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« Ce n'est pas ce qui est, mais ce qui pourrait et devrait être, qui a besoin de nous »
Cornelius Castoriadis


Littérature française contemporaine

Le dérèglement

Extraits

lundi 12 octobre 2009, par Yann Bourven

En juin 2009, les éditions Sulliver faisaient paraître le quatrième roman de Yann Bourven, Le dérèglement.

Le premier chapitre de ce livre est disponible en lecture ci-dessous, grâce à l’aimable autorisation de l’auteur, et de l’éditeur, Sulliver. Qu’ils en soient remerciés.


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Je suis un héros de roman, un vampire, un voleur, un écrivain, un gosse, un comédien, un genre de serpent littéraire !

L’automne derrière est un fruit, mon cœur de lierre s’enroule autour d’une tête de déesse, mon singe-réveil n’a pas sonné ce matin, sous les rochers je cherche le calme, furie du corps et tu danses encore, le ciel est chargé de doutes et le pays est inquiet, amnésiques bien placés frasques soleil gelé autant se serrer les coudes massés dans cette bouillasse économique, les puissants arrogants finiront dans un lac de sang, tu l’entends c’est l’écho de toutes les révolutions qui ont échoué, bêtes sauvages assoiffées qui s’écroulent aux portes du cimetière idéologique, rassemblons nos rêves car la vie ne s’esclaffe plus, glissons nos âmes entre les barreaux des villes zoologiques, feignons de pouvoir tout endurer, nous aboierons devant les portes blindées des exploiteurs en contournant leurs champs de plumes qu’ils plantent comme des tubes à essai dans la fontanelle des enfants suspects.

Tu te couches et les draps du passé prennent feu comme des exils, toutes les louves accouchent en même temps et les poissons volants se gaussent en s’écrasant sur des pontons truqués, époque différente anarchie mal léchée, derrière ces murs dorés les patrons tripotent des femmes qui ont des culs aussi gros que des appartements, le ciel est un couvercle soit ! mais mon drapeau reste noir, ils ne viendront plus pleurer quand ils assisteront au décollage impeccable des oiseaux migrateurs. Prendre ce chemin chaud le trouver alternatif crever ou résister résister, j’écrase la petite tête d’un poussin et le sang gicle de ses yeux, je tue une baleine et balance ses intestins sur la place de la République car de ce zoo politique je n’ai rien retenu – plus tard, je me baigne dans le marécage des anathèmes, les crocodiles ont mauvaise haleine, quelques cadavres, des artistes libertaires remontent à la surface, en homme terminé je m’accroche aux ailes des femmes-oiseaux.

Refus, créer, rivières ou gouttières, sacrilèges et passeport détruit par des années d’immobilisme, je berce les mondes oniriques mais garde-toi de me fustiger, sinistre con, je briserai tes fantômes, je bande dur c’est la nature puisque cette société me pend, et l’hiver est une saison dépassée, les créateurs seront encore pourchassés – tu es trop libre artiste libre libre, on ne veut plus te voir et puis tu fais peur bon dieu avec ton air joyeux et sombre en même temps merde alors tu dérailles qu’est-ce que tu complotes tu t’amuses ou tu travailles ? ils ne te comprennent plus sortis de ces écoles-usines, ressemblent à des animaux qui font de l’argent sur le dos de nos transes, je ne suis pas à vendre, j’ai craché sur vos créations dégonflées, se mouvoir entre les institutions, savent pas lire ou écrire savent plus prendre de risques ces salauds – la réalité n’existe que dans mon ventre – ces spectateurs résignés assistent à une pièce créée par d’autres spectateurs résignés, à la fin du spectacle ils s’entre- dévoreront ils s’entre-surconsommeront, rideau, fin de civilisation.

Il n’y a que la création l’art et pas d’juste milieu fais ton choix magne ! écrire et peindre des songes crus, se perdre au début puis voyager comme un nomade adultère, te caresser les fesses doucement t’embrasser le dos les mains et les cuisses puis remonter et lécher ton ventre d’harmonie, lire un rêve un sourire quand les mondes s’enlacent comme par magie, parler de l’espace-temps qui me sépare de toi, crâner dans les vagues se faire aspirer par le rouleau perdre la tête danser en étant sourd, ne plus s’en sortir se dire que l’on va y rester et puis moment d’accalmie ne pas nager vers la plage attendre la prochaine et y retourner encore boire la tasse quasiment se noyer puis un beau jour remonter à la surface chercher ses maîtres à penser ne pas les trouver en conclure qu’ils sont tous morts marcher sur la terre ferme qui pourrait me dégueuler ses cadavres au visage revenir en ville se faire coincer dans les ascenseurs sociaux ! syncopes dans ces immeubles secs je ne trouve pas la sortie appel au secours flammes cris sauter s’envoler pourquoi pas, dormir dans un marais hanté brûler les symboles, adorer tes volcans qui somnolent, s’enfoncer un livre dans le crâne seul dans un train, mais je ne peux pas m’engager alors laisse-toi faire laisse-toi caresser, laisse-moi te raconter l’histoire du mâle mourant, le sel des mots je coule encore, laisser passer les femmes immortelles, transes encore ces foutues transes et la sève explose sous la lune rousse, sur tes paumes je vois des routes, parce que je me pose des questions à propos de l’art et le fait de survivre en se voilant la face : mon corps esquinté se dresse, demain je te retrouverai ma tendre égarée mais pour le moment j’écris sans pour autant vivre en paix.

Mes Ombres sont encore enfermées dans ce jardin-tiroir, elles ne tarderont pas à s’évader je le sais, mais aujourd’hui elles se contentent de me raconter leurs histoires. Je suis un héros de roman, un vampire, un voleur, un écrivain, un gosse, un comédien, un genre de serpent littéraire !...

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