« Ce n'est pas ce qui est, mais ce qui pourrait et devrait être, qui a besoin de nous »
Cornelius Castoriadis
Je me souviens toujours du jour où j’ai quitté mon pays. Je suis à l’étranger depuis cinq ans. Depuis cinq ans, je ne suis jamais retourné au pays. Depuis cinq ans, je n’ai jamais revu mes parents. Depuis cinq ans, je discute avec mes parents seulement par le biais du réseau téléphonique. Heureusement que le réseau téléphonique existe. J’aimerais pourtant revoir ma famille. La vie est très difficile ici. Je me bats comme un forcené pour résoudre mes difficultés quotidiennes d’abord. Je m’efforce pour améliorer mon quotidien. C’est ma préoccupation immédiate. C’est mon premier souci. Quand j’ai quitté le pays, j’étais très heureux. Je me souviendrai toujours de cette période là. Le baccalauréat avait été proclamé. J’avais réussi à cet examen. C’était une grande joie pour ma famille. Cet examen permet de commencer les études universitaires. C’est le passage obligé pour la poursuite des études supérieures. Je tenais vraiment à le réussir. Je voulais moi aussi compter au nombre des intellectuels de mon pays. Je voulais entreprendre des études supérieures. J’y tenais comme à la prunelle de mes yeux. Bien évidemment, mon plus grand souhait était de découvrir d’autres horizons. Je voulais poursuivre des études supérieures, mais à l’étranger. Ça donne plus de poids. Ceux qui ont étudié ailleurs méritent beaucoup de respect. Ceux qui viennent « d’ailleurs » sont vus sous un autre regard. Je voulais moi aussi bénéficier de ce respect. Je voulais moi aussi voyager. Je m’étais donné tous les moyens pour atteindre cet objectif. Je voulais absolument réaliser mon rêve.
C’est pour atteindre mon objectif que j’ai travaillé dur. Tout au long de l’année, je m’étais privé de tout. Tout. Vraiment tout, je vous assure. Je n’avais plus de temps pour mes amis. Je ne pouvais plus aller au cinéma regarder les films de karaté. Je n’avais plus de temps pour l’équipe de football. Ma décision était prise. Je tenais à ma réussite. Je voulais moi aussi franchir cette barrière éliminatoire. C’est à ce niveau que s’opère la véritable sélection. C’est là que l’on se place dans la catégorie des chanceux et des malchanceux. En effet, c’est quelque part aussi une histoire de chance. Je pense toujours à Mayéla, un garçon très intelligent. Il était toujours le meilleur de la classe. Je ne sais pas comment il n’a jamais réussi à franchir cette barrière pour entreprendre des études universitaires. Je ne sais vraiment pas ce qui s’est passé. Qu’est-ce qui lui empêchait de réussir ? Il possédait pourtant tous les atouts. Il était toujours premier au baccalauréat blanc. Les rumeurs disent pourtant que le baccalauréat blanc est plus difficile que le vrai baccalauréat. Même les professeurs ne comprenaient rien. Comme je le disais déjà tout à l’heure, c’est une histoire de chance aussi. Qu’est ce qui peut expliquer qu’un garçon aussi intelligent que Mayéla ne réussisse pas à cet examen ? Il a eu le courage de le reprendre plusieurs fois. Au bout de la cinquième année, il ne voulait plus venir à l’école. Aux dernières nouvelles, Mayéla travaille dans la boutique d’un analphabète qui ne sait pas du tout lire. C’est vraiment triste. Il existe plusieurs autres exemples de ce genre.
Il paraît que dans ce genre de situation, il faut chercher les causes auprès de la famille. J’ai entendu dire que Mayéla était maudit. Il semble que sa tante paternel lui avait jeté un mauvais sort pour lui empêcher de réussir. Cette « sorcière » serait en désaccord avec la femme de son frère. Pour se venger de sa belle-sœur, elle aurait décidé de maudire tous ses enfants. La grande sœur de Mayéla vivait également sous l’emprise de la sorcière. Elle était belle. Très belle. Mais, aucun homme ne lui adressait la parole. Bien au contraire, les hommes s’éloignaient d’elle. Il paraît qu’elle dégageait une odeur nauséabonde qui faisait fuir les hommes. Il paraît que sa malédiction à elle se manifestait ainsi. La pauvre investissait des sommes importantes dans l’achat des parfums. Les parents du côté maternel étaient en colère. On avait menacé de mort la sorcière. Elle avait décidé de « libérer » sa victime.
La sorcière avait emmené la sœur de Mayéla dans les cimetières. Elle avait parlé à des personnes invisibles. Elle avait demandé à sa victime de rentrer à la maison. Elle lui avait intimée l’ordre de ne pas regarder derrière. C’est ce qui avait été fait. La victime avait respecté scrupuleusement les conseils de la sorcière. Les résultats ne se firent pas attendre. En moins d’une semaine, un homme était venu demander sa main. Depuis lors, elle est mariée.
Mayéla n’a pas de chance. Un garçon si intelligent. Pour réussir chez nous, plusieurs facteurs doivent être pris en compte. Il faut étudier les leçons. Je suis d’accord. Tout le monde le sait. Tout le monde est d’accord sur ce principe. Mais, ce n’est pas suffisant. Beaucoup d’autres considérations rentrent en ligne de compte. Il y a autre chose. On en parle beaucoup. Tout le monde en a entendu parlé. Tout le monde n’y croit pas. Il y a d’un côté les septiques qui pensent que c’est du n’importe quoi. Et de l’autre côté, ceux qui y croient, à tort ou à raison.
J’ai raté mon examen une fois. J’étais révolté. Le jour de l’examen, certains amis refusaient de tendre la main à qui que ce soit. Ils respectaient les recommandations des charlatans qui pensent que ce geste peut être préjudiciable. D’autres amis venaient même avec des stylos spéciaux offerts par les charlatans. Je ne vais jamais chez ces gens-là. Je n’ai rien contre ceux qui y vont. J’avais tendu la main à tout le monde. Enfin à ceux qui acceptaient de le faire. Je saluais ceux qui pensaient comme moi que ce geste ne pouvait pas être à l’origine d’un échec à l’examen. Je refusais de croire aux rumeurs qui circulaient au sujet des salutations le jour de l’examen. Je refusais de croire que par des procédés magiques, la personne qui me disait bonjour « récupérait » toutes les leçons que j’avais dans ma mémoire. Je ne voulais pas y croire. J’avais raté mon examen. J’étais révolté. Le plus idiot de ma classe avait réussi. Je ne sais pas ce qui s’était passé. Je lui donnais tout. Je travaillais et il recopiait seulement sur ma feuille. Je ne sais vraiment pas ce qui s’était passé.
J’étais très malheureux. J’avais honte de sortir. Mes parents me surveillaient et me réconfortaient. Nombreux se suicident après des échecs aux examens scolaires. Nombreux se suicident après des déceptions amoureuses. J’avais les deux à la fois. Mon amie avait décidé de me quitter. Elle ne voulait pas continuer avec un « idiot ». Elle n’avait pas accepté de me voir lorsque je voulais la féliciter pour sa réussite. Elle avait catégoriquement refusé, malgré mon insistance. J’avoue que j’ai sérieusement pensé au suicide au départ. Mais très vite, j’avais changé d’avis. La réaction de mes parents a beaucoup joué je pense. Ils compatissaient à ma douleur et m’encourageaient à reprendre l’année d’après. Ils m’avaient beaucoup aidé. Définitivement je remercie mes parents. À la rentrée, j’avais même honte de repartir à l’école. Je pleurais surtout parce que les amis avec lesquels je travaillais étaient à l’université. Ils avaient tous quitté la ville parce que l’université était ailleurs. Quelques uns avaient même quitté le pays. Ils ne m’écrivaient pas. J’en souffrais énormément. Cette attitude de la part des gens avec qui je passais la plupart de mon temps, partageais tout ne me décevait pas seulement. C’était également un stimulant. Je persévérais de plus en plus dans le travail pour réussir. Même ma petite amie avait changé de comportement à mon égard. Nous nous aimions. Nous avions des projets de mariage après nos études. Lorsque j’ai raté l’examen, elle m’a dit d’oublier tous nos projets. Quand j’asseyais de lui faire changer d’avis en lui rappelant nos projets elle restait camper sur ses positions ! Et puis, elle m’avait dit que seuls les imbéciles ne changeaient pas d’avis. Elle me l’avait dit pour expliquer son changement. Elle me l’avait dit pour justifier son comportement. Elle me l’avait dit pour m’humilier. Elle avait refusé de m’accorder une seule chance. Elle disait que c’était honteux pour une étudiante à l’université d’avoir pour amant un lycéen. J’ai été donc abandonné. J’ai raté mon examen. J’ai perdu mes amis. J’ai perdu ma fiancée. Même si ce n’était pas encore fait, tous nos amis connaissaient nos projets. J’ai tout perdu.
Fort heureusement pour moi, j’ai finalement réussi à mon examen. J’étais heureux. Mes parents étaient à la fois heureux et fiers de moi. Tout le monde à la maison avait attendu la proclamation de l’examen à la radio. Les résultats furent donnés à 1 heure du matin. Nous étions tous contents. Nous n’avions presque pas dormi ce jour-là. Nous avions longtemps discuté de ce qu’il fallait faire. Ce sont des moments inoubliables.
Après la réussite, il fallait penser à autre chose. Je ne voulais pas poursuivre mes études universitaires au pays. J’avais la chance d’obtenir une bourse. Je remplissais les critères. Il fallait réussir à l’examen avec une forte moyenne. C’était mon cas. Mon nom figurait effectivement dans la première liste des étudiants boursiers. Je devrais voyager. J’avais rempli toutes les formalités. Je n’attendais que le jour du départ. Deux jours seulement avant le voyage, beaucoup de choses changèrent. Non. Pas deux jours. Un jour seulement avant le voyage. La veille du voyage, on nous demandait de passer au Ministère de l’Éducation Nationale pour des dernières vérifications. C’est ce jour là que mon nom avait disparu de la liste. J’avais failli tomber dans les pommes. Tout le monde savait déjà que je voyageais. Mon père et ma mère m’accompagnèrent dans la capitale pour prendre l’avion. Nous avions dépensé beaucoup d’argent pour rien. C’était la déception totale aussi bien pour mes parents que pour moi. J’ai essayé en vain d’expliquer mon problème aux secrétaires qui ne comprenaient rien ou feignaient de ne rien comprendre. J’ai pleuré. Beaucoup pleuré. Trop tard. C’était trop tard. Je ne pouvais pas partir. Je remplissais pourtant les critères. Un agent gentil du ministère était venu me voir. Il m’avait emmener dans son bureau. Je lui avais expliqué mon problème. Je lui informais que mon nom avait disparu au dernier moment alors que j’avais rempli toutes les formalités et que je remplissais tous les critères. Il semblait lui aussi malheureux. Il ne me disait pas pourquoi mon nom avait disparu.
Mon petit, m’avait-il dit, aurais-tu le courage de reprendre les formalités pour une autre bourse vers une autre destination ?
Mais puis-je savoir pourquoi mon nom ne figure plus sur la liste ?
Je ne sais pas. Je veux simplement t’aider…
Et si mon nom disparaissait encore ?
Je ne pense pas que ça arrivera une autre fois. Nous y veillerons tous.
C’est avec l’aide de ce monsieur que j’ai réussi à voyager. Mais, ce sujet a fait couler beaucoup de salive dans la famille. L’hypothèse d’une main maléfique qui serait aller rayer mon nom de la liste avait été évoquée. Une réunion de famille avait été organisée. Tout le monde était là. Mes tantes, mes oncles, mes grands-parents, étaient tous présents. Tout le monde souhaitait que ce voyage se réalise pour éviter des conflits dans la famille. Tout le monde demandait l’assistance des ancêtres pour régler ce problème. Tout le monde implorait le ciel pour trouver une fin heureuse à ce problème.
Pour ma part, j’étais découragé. J’avais perdu tout espoir. La surprise était grande pour moi. Je ne pouvais pas digérer une pilule si amère. Je ne pouvais pas supporté une telle humiliation. Je ne pouvais plus vivre dans ce quartier alors que tout le monde savait que je partais. Je ne pouvais pas affronter les regards surnois des gens. Je ne pouvais pas accepter les moqueries des autres. Non. Je ne pouvais vraiment pas rester. Je ne pouvais que voyager. Je préférais aller n’importe où plutôt que de vivre encore dans ce quartier. J’avais trop souffert après mon échec à l’examen. Même ceux qui avaient abandonné les études depuis de longues dates riaient de moi. Ce n’était vraiment pas drôle. J’avais perdu ma petite amie. Je ne voulais pas souffrir.
Jusqu’à ce jour, je ne sais pas pourquoi mon nom avait disparu de cette liste même si j’ai quelques soupçons. Est-ce une main maléfique dans ma famille qui était à l’origine de cela ? Est-ce pour d’autres raisons, en dehors de ma famille ? Je ne sais vraiment pas. J’ai seulement des soupçons mais je n’en ai pas la certitude. Je ne sais pas pourquoi mon nom a disparu de cette liste.
Je vis donc loin de mon pays depuis plusieurs années. Je ne suis jamais retourné au pays pour les vacances. Plusieurs raisons expliquent ma réaction. Il y a d’abord le billet qui coûte les yeux de la tête. Il y a aussi mes parents qui préfèrent que je n’y aille pas pour permettre aux sorciers semble-t-il de m’oublier. Il y a bien entendu des raisons encore plus personnelles. Je préfère passer plusieurs années pour oublier aussi bien mes mésaventures sentimentales que scolaires. Je veux prendre tout mon temps. J’ai besoin de beaucoup de temps pour oublier.
J’ai parfois la nostalgie. D’ailleurs, j’appelle beaucoup mes parents. Fort heureusement le téléphone nous permet un contact un peu plus direct que le courrier. Je préfère entendre mes parents plutôt que d’écrire. Je me sens plus proche d’eux avec le téléphone. Ces échanges sont merveilleux pour moi. Ils sont eux aussi heureux d’écouter ma voix.. Ils apprécient beaucoup.
L’autre avantage avec le téléphone est que je peux parler même à mes grands-parents. Ils n’ont pas été à l’école. Lorsque j’écris, ils demandent les services des élèves du village pour lire mon courrier. Je ne suis pas du tout contre cette façon de faire. Néanmoins, j’y trouve des inconvénients. Je ne peux pas totalement me confier à eux. Je ne peux pas du tout parler des secrets. Je reste sur le plan superficiel. J’évite de parler des choses qui ne doivent rester que dans la famille. Il y a d’ailleurs parfois des mauvaises interprétations de la part des lecteurs. C’est ce que je déteste. Ils ne se contentent pas seulement de lire. Ils se permettent parfois d’ajouter autre chose. C’est pourquoi je n’aime pas écrire à des gens qui ne savent pas lire. Je profite des séjours de mes grands-parents en ville pour appeler et discuter avec eux. Le réseau téléphonique n’est pas assez développé chez nous. Il n’y a pas de téléphone dans les villages. J’ai envie d’entendre mes parents avant de dormir. C’est ce que j’aime avec le réseau téléphonique. Je fais ce que je veux, quand je le veux. Je me précipite tout de suite sur le téléphone pour former le numéro.
Bonjour maman, c’est moi.
Oui. J’ai reconnu ta voix mon chéri. Comment vas-tu ?
Je me porte bien. Je voulais juste avoir de vos nouvelles.
Ta grand-mère est arrivée du village. Elle est malade.
J’espère que…
Il ne faut pas t’inquiéter. Tu sais qu’il y a le poids de l’âge d’une part et les travaux champêtres d’autre part qui détruisent la santé.
Il faut la soigner et j’espère qu’elle restera en ville longtemps pour se reposer.
Elle est là depuis une semaine seulement. Une semaine seulement tu m’entends ! Mais, elle s’ennuie déjà. Elle demande déjà de repartir. Tu la connais bien. Ta grand-mère n’aime pas rester en ville. J’essaierai autant que possible de la garder ici. Mais tu sais bien que ce n’est pas évident.
Pourtant c’est sa santé…
Elle n’entend pas les choses de cette oreille. Je vais te la passer. Elle sera très heureuse de t’entendre.
Comment vas-tu grand-mère ?
Je suis malade. Rien de grave. Il s’agit de mes rhumatismes habituels…
Tu dois bien te soigner. Ça ne sert à rien de vouloir repartir au village. Tu as besoin de repos.
Repos ? Je ne peux pas rester en ville pour me frotter seulement les pouces. Et puis, ces rhumatismes ne guériront jamais. Je mourrai avec mes rhumatismes. Cette maladie fait partie de mon quotidien. Il ne faut pas s’inquiéter pour moi. Cette maladie ne me quittera pas. Elle ne m’entraînera pas non plus dans ma tombe. Elle m’accompagnera dans ma tombe. Ce n’est plus mon adversaire. Elle est devenue ma compagne de tous les jours.
Grand-mère, tu dois prendre soin de toi. Nous avons encore besoin de toi.
Penses-tu souvent à moi ?
Oui. Je pense beaucoup à toi.
Les « autres » font des choses merveilleuses. Ils font de belles inventions. J’écoute la voix de mon fils comme s’il était vraiment à mes côtés. Tu es à des milliers de kilomètres de moi, mais je peux t’entendre. Tu peux toi aussi m’entendre. N’est ce pas merveilleux ?
Grand-mère, comme tu le dis, les « autres » sont différents de nous. Depuis que je vis en occident, je le constate au jour le jour. « Ils » ne dorment pas. « Ils » inventent des choses tous les jours. « Ils » travaillent tout le temps.
Et tu me demandes de me croiser les bras en ville ?
Non grand-mère ce n’est pas la même chose !
Qu’est-ce qui n’est pas la même chose ? J’ai besoin de travailler moi aussi. Les autres travaillent. Les autres ont une sorcellerie positive.
Quoi ?
Les autres ont une sorcellerie positive. Ils inventent des choses pour le bien de l’humanité. Chez nous, les choses se passent autrement. Notre sorcellerie est négative. Nous l’utilisons pour jeter des mauvais sorts…
Pas toujours grand-mère. Pas toujours. Les inventions des « autres » ne font pas toujours du bien à l’humanité. Pas toujours.
Le téléphone est une merveille.
Oui. Je suis d’accord grand-mère. Le réseau téléphonique est une merveille. Je peux parler avec toi sans intermédiaire. Je peux entendre ta voix même si tu es à des milliers de kilomètres. Je conviens avec toi que c’est une merveille. Il ne faut cependant pas se faire d’illusions…
Je te crois puisque tu vis avec eux. Tiens ! C’est vrai que chez vous là-bas les gens travaillent tout le temps. Je voulais cependant te demander quelque chose. Depuis que je suis ici, je remarque une nouveauté. Il y a des petits téléphones que les gens emmènent partout. Ils sont tout petits. Est-ce que tu vois de quoi je parle ?
Oui grand-mère. Tu parles des téléphones portables.
Je ne connais pas le nom. Tout à l’heure je te passerai ta mère pour s’assurer que nous parlons de la même chose. J’aimerais que tu m’en achètes un. Si j’ai ce téléphone, tu pourras m’appeler. Je recevrai des appels même dans les champs.
C’est toujours un plaisir pour moi de t’offrir quelque chose. Seulement, ce téléphone-là ne fonctionnera pas dans les champs.
Tu ne connais pas ce dont je te parle. Nos téléphones ici fonctionnent partout. Que ce soit au marché, à l’hôpital, partout. Ils fonctionnent partout.
Je sais de quoi tu parles…
Pourquoi tu dis qu’ils ne fonctionnent pas dans les champs ? J’ai moi-même les preuves qu’ils fonctionnent partout. J’ai vu de mes propres yeux et entendu de mes propres oreilles des gens parler partout. C’est une mode ici.
Je me renseignerai grand-mère. Je me renseignerai pour toi.
C’est ce qu’il faut faire. Je te rappelle que nos téléphones ici - je ne connais pas le nom - fonctionnent partout. Je serai heureuse de t’entendre depuis mes champs.
Je pense qu’il faut encore attendre quelques années…
Pas pour « nos » téléphones. Je te passe ta mère pour vérifier si tu connais « nos » téléphones. J’espère que tu ne restes pas en marge de l’évolution de la technologie. Je suis paysanne, mais je connais des choses que tu ignores. « Nos » téléphones fonctionnent partout.
Rassure-toi grand-mère, je m’efforce de suivre l’évolution des choses.
J’ai été heureuse de t’entendre. Je te passe ta mère. Que Dieu te bénisse ! N’oublie surtout pas de demander à ta mère le nom de nos téléphones qui fonctionnent partout, même dans les champs.
Je le lui demanderai grand-mère. J’ai été moi aussi heureuse de t’entendre.
Ta grand-mère tient à avoir un téléphone portable.
Je suis désolé. Si seulement ils pouvaient fonctionner au village, je lui en aurais offert un avec plaisir.
Elle comprendra. Elle finira par comprendre que tu as raison. Elle sait que tu ne peux rien lui refuser. Elle le sait bien.
À la prochaine maman.
À bientôt mon fils.
© 2001 - Ghislaine Sathoud
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