épargne personne et surtout pas elle-même ! sa passion mêlée de ras-le-bol de la psychanalyse, tout cela a un revers négatif, c’est-à-dire un coût. Car ma fascination de lecteur ne m’aveugle pas au point de ne pas voir que la diariste à temps partiel a la dent très dure, que ses jugements sont parfois hâtifs et contestables, et que ses partis pris sont même souvent d’une mauvaise foi qui frise elle aussi l’absolue ! Ici, il faut évidemment que j’assume ce que je viens de dire en prenant le risque de donner quelques exemples. Je voudrais relever tout d’abord un petit passage qui n’a l’air de rien, mais qui est à mon sens tout à fait paradigmatique du style d’Elisabeth Geblesco. C’est une sorte de miniature dramatique. En deux phrases seulement, elle arrive à chorégraphier le ballet muet, mais compliqué à démêler et ô combien signifiant, des allées et venues de cinq personnes dans le cabinet de Lacan. Voilà le texte en question :

« Mardi 18 octobre 1977

Quelqu’un sort de la porte d’entrée et je demande de ne pas refermer, je passe et Lacan est en train de faire entrer une femme, il me voit et je le salue d’un léger signe de tête auquel il ne répond pas. Mais il expédie la pauvre nana en une minute, brûle un type qui a l’air surpris et me demande de venir. » [4]

Je dois dire que j’ai été très vite séduit par le sens du rythme d’Elisabeth Geblesco, son art de bousculer la syntaxe du français pour maximiser ses effets de mise en scène. Son attention aux malentendus, aux détails situationnels cocasses ou incongrus. Et pour mieux prendre la mesure de ce point, il suffit je crois de songer au texte mortellement ennuyeux qu’aurait très bien pu donner son huit clos analytique avec Lacan, du moins si elle avait eu une plume un tantinet plus banale. Car, en somme, et mis à part quelques autres personnages importants, mais secondaires (comme Gloria, Faladé, ou certains collègues), tout le Journal d’Elisabeth Geblesco tourne autour de ses échanges avec Lacan. Or, combien de fois il ne se passe rien entre eux, ou pas grand-chose ! Et cependant, bien loin d’être le moins du monde ennuyeux, ou rendu de plus en plus funèbre par la vieillesse, puis la maladie et la mort de Lacan, son texte devient, tout au contraire, de plus en plus touchant, instructif et drôle.

Comment oublier, désormais, les ritournelles de Lacan : ses formules rituelles d’accueil « Ah c’que j’suis content de vous r’voir ! » , ou de séparation « Quand est-ce qu’je vous r’vois » ; ses « vous êtes épatante » de vieux Gavroche, ou ses « chère » de diva ? De même, comment résister aux ruses de communication qu’Elisabeth Geblesco emploie avec Lacan ?

« 12 avril 1976

Un monsieur passe d’abord et ressort presque immédiatement avec mission de revenir dans une heure ( ?). A moi. Bonjour indifférent. À se demander s’il me reconnaît ! Je sais que oui, bien sûr mais c’est façon de dire… Je lui tends le texte de sa conférence, mis au point par moi (travail énorme, eu égard à mon inexpérience de ce genre de chose !). Il l’engloutit, tel un boa constrictor ! « Et puis ? » L’atmosphère n’y est pas… Je le savais, j’ai mes procédés à moi pour LE lire à l’avance… Mais je ne peux parler de tout ce à quoi j’avais pensé : forclusion, (suite !), Congrès, sexualité féminine, etc. Ça tomberait à plat. Je rétrograde, change de vitesse et passe en seconde, première même ; démarrage en côte assez laborieux… » [5]

Comment résister aussi à certaines scènes tragicomiques, formidables de tendresse ? Et ici je pense, notamment, à ce bref passage, vers la fin, où l’on voit Geblesco effondrée par la nouvelle de la mort de Lacan, mais ne pouvant s’empêcher de noter certains « détails futiles » qui, dit-elle, « lui arrachent le cœur » : « J’ai deux très jolies robes neuves, il ne les verra pas ! ».

Enfin, comment négliger les nombreuses et belles didascalies que contient Un amour de transfert ? Car il y a certaines scènes où chaque geste, mimique, ou intonation de Lacan, ou de Gloria, sont minutieusement notés. D’autres, où l’on suit en détail le ballet des entrées et des sorties dans le consultoire de la rue de Lille. D’autres encore où l’on arpente ses divers salons d’attente et où l’on voit se dérouler sous nos yeux les « mystères d’Eleusis » qui y réglementent la répartition des clients... Les indications de phrasé, de mouvement, voire de « régie » du Journal sont mêmes si précises que je ne serais nullement étonné si un jour quelqu’un s’avisait d’en tirer une pièce de théâtre. On imagine quels rôles formidables pourraient faire le Lacan de Geblesco, ou Geblesco elle-même ! Avec, en arrière fond, le chœur sacré des analysants et la silhouette un peu inquiétante de Gloria...

Mais, il faut je tienne ma promesse d’être honnête et donc fasse état aussi de mes réticences. Elles resteront, là encore, très personnelles. Je dois avouer, en effet, qu’il y a des passages qui m’ont tout à fait hérissé et même choqué — sans cependant changer d’un iota mon plaisir de lire Elisabeth Geblesco et mon désir d’éditer son Journal. Il se trouve qu’elle a croisé quelques-uns de mes proches et qu’elle en parle. C’est ainsi qu’elle mentionne à certains moments Serge Leclaire, qui a été un ami, ou Christian Simatos, qui a été longtemps secrétaire de l’Ecole freudienne et qui n’est rien d’autre que ... mon beau-père ! Et bien sûr, elle ne résiste pas au plaisir d’égratigner l’un et l’autre au passage. Surtout Serge Leclaire. A un moment de son Journal, à la faveur d’un banal rêve de transfert avec Lacan, qui l’a fait « ricaner » elle-même tant il est naïf et limpide, elle traite même carrément Serge de « canaille jalouse » ! Je ne sais pas ce qui a motivé les pulsions de haine d’Elisabeth Geblesco à l’égard de Serge Leclaire. Il semble qu’elle n’ait pas apprécié le rôle qu’il a joué lors de la mise en route du département de psychanalyse de Vincennes. Il semblerait aussi que Lacan lui-même n’aimait guère Leclaire et que quelque mécanisme d’identification ait joué ici... Quoi qu’il en soit, ce que je voudrais souligner est qu’une telle formule, tout à la fois aberrante et bien frappée, est suggérée par un récit de rêve. C’est un point qui me semble intéressant, non pas en soi, mais lorsqu’on donne une certaine importance à la question du style. Et de fait, si le style est « une question non de technique mais de vision », comme le pensait Proust, c’est-à-dire si l’art d’écrire est d’abord une question de theoria (au sens grec), alors il faut bien admettre que, tout comme les plus belles métaphores, les insultes les plus violentes renvoient elles aussi, ultimement, à des représentations, c’est-à-dire à des hypothèses et à des théories — éventuellement fausses bien sûr ! voire en partie inconscientes. De même, je dois dire que j’ai eu beaucoup de mal à m’habituer, au début, aux signes de croix verbaux — « que la volonté de Dieu soit faite, etc. » —, et aux références constantes à la prière et aux Evangiles qui viennent si naturellement sous la plume d’Elisabeth Geblesco. J’ai eu du mal, parce que tout le monde ne peut pas avoir eu « l’éducation d’une princesse de Racine » — comme elle le dit ironiquement en parlant d’elle-même. Mais enfin j’y suis arrivé, en me disant qu’après tout, Wittgenstein lui-même recourait sans cesse à ce genre de langage dans ses carnets intimes, et que cela ne m’avait jamais gêné de sa part. Je crois même que je suis arrivé à pouvoir lire, dans la bonne clé mentale, un des passages les plus inouïs d’Un Amour de transfert. Celui où son auteur finit justement par avouer enfin ! son amour à Lacan très vieux, très malade et désormais quasi mutique, en empruntant le détour d’une formule de Simon-Pierre au Christ dans l’Evangile de Saint Jean :

« Comment pourrait-on ne pas vous aimer ? (Je ris, pour alléger un peu mais Lacan est si sérieux et son expression est si attentive et présente que je peux ajouter) – « D’abord vous êtes vous, et vous en avez tant fait, vous êtes tellement… » Il semble bouleversé, je dis alors ce que je pense depuis tant d’années sans jamais avoir osé le formuler, par peur, réserve, crainte, « Je vous le dis, comme dans l’Évangile, Seigneur, vous savez bien que je vous aime ! » avec beaucoup de simplicité et d’aisance comme je le ressens. Il sait sûrement, comme dans l’Évangile, que c’est vrai et pourquoi je n’ai pu le dire que maintenant, alors que quelque chose de si important se passe pour l’avenir de son œuvre, à laquelle je suis si attachée. Il me semble, il n’y a pas d’autre mot, bouleversé. Il me parle, de cette voix très douce mais claire et nette, ‘C’est bien, chère’... »

Ici, s’arrête la réponse de Lacan : sur trois petits points, sur un blanc dont ne sait pas s’il renvoie à des propos non rapportés ou à un silence. Elisabeth Geblesco ajoute un peu plus loin :

« Peut-être sur le soir de ses jours, Lacan découvre-t-il qu’il n’y a qu’une seule chose importante, aimer et être aimé… Ou l’a-t-il toujours su ? puisqu’il l’écrivait à propos du transfert : l’amour est toujours réciproque… »  [6]

Il n’est pas si facile de bien lire ce passage. Faut-il tomber à genoux ici et se mettre carrément en oraison ? Ou faut-il, au contraire, persifler le fait que Lacan n’a tout de même pas été jusqu’à missionner sa chère Geblesco (comme le Christ Simon-Pierre), en lui demandant d’être « la bergère de ses brebis » ? Mais, dans un cas comme dans l’autre, se serait oublier les autres prédicats qu’Elisabeth Geblesco utilise par ailleurs pour caractériser Lacan. Car, certes, son vieux seigneur et maître est bien un peu le Christ pour elle, mais c’est aussi beaucoup « Oncle Picsou », un « vieux fourbe », un « fat », un « bourgeois », un « héros » de la pensée, voire un collage de tout cela, c’est-à-dire en fin de compte un « monstre ».

À un moment, Elisabeth Geblesco rappelle que « beaucoup d’humains sont morts sans avoir jamais parlé à personne » ; et elle précise aussitôt que « c’était parti pour être [son] destin », même si elle avait déjà fait de longues années d’analyse. [7] Et en effet, qu’on le veuille ou non, il faut bien reconnaître qu’un tel destin est beaucoup plus fréquent qu’on ne pourrait le croire, tout simplement parce que, au cours d’une vie humaine, la probabilité de rencontrer quelqu’Un comme Lacan est très faible. Or, non seulement Elisabeth Geblesco a su saisir cette chance rare et assumer — voire tourner à son avantage — tous les risques qu’elle implique, mais elle a réussi à nous en transmettre l’essentiel. A nous donc de bien saisir notre propre chance en l’occurrence : celle que représente désormais le fait de pouvoir rencontrer l’auteur d’Un amour de transfert. Car, même si un livre ne saurait tenir lieu d’interlocuteur, même s’il est permis de douter que la relation d’amour entre Elisabeth Geblesco et Lacan ait été aussi « réciproque » qu’elle le croyait, il n’en reste pas moins que cette relation a existé et que ses effets d’écriture nous permettent d’approcher de plus près ce qui fait l’essence de toute rencontre.

Thierry Marchaisse

P.-S.

Une première version de ce texte a fait l’objet d’une conférence à l’Université de Nice, le samedi 24 janvier 2009, à l’occasion d’une journée d’étude consacrée à Elisabeth Geblesco.

Notes

[1] Un amour de transfert, Journal de mon contrôle avec Lacan (1974-1981), Epel, Paris, 2007, p. 93

[2] Ibid., p. 105

[3] Nicolaus Sombart, Chronique d’une jeunesse berlinoise, 1933-1943, Quai voltaire, Paris, 1992, p. 318.

[4] Ibid., p. 150

[5] Ibid., p. 88.

[6] Ibid., p. 246.

[7] Ibid., p.125

Livre disponible à l'achat sur Lekti-ecriture.com :
Acheter le livre sur la librairie Lekti


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Nous contacter | Les lettres d'information | Nous soutenir
Les autres composantes de Lekti-ecriture.com : Les espaces de l'édition indépendante | La librairie Lekti-ecriture.com |Le bloc-notes Lekti-ecriture.com