« Ce n'est pas ce qui est, mais ce qui pourrait et devrait être, qui a besoin de nous »
Cornelius Castoriadis
Littérature irakienne contemporaine
Extraits
lundi 12 mars 2007, par Jabbar Yassin Hussin
Toutes les versions de cet article :
Jabbar Yassin Hussin est un grand écrivain irakien, qui vit actuellement en exil en France.
La plupart de ses livres sont publiés en France par les éditions L’Atelier du Gué.
Le texte qui suit est extrait du livre Le lecteur de Bagdad, dans lequel Jabbar Yassin Hussin revient sur la condition de l’exilé :
L’exil est une morsure qui partage le corps en deux, taraudant la mémoire inexorablement. Le retour impossible vers Bagdad entraîne Jabbar Yassin Hussin dans une exploration quasi obsessionnelle et désespérée de son identité. D’une ville à l’autre, entre histoire et mythes, ses récits traversent le temps, les lieux, les visages…
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Kishkanû, l’arbre de vie, qui poussait à côté de E-Abzu, le principal temple dédié à Ea, avait des branches semblables au lapis-lazuli. Le kishknanû joue un rôle important dans la légende de Gilgamesh. Il pousse “à l’embouchure des deux fleuves”, là où pénètre Gilgamesh à la recherche de l’Outa-Naphistim, dont il espère obtenir l’immortalité.
(D’après Mircea Eliade, dans “Cosmologie et Alchimie babylonniennes”)
Saddam Hussein fit abattre cet arbre.
Je ne me souviens plus qui a prétendu, un jour, que chacun d’entre nous portait en lui le moyen de prévoir son avenir ? C’est peut-être une phrase qui m’est restée d’un livre lu jadis.
Des années durant, j’ai essayé d’oublier cette histoire que je vais vous raconter. Bien des fois, la nuit, j’ai craint, en franchissant la porte de mon appartement, de la voir se répéter. Ce n’est qu’au fil du temps (mes tentatives pour la chasser de ma mémoire se révélèrent vaines) que j’ai découvert que le souvenir jouissait d’un pouvoir supérieur à l’oubli.
Les événements qui suivent se produisirent à Poitiers où je vis toujours dans l’attente de leur renouvellement. J’ignore combien de temps dura le phénomène que je rapporte ici. Comme au sortir d’un rêve, j’essaie d’en reconstituer le déroulement.
L’histoire commence une nuit où, fatigué, je marchais dans les rues désertes de mon quartier. Cela faisait plusieurs heures que je flânais seul, dominé par la solitude. Bien qu’installé à Poitiers depuis de longues années, je n’y avais pas beaucoup d’amis et l’heure tardive n’autorisait guère une visite, fusse-t-elle amicale. Je rebroussai donc chemin pour revenir chez moi, certain que mes rêves me conduiraient vers autrui.
Quand j’aperçus le vieil homme, il était adossé au mur, devant la porte de mon appartement. Il portait un manteau noir, à ses pieds se trouvait une valise usée qui me semblait familière. Lorsque je parvins à sa hauteur, le vieillard sourit et me tendit la main ; j’en fis autant, sans trop réfléchir. Il ne me semblait pas l’avoir rencontré un jour. Son regard exprimait une telle vivacité que je ne pus m’empêcher de frémir. Je restai un moment immobile à l’observer sans réussir à bien discerner ses traits.
« Comme d’habitude tu rentres tard », dit-il dans un arabe très particulier. Je fus décontenancé par cette langue étrange. J’essayais de rassembler quelques phrases dans mon esprit, lorsqu’il ajouta, d’un ton très autoritaire : « Pourquoi n’ouvres-tu pas ? Ça fait plus d’une heure que je t’attends… »
Je me mis à chercher fébrilement les clés de l’appartement dans les poches de mon manteau, tout en me disant que cet étrange personnage avait l’air de bien me connaître et qu’il s’agissait peut-être d’une connaissance oubliée… Comme je tenais mes clés, sans bouger, il réitéra son ordre : « Allez ! Ouvre… Ma lassitude est aussi grande que la tienne. »
Je m’exécutai sans réfléchir. Il entra le premier. Je le suivis et refermai la porte. « Ramène-moi la valise, veux-tu… », dit-il en regardant en direction du salon. Je lui obéis encore. Je sortis et revins. Il s’empressa de me débarrasser de la valise puis se rendit dans le couloir conduisant aux chambres. J’entendis de nouveau sa voix alors qu’il répandait le contenu de sa valise sur son lit : « Je suis bien plus fatigué que tu ne le crois, dit-il. J’ai parcouru une distance que tu ne saurais imaginer. Je vais me coucher à présent. Demain je t’expliquerai tout… »
Il ferma sa porte et je ne l’entendis plus. Je bus un verre d’eau et m’en fus m’asseoir dans un fauteuil du salon. J’avais beau m’efforcer de reconstituer la physionomie de cet hôte inattendu, je ne parvenais à rassembler qu’une chevelure blanche et une barbe recouvrant l’essentiel d’un visage. Je suis resté longtemps à penser à lui, jusqu’à ce que l’inquiétude m’envahisse et me force à aller pousser la porte de sa chambre. Il dormait sur un petit lit, les mains posées hors de la couverture sur sa poitrine. Sa barbe semblait une toison cernant le visage d’un patriarche. Je tirai la porte et rejoignis ma chambre. Je le revis plus tard dans un rêve où il semblait encore m’attendre devant l’appartement, sa vieille valise posée à ses pieds.
Le lendemain matin, selon mon habitude, je me levai à neuf heures. Pénétrant dans la cuisine pour y préparer mon café, je fus surpris de découvrir qu’il était déjà prêt. Je passai au salon. Le vieillard s’y trouvait, assis sur une chaise métallique il feuilletait un livre. Il portait de nouveaux vêtements, très distingués. « Bonjour ! » me dit-il dans un sourire radieux.
Je le saluai sans le quitter des yeux car, à cause de mes rêves de la nuit, je n’étais pas tout à fait assuré de ce qui s’était produit la veille. J’avais comme la vague impression de vivre dans un songe.
« As-tu bien dormi ? me demanda-t-il. Tu m’avais l’air bien fatigué hier soir… »
Je ne répondis pas, incapable que j’étais alors de prononcer une phrase cohérente. Je retournai à la cuisine et bus mon café. Je me sentais à la fois désarmé et furieux. Je ne connaissais pas cet homme, j’en étais certain et cette histoire m’en rappelait une autre, celle d’une femme rencontrée un jour dans une auberge et qui s’était mise à me raconter sa vie avec force détails. J’avais découvert par la suite qu’elle était l’amie d’une autre femme que je connaissais et qui lui avait dit tout ce qu’elle savait sur mon compte.
Tandis que je méditais, j’entendis un bruit de pas sur le parquet. Connaissant les lieux, je n’eus pas de peine à deviner le trajet du marcheur. Je me retournai et vis mon hôte s’arrêter devant l’unique tableau accroché dans le couloir. Le peintre y avait représenté un personnage à un balcon, dans la lumière indécise de l’aube (ou du crépuscule ?) ; le sujet était peint grossièrement et sa tête semblait représenter une boule posée sur des épaules.
« Le peintre s’est fourvoyé à cause de la lumière, dit le vieillard sur un ton bizarre et comme s’il s’adressait à quelqu’un d’autre que moi. Le passé de cet homme tient dans mon souvenir et son avenir réside dans la peur de ce qu’il entrevoit. Dans cet instant crucial, il dispose de tout mais ses traits se dérobent… Puis il s’interrompit et me demanda : tu le connais ?
— Qui donc ? fis-je en avalant une gorgée de café.
— Le peintre ?
— Pas du tout… »
Je me levai et traversai le couloir sans lui accorder la moindre attention. Il me considéra avec des yeux tristes.
Après m’être habillé, j’étais bien décidé à mettre un terme à son intrusion dans mon existence. Il était assis dans un fauteuil et tenait un livre ouvert dans ses mains : « Voilà un livre captivant, dit-il. Tu verras plus tard. Il est seulement dommage que le public l’ait aujourd’hui oublié, ainsi que son auteur… »
Ses propos navrés me donnèrent l’impression qu’il avait deviné mes intentions et s’évertuait ainsi à changer de conversation.
« Tu plaisantes, lui dis-je. Cela fait à peine un mois que le livre est paru. Regarde la date d’édition en dernière page…
— Je sais, continua-t-il. Il est paru en décembre et il a été traduit récemment en arabe sous le même titre : Le Nom de la rose. Je me demande si son succès ne vient pas de son adaptation cinématographique. J’ai vu le film plusieurs fois avec ma femme qui a relu le roman si souvent qu’elle a fini par en être comme droguée. Pour ma part, je me suis contenté d’une seule lecture. Relire plusieurs fois un roman ne peut avoir que des conséquences néfastes. Te souviens-tu de Cent ans de solitude ? » Il avait parlé d’une seule traite, sans me regarder. Pendant ce temps, je m’étais assis devant lui, les mains serrées et les yeux tournés vers le plafond. Il me tendit le livre. Je le pris distraitement et le posai par terre, près de moi. J’allais ajouter quelque chose lorsque son regard réprobateur me fit changer d’avis. Quelques paroles s’échappèrent de ma bouche comme dans un rêve : « Je ne m’explique pas ce qui m’arrive avec toi, lui dis-je. En plus, tu es là depuis hier soir et je ne sais même pas comment tu t’appelles… »
Il me considéra avec ce regard dont je compris le sens beaucoup plus tard, et reprit sans me quitter des yeux : « Que t’apporterait de plus la connaissance de mon nom alors que je suis assis devant toi ? Les noms ne sont utiles que pour désigner les absents. »
Il se leva comme un automate et enfila son manteau. Je remarquai alors qu’il serrait dans sa main droite des gants de cuir de la même couleur que son vêtement : « C’est l’heure de la promenade, dit-il. Je vais te conduire à un endroit que j’ai longtemps apprécié. Je pense que dans le contexte actuel, tu ne regretteras pas de t’y promener. Allons-y ! »
Il y avait comme une sorte d’hésitation dans sa voix. Je l’observai sans dissimuler ma désapprobation. J’éprouvai cette aigreur qui m’emplit les entrailles chaque fois que j’ai le sentiment d’être en perdition (la seule évocation de ce souvenir suffit à me faire ressentir ce même goût acide).
« Je n’irai nulle part, répondis-je, tandis que l’aigreur se déployait dans ma bouche.
— Ecoute, ce n’est pas une plaisanterie comme tu as l’air de le croire. Je viens vraiment de très loin et il y a certaines choses que je dois te révéler. Je tiens à ce que tu m’accompagnes au parc de Blossac parce que je sais combien tous les deux nous l’apprécions. »
Il avait parlé cette fois comme un vieillard à la voix usée, faible et empreinte de sollicitude. Je me surpris à éprouver un double sentiment de tristesse et de compassion à l’égard de cet homme debout devant moi, surgi de je ne sais quelle époque et implorant ma compagnie ainsi qu’un vieil ami oublié. « Soit ! dis-je. J’irai avec toi au parc, mais pas plus loin. »
Il prononça alors une phrase dont le sens me fut révélé un peu plus tard dans la journée : « Cela te serait bien difficile, en effet… »
J’ouvris la porte et l’invitai à passer devant moi.
Nous marchâmes sous le soleil matinal, en silence et sans nous presser. Un petit vent frais soufflait du nord. La rue était déserte. Le bonhomme s’arrêta soudain pour contempler une habitation.
« Sais-tu, dit-il, que cette maison est restée dans mon souvenir pendant plusieurs saisons, comme recouverte de feuilles de vigne. Chaque fois que j’y ai repensé, je me suis revu debout sous le soleil d’été en train de fixer cette fenêtre que tu vois là-haut. »
Il me la montra et poursuivit : « Derrière se trouvait une femme assise. Je n’ai jamais vu sa taille ni pu détailler son visage. On aurait dit un portrait peint. De temps en temps un chien apparaissait à son côté, un sloughi qui aboyait dès que j’apparaissais. Il est certainement mort après tant d’années. Quant à la femme… » (Je me dois de préciser à ce point du récit qu’une année plus tard, alors que je repassais dans ce même lieu, la femme apparut à la fenêtre et le sloughi aboya tout le temps où je traversais la place).
Il se tut. Je laissai mon regard aller de la maison à mon étrange compagnon. L’espace qui nous séparait était très ténu mais si l’on m’avait demandé de le franchir, j’aurais été dans l’incapacité de le faire.
Le vieillard reprit sa marche rapide. Je le suivais comme un enfant alors qu’il ne cessait de regarder de tous côtés et scrutait les maisons comme s’il recherchait l’ancienne blancheur des pierres.
Sans fléchir l’allure, il dit : « Beaucoup de choses ont changé depuis mon départ. Rien n’est resté tel qu’autrefois. Hier, après être sorti de la gare, j’ai demandé à un chauffeur de taxi de faire le tour de la ville. Je croyais être descendu dans la gare d’une ville inconnue. Non loin d’ici, il a fallu que je demande au chauffeur de m’indiquer le nom du quartier pour que je m’y retrouve. J’ai connu les mêmes déboires à mon retour à Bagdad. Je n’ai pas reconnu la ville que j’avais quittée depuis si longtemps. J’ai même failli retourner à l’aéroport et repartir… »
Il s’interrompit, essuya d’un revers de main les gouttes de sueur sur son front, refit le même geste avec un mouchoir. Gêné par ses gants, il dut ensuite déployer beaucoup d’efforts pour remettre le mouchoir dans sa poche. Il me rendit mon sourire narquois sans faire de commentaire. Nous n’étions plus très loin du fleuve, l’odeur fraîche des eaux montait jusqu’à nous. Lorsque l’autre partie de la ville nous apparut, le vieillard s’arrêta. Je l’imitai. Il exhiba alors de la poche de sa veste une photographie qu’il plaça sous mes yeux. Le cliché était ancien et semblait avoir été pris depuis l’endroit où nous nous trouvions. Ensuite le vieillard s’essouffla à gravir l’escalier qui conduisait au parc de Blossac. Nous nous engageâmes sous les arbres dénudés jusqu’à une rangée de bancs en bois. De là on pouvait apercevoir tout à son aise, sur une colline, l’autre versant de la ville. Le vieillard s’arrêta pour contempler le paysage et il poussa un long soupir. Sans le quitter des yeux, je songeai au mystère de cet instant ainsi qu’au sens de ma présence dans ce parc où j’avais déjà passé tant d’heures à méditer sur mon destin. Il se laissa choir sur un banc et me fit signe de l’imiter. Je m’installai près de lui tandis qu’il sortait une collection de photographies liées par un fil les unes aux autres. Il me tendit l’une d’elles et remit les autres dans la poche de son manteau. Je regardai la photo. Il y figurait, debout devant la statue d’un cavalier portant une épée et chevauchant d’une façon plutôt drôle sa monture (le cavalier semblait être assis dans un fauteuil alors qu’il chevauchait un cheval plein de fougue). Tandis que j’étudiais les détails de la photo d’un œil amusé, la voix de mon étrange compagnon me parvint, lointaine, comme s’il n’était plus à mon côté : « A mon retour, Bagdad était pleine de statues telles que celles-ci. La plupart sont encore visibles sur des esplanades cernées de fils de fer barbelés. Elles se ressemblent toutes…
— Les autres photographies sont identiques ? lui demandai-je.
— Oui, hormis qu’elles sont sur d’autres places et dans d’autres parcs. Mais c’est la même personne qui les a prises. J’ai toujours été hostile aux photographies jusqu’au jour où un ami photographe a tellement insisté que j’ai fini par lui céder. Nous avons fait le tour de la ville. Il n’a pas cessé de me photographier. »
Il sortit à nouveau les clichés et me les présenta. Il y avait dans son geste quelque chose d’hésitant : « Prends-les, elles sont à toi maintenant. Mais promets-moi seulement de ne pas les regarder tout de suite. »
J’acquiesçai et les rangeai dans ma veste. Des promeneurs passaient près de nous, leurs voix résonnaient dans la pureté du matin. Une femme surgit, poussant un landau. Le vieillard l’observa jusqu’à ce qu’elle disparaisse derrière des genévriers. « Pour le plus vieux des hommes, la patience représente le seul remède face à la confusion du monde. Toute ma vie j’ai pensé à cela. J’ai longtemps séjourné dans cette ville. J’ai vécu encore plus longtemps à Bagdad, au point de ne plus savoir faire la différence entre ici et là-bas. Par crainte de la répétition, j’ai toujours refusé de participer au plaisir de la procréation. L’existence humaine implique un seul acte qui se répète jusqu’à son extinction. Tu ne crois pas ? »
Ses mots étaient proches du murmure. J’eus même l’impression qu’ils venaient de sortir de ma gorge et que je me trouvais au cœur d’un cauchemar, dans une nuit emplie d’un sifflement léger et désolant, face à un autre homme ayant le même visage que celui qui venait de parler.
Le vieillard sortit une montre de son gousset, il la tourna vers le soleil et suivit le mouvement des aiguilles. Après l’avoir remise à sa place, il prit, dans une autre poche, un miroir de femme en forme de coquillage. Il examina son visage, lissa sa barbe et ajusta délicatement le col de sa chemise : « Ma montre avance certainement, dit-il. Elle indique midi alors que le soleil n’est pas encore à son zénith. Voilà, tu peux t’en aller maintenant…
— Et la valise ? m’inquiétai-je.
— Elle ne contient rien d’important, sinon quelques vêtements, le journal d’hier et le dictionnaire Almanhal dans l’édition 1973 de Beyrouth. Garde-le ! Il lui manque quelques feuilles… »
Je fus sur le point de lui dire que je possédais déjà la même édition.
Je me relevai sans parvenir à m’éloigner ni lui avouer que j’avais la même édition.
Les mains posées sur les genoux, il semblait faire corps avec le banc. D’une voix à peine audible, il ajouta : « Depuis hier je n’ai pas rencontré une seule connaissance. Tout a changé ici, il n’y a que le désespoir qui est resté intact, comme tout au long de ma vie. »
Je n’étais pas loin de comprendre cela, aussi je manifestai mon intention de rentrer. D’un geste de la main, il m’obligea à rester, puis il me fit signe d’approcher. Ses yeux luisaient étrangement. Il inclina légèrement la tête. Il semblait détendu. Au croisement de nos regards, je réalisai enfin la distance qu’il venait de parcourir pour me rejoindre.
« Kishkanû ! L’Arbre de la Vie déraciné… Tu t’en souviens ? »
Il marqua un temps pour avaler sa salive : « Nous n’avons pas encore traversé le septième pont…* » soupira-t-il avant de mourir.
Je lui fermai les yeux. En posant la main sur son visage, je ressentis comme une résurgence venue d’un lointain souvenir. Je l’abandonnai sur son banc et disparus par un passage dans une haie, me promettant bien de ne plus jamais remettre les pieds dans ce parc.
Par la suite, j’ai recherché la signification du mot Kishkanû. En langue babylonienne, il désigne l’Arbre de la Vie planté au confluent des deux fleuves. Sans doute s’agit-il de l’arbre d’Adam dressé au lieu-dit de la Qorna, au point de rencontre du Tigre et de l’Euphrate, déraciné il y a peu !… Je ne sais trop, mais dans le tiroir de mon bureau, au 76 de la rue Victor Hugo, à Poitiers, je conserve toujours ces photographies d’un moment qui n’a pas encore eu lieu.
Parfois je les contemple, imaginant l’heure de mon retour à Bagdad.
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