« Ce n'est pas ce qui est, mais ce qui pourrait et devrait être, qui a besoin de nous »
Cornelius Castoriadis
Littérature française contemporaine
Pirate Farfali : tome I, partie 3, chapitre 1, page 26
mercredi 28 novembre 2007, par Joël Roussiez
En même temps que la lecture, vous pouvez écouter la lecture de ce texte par l’auteur, à l’aide du lecteur multimédia situé ci-dessous :
… et caétera, ne nous laissons pas dévier de notre course comme Comète par Planète, mais…, connaissez-vous l’histoire ? Oh, je n’y peux retenir, tenez-vous le bien et je vous dis : « Il était une fois une très belle jeune fille avec des cheveux dorés qui s’appelait Comète. Tout le monde l’aimait. Elle décida
un beau jour d’aller chez sa grand-mère et de lui livrer un pot au lait. La vieille dame habitait dans une autre galaxie. Comète se prépara pour ce long voyage. Elle amassa des miettes de pain pour les semer en route tant elle aimait les oiseaux cosmiques. Elle partit un beau jour après les recommandations de son père et de sa mère réunis sur le pas de la porte pour l’occasion. Ils ne manquèrent pas de la prier de saluer affectueusement mère-grand et conseillèrent de bêcher la terre s’il s’en trouvait car, disait-ils, c’est le fond qui manque le moins. Elle s’en alla pensive et toute chose. On lui avait mis le joyeux bonnet phrygien qu’elle aimait mais il lui chauffa tant la tête qu’en chemin, elle rêva. Ainsi faisait-elle des emplettes-ci des emplettes-là, devenait si belle, si grande, si riche qu’elle possèdait cochons et volailles à foison. Cela lui tourna la tête si bien qu’elle se perdit. Or, il y avait de la terre autour d’elle lorsqu’elle se réveilla et, se souvenant du conseil parental, elle se mit à bêcher ardemment. Comme elle était en sueur, elle tomba ses vêtements, se mit en tenue légère et bêcha d’are et d’are, si bien que ce fut vite un champ qu’elle avait retourné. Elle s’essuya le front d’un revers de main et cela fit tomber son bonnet. La chaleur s’étant ainsi dissipée de sa tête, elle retrouva l’esprit et aperçut sitôt dit un coffre devant elle. Alors, sitôt fait, elle s’approche, l’ouvre et qu’est-ce qu’il y a dedans : des noix. La curiosité s’empare d’elle, aussitôt elle sort son canif et ouvre une noix. « Oh comme c’est curieux ! » s’écrie-t-elle car elle aperçoit un petit bonhomme de la grosseur d’un dé. « Qu’est-ce que tu fais là ? » lui demande-t-elle. « Je t’attendais » répond le bonhomme et il bondit dans sa main, il court sur son bras, s’accroche à ses cheveux et descend en rappel jusqu’à ses lèvres pour l’embrasser. Mais la petite ouvre sa bouche ébahie et le bonhomme malheureux est englouti. D’où suivit qu’aussitôt elle tomba sur le sol comme morte. Sept nains s’en allant promener, l’aperçurent et la trouvèrent si belle que, pour s’en baigner les yeux, ils voulurent l’emporter. Ils la transportèrent avec délicatesse tandis qu’un loup les observait avec finesse. Ils l’installèrent dans la pièce principale où se trouvait un miroir en forme de citrouille. Peu de temps après, le loup entra et salua tout le monde car les nains étaient ses amis. Il vit ce qu’il vit, fut ébloui et se décida en son fort d’emporter la statue jolie. Mais lorsqu’il revint quelques jours plus tard en l’absence des nains, il découvrit dans le miroir-citrouille sa figure de loup qui l’effraya de trouille et, ainsi que détalent les loups, il détala ventre à terre et queue basse. Les nains, en rentrant, trouvèrent quelques petits objets dérangées et y reconnurent les traces de leur ami loup.
Rassurez-moi, Tintin n’était pas dans le tas de nains ?
Non, voyez-vous, je dis que loup était amis donc des nains
Vous y mettez de l’amidon, c’est curieux ne sont-elles alors raides comme le bout d’un bois ?
Quoi ?
Vos mains !
Mais non, mes nains nullement raidis par la stupeur, ne se préoccupèrent nullement du loup. Celui-ci, marié à une femme si douce qu’elle ne dormait que sur dix matelas, ne pensa plus à la statue jolie et s’endormit pour un long temps car c’était l’hiver. Pendant ce temps, la grand-mère s’inquiètait, elle convoqua son ami l’Ogre aux bottes qui franchissaient d’un pas sept planètes cosmiques. Il arriva chez les nains qu’ils connaissait très bien. Il lui montrèrent la statue, il y reconnut Comète, la secoua comme on secoue les fèves et elle se réveilla. Alors, elle raconta son étrange histoire et demanda éplorée comment faire pour sauver le bonhomme. On alla vers les noix mais les vers avaient tout mangé, il ne restait que le coffre, si bien qu’on la crut.
Cependant, en cherchant davantage, on trouva une dernière noix qu’on ouvrit aussitôt. Et dedans, il y avait une petite femme pas plus haute qu’un dé. Sitôt liberée de la coquille, elle s’empressa de courir sur l’Ogre qui n’ouvrit pas la bouche et fut conséquemment embrassé par le remerciement. « Mais où est mon ami ? » réclama à corps la petite femme qui circulait à cru. Et on dut avouer qu’il avait été mangé. « Cela je ne peux le croire » déclara-t-elle pour tout réponse et elle se cacha dans la culotte de l’Ogre qui ne chercha pas à l’en extraire car il se souvenait du bonnet d’oiseau. « Que neni, elle va y faire son nid » dit-il. C’est alors qu’entendant ces « neni, y, nid » Comète eut envie de faire un petit pipi à cause des sons i. Mais lorsqu’elle s’accroupit, elle entendit sitôt une voix fluette « c’est trop haut, je vais me casser le membre » elle essaya de voir ce que c’était, ce n’était pas facile, elle n’y parvint point, elle appela donc à l’aide faute de parpaing. On vint à son secours, un nain sous elle se coucha et vit ce qu’il vit ainsi que le bonhomme gros comme un dé qui s’agrippait tant qu’il pouvait où il pouvait. Il l’aida à descendre. Puis on le réconforta et on le lava.
Ne s’appelait-il pas Planète ?
Oh, ce serait miracle ! Mais, quel labeur, Docteur !, ce n’était pas son nom, il s’appellait Marcel, elle c’était Roberte. Que faire de tout cela ? Je le demande et je m’écrie comme Knut qui se plaignait des âmes sourdes durant la guerre norvégique : « que faire, n’y-a-t-il personne qui vienne au secours de l’oeuvre et de l’artiste, n’y a-t-il pas une âme charitable en ce monde qui vienne dans la tour d’ivoire éviter l’omelette et sauver les œufs ? » J’ai faim, j’ai froid et je me retrouve à Weimar, arpentant ma chambre colorée que j’étudie à fond comme les cailloux de Rome ou de Sicile. On me dit savant, savant je le suis mais quelle solitude ! « Gertrude, ma tante, c’est donc bien ainsi que se fait un conte qui ressemble à tout et ne ressemble à rien ! ». Et Gertrude ne répondit rien.
C’était le conte promis