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« Ce n'est pas ce qui est, mais ce qui pourrait et devrait être, qui a besoin de nous »
Cornelius Castoriadis


LaTeX, un outil de mise en page méconnu

Sébastien Mengin

Publié le mercredi 2 février 2011

Sébastien Mengin a découvert LaTeX il y a quelques années. La puissance de ce système de mise en page et la liberté qu’il offre, par rapport aux logiciels propriétaires équivalents (Adobe InDesign © ou Quark Xpress ©) l’ont convaincu de proposer ses services aux éditeurs en se basant sur cette alternative.

Dans le texte qui suit, il nous propose de partir à la découverte de cet outil.


Introduction

LaTeX est un système de préparation de document très répandu dans le monde scientifique. Il est basé sur TeX, qui est un langage de description formel permettant la mise en page de documents en se basant non pas sur une interface graphique avec un système de menus et de boutons modifiant visuellement l’aspect du texte en préparation mais, au contraire, sur un système de balises, saisies dans le corps même de l’ouvrage, qui définissent la structure et la mise en forme du texte. TeX a été publié en 1977 et la version actuelle de LaTeX, en 1994 [1].

La qualité typographique des mises en page produites par LaTeX de manière quasi-automatique l’ont rendu incontournable pour la plupart des éditeurs de revues de physique, mathématiques, chimie, etc. Depuis quelques années, de plus en plus d’éditeurs de sciences-humaines se penchent sur son utilisation (sociologie, économie, histoire, littérature moderne, etc.). LaTeX se présente comme une alternative fiable, pérenne et extrêmement satisfaisante dans le monde de la mise en page professionnelle.

Il a, en outre, le bon goût d’être, depuis sa création, un logiciel libre.

Je vous propose, dans ce billet, d’en faire une brève présentation. Simplement pour vous donner l’envie d’essayer...

Le goût du texte

On pourrait se demander pourquoi aller chercher des outils différents de ceux existants, utilisés par l’ensemble de la « profession ». Il y a des éléments de réponse dans ce billet, notamment sur le plan pratique, économique et, disons, politique.

D’un point de vue un peu plus personnel, je pourrais en dire un peu plus. Tout d’abord, j’aime le rapport direct au texte d’un ouvrage lors de sa préparation avec LaTeX ; ici, pas de fioriture, pas de décorum, la concentration sur le fond n’est pas parasitée par les questions de mise en forme puisque ces dernières seront traitées en grande partie automatiquement et que les ajustements manuels nécessaires se feront, logiquement, dans un second temps. Lorsqu’on établit un fichier pour sa mise en page avec LaTeX, on est donc tout entier concentré sur le texte, rien que le texte, c’est-à-dire sur son sens, sa correction, bref, on se consacre totalement au fond — et non à la forme. Cette séparation offre une grande sérénité dans le travail éditorial. En cloisonnant rigoureusement les questions de fond et de forme, on se donne les jalons qui permettent d’obtenir, à la fin, un ouvrage bien fait — et c’est toute la question !

Il y a aussi, il faut bien le reconnaître, un intérêt certain pour la chose informatique, le code, la programmation. Là, on se situe en effet dans un mode particulier d’écriture et d’édition du texte. Saisir des commandes qui vont formater le texte, lui appliquer des attributs... il y a quelque chose de l’ordre du grimoire, de l’incantation, de la formule magique et tout cela me plaît bien, il faut l’avouer.

Voilà les principales raisons qui m’ont poussé, personnellement, à la découverte et à l’adoption totale et définitive de cet outil. Passons maintenant aux aspects pratiques.

Pérennité

Lorsque je cite la date de publication de LaTeX, c’est à dessein : je veux mettre en avant le fait que, avec LaTeX, le risque de voir un ouvrage inexploitable parce qu’enfermé dans un format ou une version logicielle obsolète est nul. Et de fait, il n’y a strictement aucun problème pour produire aujourd’hui un fichier PDF à partir d’un fichier source écrit il y a 15 ans. La raison de cela est double. La première, la plus simple à appréhender, est que les fichiers sources des documents préparés avec LaTeX sont de simples fichiers textes. Certes, ils comportent des balises qui structurent le document, mais ils restent bornés, sur le plan informatique, à du texte brut. Quoi de plus fiable ? N’importe quel éditeur de texte permet d’éditer un fichier texte brut et, partant, un fichier LaTeX [2].

La seconde raison de cette pérennité est que, depuis 1994, toutes les améliorations ou modifications au cœur de LaTeX ont été apportées en prenant en compte la nécessité de « rétrocompatibilité ». [3]. Le respect de ce critère par les développeurs de LaTeX permet aux auteurs et aux éditeurs d’utiliser encore aujourd’hui, sans aucun problème, des ouvrages saisis il y a 15 ans...

Économie

En choisissant d’utiliser un logiciel libre pour la composition typographique de nos ouvrages, on se libère radicalement du joug des éditeurs de logiciel qui font leur beurre sur des mises à jour annuelles, lesquelles mises à jour imposent parfois de recourir à de véritables acrobaties sur le plan informatique pour pouvoir continuer d’utiliser ou de rééditer des fichiers « vieux » de... trois ans !

Avec LaTeX, en plus de la compatibilité ascendante évoquée plus haut (ce qui représente en soit une économie d’échelle non négligeable), le coût d’installation est négligeable : LaTeX est gratuit.

Enfin, en plus d’être gratuit, il a également l’avantage de fonctionner, sans aucun problème de compatibilité, sur les principaux systèmes informatiques (GNU/Linux, Mac OS X®, Windows®).

Gain de temps

Être gratuit ne fait pas tout, en termes d’économie (nous en reparlerons plus tard dans la section des « Contraintes »). Un système qui serait gratuit et pérenne aurait déjà quelques avantages notables par rapport aux systèmes de mise en page existants mais, si c’était là son seul intérêt, ce serait bien maigre...

Notre objectif est de mettre en page des livres, de le faire correctement et en confiance, et, enfin, d’utiliser l’outil informatique pour ce qu’il est, c’est-à-dire, un outil pouvant se livrer à notre place à toutes les tâches qu’il est possible d’automatiser, afin de nous permettre de nous concentrer sur les autres aspects de la réalisation de nos ouvrages. À savoir, encore une fois, le texte.

En quoi LaTeX nous intéresse-t-il, à cet endroit de la gestion du temps ?

Pour le savoir, il nous faut faire le point sur ce qui devrait être automatisé par un système de mise en page utilisant l’outil informatique. En voici une liste non-exhaustive :
- la numérotation des chapitres, sections, etc. ;
- le foliotage des pages ;
- la numérotation des notes de bas de page et/ou des notes de fin d’ouvrage ;
- l’insertion de titres courants et/ou de pieds-de-page ;
- l’affichage des références croisées (renvoi à la page d’un chapitre donné, par exemple) ;
- la production de la table des matières ;
- l’indexation et le renvoi aux pages des entrées ;
- etc.

La bonne nouvelle, c’est que LaTeX gère parfaitement l’ensemble des points énumérés ci-dessus.

Contraintes

Décrire les avantages de ce système de composition typographique sans en évoquer les contraintes serait malheureux car, il faut bien le reconnaître, tous les points évoqués plus haut ne vont pas sans une bonne dose d’apprentissage.

Il faudra s’habituer à lire ce qui s’apparente directement à un code informatique de programmation. À ceci, il faudra donc nécessairement ajouter une étape de découverte de la « grammaire » de ce langage. C’est un réel investissement, assez lourd au départ. Cependant, il est généralement établi que la courbe d’apprentissage de LaTeX est relativement douce et que les résultats obtenus sont rapidement satisfaisants. Un des ingrédients de la réussite dans l’adoption de ce logiciel est la présence d’une personne ressource dans votre entourage. En ce sens, les listes et groupes de discussions dédiés à LaTeX peuvent être très utiles.

J’espère avoir exprimé une idée claire de ce qu’est ce logiciel et, peut-être, avoir réussi à donner l’envie d’essayer...

sebastien-mengin AT edilibre.net

Plus de renseignements sur le site Internet [Edilibre.net- http://www.edilibre.net], avec la présentation de quelques ouvrages réalisés avec LaTeX.

Notes

[1] Depuis, de nombreuses mises à jour ont été effectuées et une vaste communauté d’utilisateurs et de développeurs ont apporté des améliorations à ce système de publication.

[2] Certains éditeurs de textes sont spécifiquement orientés vers l’édition de fichiers LaTeX, mais leur présentation prendrait trop de place ici.

[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Compat...


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